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EXTRÊME DROITE

Pas-de-Calais : à Harnes, la municipalité RN veut priver de ses locaux une association de prévention spécialisée

16 juillet 2026 | Mise à jour le 16 juillet 2026
Par | Photo(s) : Ludovic Finez
Pas-de-Calais : à Harnes, la municipalité RN veut priver de ses locaux une association de prévention spécialisée

Sadek Deghima, le directeur d'Avenir des Cités au micro, le 15 juillet 2026 à Harnes.

À peine élu, le maire Rassemblement national de cette commune de l'ex-bassin minier du Pas-de-Calais a résilié la convention d'occupation des locaux d'Avenir des Cités, qui emploie sept éducateurs de rue. Un rassemblement de soutien était organisé le 15 juillet. Reportage. 

« Le club de prévention a sauvé deux de mes enfants, dont un de mes garçons qui était vraiment mal parti : conseil de discipline, exclusion… Aujourd'hui, il est chef d'équipe dans une grande entreprise de Lille. » L'émotion se sent dans les propos de Carinne Wilkowski, présidente depuis quelques semaines d'Avenir des Cités, cette association de Harnes, dans le Pas-de-Calais, qui lui a été d'un si grand secours personnel. Travail de rue, aide aux projets, accompagnement, orientation : Avenir des Cités, installée en 1996 au cœur de l'ex-Bassin minier, est un acteur de la « prévention spécialisée », travaillant notamment pour l'Aide sociale à l'enfance (ASE), une compétence du Conseil départemental. L'association suit à l'année 150 jeunes de Harnes et 180 autres dans deux communes voisines, Billy-Montigny et Sallaumines.  

Préavis de trois mois pour la récupération des clés

À l'étroit dans ses locaux, l'association signe en février dernier, avec l'ancienne municipalité de gauche, une convention de mise à disposition de locaux remis à neuf : trois bureaux, une salle de réunion, une salle d'accueil et un espace de stockage pour le matériel, pour un loyer mensuel de 750 euros. Elle y emménage le 1er mars, mais à peine élu aux dernières municipales, le nouveau maire Rassemblement national (RN), Anthony Garénaux-Glinkowski, signifie à l'association, dans un courrier du 9 avril, la résiliation unilatérale de la convention, avec préavis de trois mois. L'ultimatum est ensuite fixé au 10 juillet à 10 heures, pour la récupération des clés, auquel Avenir de Cités a répliqué en appelant au même moment et au même endroit à un rassemblement de soutien. Des bénéficiaires de l'association, ses sept salariés, des bénévoles, une sénatrice PCF, un vice-président PS du Conseil départemental ont répondu présents, comme des acteurs de la « prévention spécialisée » du Nord et du Pas-de-Calais.

Vers 10h15, une délégation municipale, maire en tête, se présente, accompagnée d'un commissaire de justice. Anthony Garénaux-Glinkowski refuse le micro que lui tend le directeur d'Avenir des Cités, Sadek Deghima. Interrogé par les quelques journalistes présents, il répond que la municipalité compte loger dans ces locaux une « association de femmes victimes de violences conjugales », que ce projet date d’« avant les municipales » et que l'identité de cette association « ne regarde pas » les actuels occupants. « Je n'ai jamais remis en cause votre travail », lance-t-il à un éducateur spécialisé, qu'il invite à rechercher « des locaux privés ailleurs ». Pour preuve de sa bonne foi, il évoque les 13 000 euros de subventions accordés à l'association en juin (les 400 000 euros de budget d'Avenir des Cités sont financés à 95% par le Département et à 5% par les trois communes dans lesquelles elle intervient). 

« Vous nous empêchez de travailler »

« Vous nous empêchez de travailler », rétorque Nordine Laragui, salarié de l'association, qui voit dans cette affaire « une petite vengeance personnelle » envers l'ancien président d'Avenir et Cités, qui soutenait la majorité municipale sortante. « Vous voulez mettre une association à notre place, mais pourquoi ne pas leur proposer [les locaux] que vous nous proposez ? » Car la municipalité se targue d'avoir mis sur la table trois solutions de relogement. Des locaux trop petits, inadaptés à l'activité de l'association ou vétustes, qui ne « ne garantissent ni la sécurité, ni la confidentialité, ni la dignité » nécessaires aux activités de l'association, balaye Sadek Deghima.

La mairie a également refusé le délai d'un an, réclamé par l'association pour dénicher de nouveaux locaux. Ce 15 juillet, le maire repart bredouille, sans les clés réclamées. En tournant les talons, il lance : « Il y a des règles en France ! », laissant entendre qu'il n'en restera pas là. 

Venu en soutien, Johnny Herbin, directeur de l'Association prévention spécialisée nationale (APSN) s'inquiète « des menaces qui se multiplient partout » – dans le sillon de l’extrême droite et parfois en provenance d’autres familles politiques – contre la prévention spécialisée : dans le Doubs (dirigé par un Conseil départemental à majorité LR), où le budget qui lui est consacré a été amputé de 450 000 euros, ou en Gironde par exemple. En février 2025, plusieurs milliers de personnes ont manifesté dans les rues de Lille contre les velléités du président (droite) du Conseil départemental du Nord, Christian Poiret, de baisser les subventions de trois millions d'euros le budget dédié au même but, l'équivalent de 50 à 60 postes d'éducateurs de rue.

De plus en plus, les financeurs de la prévention spécialisée assignent à ses acteurs la tâche de prouver qu'ils participent à la lutte contre la délinquance et de justifier, en les chiffrant, de «coûts évités ». « On est passé d'une obligation de moyens à une obligation de résultats », résume Johnny Herbin, qui voit à l'inverse « un investissement » dans les activités d'une structure comme Avenir des cités. 

« Un petit laboratoire de ce que pourraient être demain les orientations du RN »

Le président de l'APSN analyse ce qui se passe à Harnes « comme un petit laboratoire de ce que pourraient être demain les orientations du RN », s’il prenait le pouvoir. Dans les communes dirigées par l'extrême droite, « on commence par retirer la culture et le social », remarque Bouchta Douichi, chef de service à l'association lilloise Itinéraires. 

Bénéficiaire dans les années 1990 des activités d'Avenir et cités, Mourad tient également à témoigner : « Cette association m'a aidé à trouver un stage pour valider un diplôme, m'a permis de faire des ateliers d'écriture, de monter sur scène, de participer à un projet humanitaire, à la réalisation d'un court métrage… Aujourd'hui, je suis devenu enseignant. » Et c'est pour sauver cette richesse que Safia Yattou, actuelle élue d'opposition à Harnes, s'est investie dans la création d'un comité de soutien.

Les éducateurs d'Avenir des cités « étaient les premiers sur le terrain pendant le Covid », se souvient-elle, évoquant notamment « la distribution de tablettes et d'ordinateurs » à des familles démunies, lors de cette épisode qui a vu exploser les usages numériques, notamment pour l'école à distance. La pétition lancée « pour le maintien d'Avenir des cités dans ses locaux à Harnes » a dores et déjà dépassé les 1 300 signatures.