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La grève a aussi concerné des salariés travaillant au château des ducs de Bretagne, à Nantes
jeudi 28 mai à Nantes, les applications météo annoncent 34 degrés. Les Machines de l’Île – un espace d’exposition autour de créations mécaniques animées, dont la célèbre reproduction d’un éléphant – étant à l’arrêt à cause de la chaleur, c’est une terrasse ombragée pas loin du château des ducs de Bretagne qui accueille Cédric, Fabien, Jules et Leslie, quatre des salariés mobilisés durant le mouvement de grève partielle mené durant trois mois et demi, à partir du 7 février et jusqu’à la signature de l’accord de sortie de grève le 20 mai dernier, au sein de la SPL « Le Voyage à Nantes ». Une ampleur sans précédent. « On a réussi à faire de grandes choses avec pas grand-chose », résume Fabien, délégué CGT de l’entreprise.
Deux ans déjà que les placiers des Machines de l’Île expriment leurs problèmes. Le projet d’un préavis de grève se dessine fin 2025. « J’en ai parlé aux gens travaillant aux Machines pour les motiver. Ça ne se fait pas deux jours avant », confie Leslie, médiatrice-machiniste depuis 12 ans et élue au CSE du personnel. Fabien rencontre les placiers qui lui parlent des salaires trop bas, d’un travail accompli debout six heures d’affilée, de la rareté des pauses et du manque de confort, du contact parfois difficile avec les clients, d’équipements de protection individuelle (EPI) insuffisants face aux conditions climatiques. « Quand il fait -4 degrés dans la Galerie des machines on leur dit de se débrouiller avec deux petits radiateurs, dans une galerie ouverte », pointe Jules, médiateur-machiniste depuis 2023. « Tout ça, ce sont des risques psycho-sociaux très élevés », dénonce Leslie. Autre grief : les temps partiels subis et le bas salaire qui va avec ; c’est le cas de Jules et Leslie.
Puis les événements s’accélèrent. En janvier, le Carrousel des Mondes Marins – un manège qui jouxte les Machines de l’île – ferme. Fabien et Jules collectent des témoignages de salariés des Machines, ainsi qu’au château et à l’office de tourisme. Le 7 février le Carrousel ouvre de nouveau avec l’application d’un préavis de grève. Le reste du personnel se joint à la lutte des placiers. « La direction a commencé à bouger quand les protestations ont commencé à dépasser les Machines », observe Leslie.
Le 17 février, le centre d’appels du « Voyage à Nantes » fait grève à son tour. Une action remarquée mais qui ne suffit pas. « Si on fait grève quelques jours on rattrape le travail pas fait après », glisse Cédric, à l’office du tourisme depuis 27 ans et élu CGT au CSE. D’où la nécessité d’une lutte collective de tous les services. Le cahier de grève est ajusté. « L’objectif était de noyer la direction sous les revendications, montrer que beaucoup de choses ne vont pas », explique Leslie. Mi-mars le préavis de grève est prolongé jusqu’au 31 mai. « Ils nous avaient proposé une prime pour arrêter de gréver », soupire Jules. Le 12 avril une caisse de grève de solidarité est ouverte en ligne pour soutenir les grévistes.
En mai, le mouvement divise au sein des salariés. « C’est une fatigue générale », note Leslie. « La grève doit embêter la direction, pas les collègues. » Comme d’autres, Jules est en arrêt maladie. « Le rendez-vous de mars s’est mal passé. Je n’ai pas envie de travailler pour cette culture où l’humain n’a plus trop sa place. » Il s’interroge : « Le Voyage à Nantes propose quand même les attractions les plus connues de la ville, où va l’argent gagné ? »
Fabien écoute les avis des salariés et sait qu’il faut sortir de la crise pour avancer sur le long terme. « Tu ne peux pas gagner dans ta boîte contre les collègues. » La CGT lève le préavis de grève le 21 mai après avoir obtenu les avancées demandées lors des négociations. En plus des points soulevés par les placiers, il y a l’organisation plus stable des plannings de travail, ou encore la prise en charge de formations en langue étrangère et les évolutions professionnelles. « Transformer le travail c’est aussi transformer le salaire », note Cédric.
Bien que la grève ne soit plus d’actualité, la mobilisation ne faiblit pas. « Le but est d’avancer sur la grille des salaires lors de la négociation annuelle obligatoire (NAO) en novembre », affirme Fabien, « c’est la clé de tout ». Les quatre salariés ont la certitude que leur direction a compris la détermination de leur personnel. « Avant ils ne nous prenaient pas au sérieux », dit Leslie. « On a changé d’échelle de lutte », sourit Cédric.

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