Pizzeria La Mamma : à la carte, travailleurs sans papiers et sous-payés

Ils sont serveurs, cuisiniers, plongeurs, depuis parfois dix ans dans ce restaurant où l'on est d'habitude accueillis par l'odeur de l'origan et de la pâte à pizza. Pour faire couleur « locale » et coller avec les spécialités italiennes, la patronne les a surnommés « Gino », « Gabriel », « Giovanni », « Marco », « Emilio »… Mais ils se prénomment plutôt Saïd, Hassen, Aymen, Mohamed Kamal, Aymen et Nader.
Les relations avec leur employeur ont viré au vinaigre (balsamique) le 1er octobre dernier quand ont débarqué juste avant le service une cinquantaine de personnes portant des drapeaux CGT et que, du pizzaïolo au plongeur, tous se sont mis en grève. Un conflit dans son établissement, cette patronne était loin de l'imaginer.
Tout a commencé courant août lorsque Hassen (alias Gabriel) est allé voir la CGT à la bourse du travail de Paris sur les conseils d'un ami, qui avait fini par obtenir la régularisation de sa situation de travailleur sans-papiers grâce à une grève soutenue par la CGT dans un autre restaurant de la capitale. Hassen travaille quelque 60 heures par semaine depuis novembre 2011 alors que son contrat de travail n'en mentionne que 60 par mois. Cherchez l'erreur…
Quand, avec ses collègues il demande à ce que leur patronne respecte la loi en les déclarant et en payant les cotisations sociales, elle leur répond par la négative en prétextant qu'elle ne peut pas. Elle propose même à Hassen de payer lui-même les quelque 700 euros de cotisation sur son salaire de 1 200 euros.
Mais, bien plus que du travail dissimulé, la patronne de l'établissement est aussi en délicatesse avec la loi, car tous ses salariés sont des travailleurs sans papiers. Un état de fait qu'elle s'est employée à nier lorsque la police est arrivée sur les lieux à sa demande le 1er octobre. « Elle ne pouvait pas ne pas savoir, affirme Christine Kermoal, militante de l'union départementale CGT de Paris. Les salariés lui ont demandé à plusieurs reprises de remplir les imprimés Cerfa nécessaires à leurs demandes de régularisation. »
Et les employés témoignent que leur patronne leur a demandé de lui fournir de fausses cartes d'identité françaises pour qu'elle puisse se dédouaner en cas de contrôle. Dans cette affaire, on est bien devant la situation, hélas répandue, d'un employeur qui emploie à dessein des salariés sans papiers pour pouvoir exercer une pression inacceptable sur leurs salaires et leurs conditions de travail.
Cette occupation des locaux se fait avec l'appui de travailleurs temporaires des Yvelines qui viennent, avec la CGT de remporter un succès en occupant des agences d'intérim pour obtenir leur régularisation. Le mouvement est soutenu par l'union départementale et l'union syndicale du commerce CGT ainsi que par la Ligue des droits de l'Homme. Une pétition est disponible en ligne pour soutenir ces cinq travailleurs, et la solidarité financière s'organise pour leur permettre de tenir la distance.
Au douzième jour de grève et d'occupation, une première négociation a eu lieu avec l'avocat de l'employeur. Un premier pas, le plus facile, aurait été franchi avec une possible signature des imprimés Cerfa indispensables à la régularisation par la préfecture. Mais il restait, à l'heure où ces lignes sont écrites, un lourd contentieux concernant la sous-déclaration des salaires.