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ÉLECTIONS

Les municipales, en sept enjeux sociaux (épisode 4) : à Saint-Malo, se loger est un défi malgré les mesures contre AirBnB

5 mars 2026 | Mise à jour le 5 mars 2026
Par | Photo(s) : Lucie Inland
Les municipales, en sept enjeux sociaux (épisode 4) : à Saint-Malo, se loger est un défi malgré les mesures contre AirBnB

Saint-Malo, plage du Sillon.

Une ville, une problématique. Avant les municipales 2026, NVO.fr met en lumière l'état des communs dans nos territoires. Quatrième épisode : Saint-Malo.Ville pionnière dans la limitation des locations de meublés touristiques de courte durée sous l’impulsion de son maire Gilles Lurton (Les Républicains), candidat à sa réélection, et d’habitants militants, Saint-Malo reste une localité où se loger est compliqué. La cité corsaire cherche un équilibre face à l’activité touristique.  

Début mars le ciel est ensoleillé au-dessus de Saint-Malo, le vent doux et pas une goutte de pluie dans l’air. Sur le trajet entre la gare et le quartier historique intra-muros, les rues sont plutôt calmes. Une fois au cœur des remparts, des touristes se pressent pour profiter des lieux et des commerces. Certains bars et restaurants sont fermés, mardi oblige. Près de la porte Saint-Vincent, une consigne à bagages en libre service rappelle la forte activité touristique rythmant la vie malouine. Aucune boîte à clés à l’horizon, résultat de la politique menée depuis 2021 par la municipalité pour limiter la présence de meublés touristiques de type AirBnB. 

Arrêter l’inflation

Pour son élection en 2020, la campagne de Gilles Lurton répond à la multiplication de ces locations privant les habitants de logements pérennes. Le maire signe dans ce sens en juillet 2021 un arrêté préfectoral fixant des quotas de meublés de tourisme par quartier et des limites pour changer d’usage un logement. Un arrêté attaqué en justice par des propriétaires concernés, confirmé par le tribunal administratif de Rennes en octobre 2023, et renforcé par l’adoption de la loi n°2024-1039 du 19 novembre 2024 visant à renforcer les outils de régulation des meublés de tourisme à l’échelle locale dite « loi Le Meur », du nom de la députée du Finistère l’ayant porté. 

Habitante de Saint-Malo intra-muros depuis plus de trois décennies, Véronique Deschamps se bat dès 2016 contre les locations de courte durée dans sa copropriété. La justice lui donne raison en août 2023. Elle raconte à Ouest France avoir été menacée plusieurs fois et agressée physiquement, des épisodes qui lui ont coûté trente jours d’ITT. En juillet 2024 elle monte l’association « Saint-Malo, j’y vis », depuis jumelée avec l’association Gruppo 25 aprile à Venise, cité des doges et du sur-tourisme. Le prochain volet de son combat se joue le 10 mars au Conseil constitutionnel. « Un cabinet parisien tente de faire tomber la loi volet copropriété qui permet aussi aux habitants permanents de faire valoir leurs droits » répond-elle par écrit. Pas le temps pour échanger autour d’un café, la coiffeuse a un emploi du temps serré ce jour-ci. 

Des logements rares

« Certains locataires AirBnB font la fête, du bruit tard la nuit, ça faisait peur à ma belle-mère face à de jeunes inconnus » abonde Gabrielle. Originaire d’ici, la mère de son mari a acheté un petit appartement intra-muros pour y vivre une fois à la retraite. Gabrielle s’y est installée avec sa famille il y a seize ans. « On a mis huit ans à trouver une maison à acheter dans nos prix » se rappelle-t-elle, dans le quartier de Rocabey, entre la gare et la plage du Sillon. Elle constate une faible offre locative et des prix élevés dans l’ensemble de la ville. Le passage devant plusieurs agences immobilières confirme son propos. « Avoir mis un coup de frein à AirBnB est une bonne chose mais à voir sur le long terme. Certains propriétaires mettent leur bien en location pendant l’année scolaire et les récupèrent en juin, juillet et août », au détriment des résidents à l’année. 

Même constat pour Nicolas Canto, propriétaire du bar Le Charly’s, situé intra-muros et ouvert depuis précisément vingt ans. « Dans l’immeuble où je vis il y a cinq niveaux. Avant il y avait des AirBnB donc il y avait du monde. Maintenant que c’est réglementé, les propriétaires viennent deux semaines par an et c’est tout. Ils ne louent pas et ne revendent pas car ils n’en ont pas besoin, ils s’en foutent. » Ce changement n’a pas d’impact sur sa clientèle, majoritairement composée d’habitués « qui vivent sur place, même si ce n’est pas facile de s’y loger ». Comme les personnes près du comptoir, buvant un verre devant la course hippique diffusée à la télévision ou plaisantant ensemble après le travail. 

Trouver l’équilibre

« Le sujet AirBnB est apaisé aujourd’hui, les mesures prises ont stoppé le sur-tourisme » estime Solène Flouriot, à la tête du restaurant La Corniche, face à la plage du Sillon, et présidente de l’association des commerçants d’Intra-Muros (IMCA) depuis mai 2025. « Quand je suis arrivée à Saint-Malo en 2018 il y avait un logement disponible intra-muros pour ma famille et c’est tout ! » Les choix municipaux ont arrêté l’inflation mais n’ont pas réduit les problèmes d’accès au logement. « Intra-muros il y a beaucoup de petits appartements biscornus pas rénovés qui ne sont pas habitables à l’année » souligne-t-elle. Pour elle « il faut vivre en bonne intelligence » avec les touristes, qu’ils optent pour un hôtel ou un meublé touristique, « pour éviter 90% de volets fermés ». Ceux choisissant la seconde option restent souvent plus longtemps, car moins chère que la première, surtout avec des enfants. 

Pour Claire Guinemer, ancienne présidente de l’IMCA et qui gère avec son mari Gilles la poissonnerie familiale Guinemer – la seule intra-muros – le problème est de trouver la bonne manière de réglementer dans une ville présentant des limites matérielles. « On ne peut pas construire trop haut car ça ne plaît pas, ni partout car il y a des terrains submersibles avec la montée de la mer, et il y a des logements trop vétustes que les propriétaires n’ont pas toujours les moyens de rénover pour louer. » Et se pose la question de savoir si Saint-Malo peut accueillir toutes les personnes attirées par le calme et la Manche à moins de trois heures de train de Paris. « L’attractivité de la ville ne se résume pas qu’à la mer » glisse-t-elle, notant qu’on peut autant choisir la ville pour poser ses valises quelques jours que pour y passer le reste de sa vie. 

La question du logement est centrale pour le prochain maire de Saint-Malo. Ouest France a récemment interrogé plusieurs habitants quant à leurs attentes : l’encadrement des meublés touristiques et du prix des loyers demeure au centre des préoccupations.