2 juin 2026 | Mise à jour le 2 juin 2026
Depuis plus d'un mois, les syndicats de l'Aude font front commun contre la décision de Christophe Barthès, le nouveau maire Rassemblement national de Carcassonne, de les expulser de locaux municipaux qu'ils occupent, pour certains, depuis près d'un siècle. À l'origine du conflit : leur soutien à une manifestation contre l'extrême droite. Alors que la mesure est entrée en vigueur au début du mois de juin, les organisations concernées refusent de quitter les lieux et se préparent à la bataille judiciaire.
Le 1er juin au petit matin, « un huissier est venu à la Bourse du travail pour constater qu'on était toujours dans les locaux. A priori, nous nous engageons vers la voie judiciaire. Nous, c'est ce qu'on demande depuis le début », raconte Sophie Trochet, secrétaire départementale de la CGT de l'Aude. Le 30 avril dernier, lors du conseil municipal, Christophe Barthès, maire RN de Carcassonne élu en mars, avait annoncé qu’il ne voulait plus mettre certains locaux municipaux à disposition des organisations syndicales.
« Manifester, oui, mais profiter des largesses de ceux qu'on dénigre, je le regrette, c'est terminé. Les syndicats nationaux CFDT, Sud-Solidaires, CGT et FSU ont choisi de s'opposer au choix exprimé par les Carcassonnais le 22 mars. Ces syndicats nationaux ont profité pendant trop longtemps des largesses des contribuables », avait-il déclaré à nos confrères d’Actu Occitanie. En cause : le soutien apporté par ces organisations aux lycéens et étudiants du collectif Nous Carcassonne, à l'origine d'une manifestation contre l'extrême droite qui avait rassemblé près de 400 personnes le 29 avril.
« Nous sommes là depuis quatre-vingt-neuf ans »
Le 28 mai, des militants se sont donc réunis devant la mairie pour dénoncer cette mesure de rétorsion. Christophe Barthès est allé à la rencontre de ces opposants, non pour échanger avec eux mais pour leur lancer une pile de cartons de déménagement et du scotch. « Je pense que son acte était préparé. Il voulait se mettre en scène, mais je pense qu'il a été désarçonné de nous voir devant le conseil municipal pour réaffirmer nos valeurs : les libertés syndicales et la liberté d'expression », estime Sophie Trochet. Selon elle, la détermination affichée par les syndicats a également joué : « Je pense que cela l'a énervé. »
Pour justifier sa décision, le maire d’extrême droite affirme, dans un courrier du 4 mai adressé à la CGT, que le syndicat « occupe gracieusement les locaux municipaux situés au 15, rue Voltaire, à Carcassonne, sans qu'aucun titre d'occupation en vigueur [l’]y autorise à ce jour ». Une version contestée par la CGT : « Nous sommes là depuis quatre-vingt-neuf ans. Une convention était en discussion avec l'ancienne municipalité », affirme Sophie Trochet. La responsable syndicale poursuit : « Nous n'avons rien déménagé et nous ne comptons pas le faire. Il faut désormais une saisine du juge, mais ce n'est pas à nous d'effectuer les démarches. C'est au maire de le faire, on ne va quand même pas faire son travail. »
Un cas pratique du RN au pouvoir
La décision du maire d’extrême droite a eu pour effet de rassembler l'ensemble des organisations syndicales du département. Aux quatre syndicats menacés d'expulsion se sont joints Force ouvrière et l'Unsa, désormais unis face à ce qu'ils qualifient d'attaque contre les libertés syndicales. « Ils s'en sont pris aux jeunes, à la presse, aux mendiants, aux syndicats. Lors du dernier conseil municipal, Christophe Barthès a réaffirmé que nous coûtions trop cher et qu’il fallait que ça cesse », rapporte Sophie Trochet.
La syndicaliste rappelle, au contraire, le rôle primordial des organisations de salariés dans un département où la syndicalisation demeure faible, notamment en raison de la fragmentation du tissu économique et de la prédominance des très petites entreprises, où l'implantation syndicale est souvent difficile. « Dans l'Aude, nous avons une majorité de ces entreprises parce que nous n'avons plus d'industrie. Nous avons surtout du tourisme, et toute la précarité qui l'accompagne. Ajoutez les salaires proches du Smic et le faible nombre de hauts revenus, tout cela fait le lit d'un électorat d'extrême droite. Mais je suis persuadée que ces travailleurs peuvent être reconquis, en continuant de dénoncer l'imposture sociale du RN, comme nous le faisons depuis des années à la CGT. Aujourd'hui, nous sommes dans un cas pratique », affirme-t-elle. Pour la responsable syndicale, la situation que connaît la préfecture de l’Aude depuis l'arrivée au pouvoir de la nouvelle municipalité « oblige à prendre du recul. Au moins, les salariés voient ce qu'est le RN au pouvoir. On ne pourra plus dire : “On ne les a jamais essayés.” »