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JUSTICE

Procès A69 : cinq chefs d’entreprises jugés pour intimidation contre des opposants au projet autoroutier

7 avril 2026 | Mise à jour le 7 avril 2026
Par | Photo(s) : Ed Jones / AFP
Procès A69 : cinq chefs d’entreprises jugés pour intimidation contre des opposants au projet autoroutier

Un militant anti-autoroute A69 occupant un arbre sur un chantier de l'autoroute A69 réagit après avoir appris qu'un tribunal avait ordonné l'arrêt du projet de construction de l'autoroute, près de Castres le 27 février 2025.

Cinq patrons du bassin de Castres-Mazamet comparaissent ce mardi 7 avril devant le tribunal correctionnel de Castres pour avoir mené, dans la nuit 24 au 25 juin 2025, une opération d'intimidation ciblée contre des militants opposés au projet d'autoroute A69 entre Toulouse et Castres.

Panneaux affichant les noms des militants, tags et peinture rouge sur des façades, fléchage vers des domiciles privés : dans la nuit du 24 au 25 juin 2025, une expédition nocturne soigneusement orchestrée visait des opposants à l'autoroute A69. Un chantier contesté qui doit relier Castres à Toulouse et dont la construction, destructrice pour la faune, la flore et les exploitations agricoles riveraines, suscite depuis plusieurs années une vive résistance. Aujourd'hui, cinq chefs d'entreprises du Tarn répondent de ces actes, rappelés notamment par RMC, devant le tribunal correctionnel de Castres, poursuivi pour « dégradation en réunion, divulgation d'informations personnelles et associations de malfaiteurs ».

Parmi les prévenus, des hommes âgés de 35 à 65 ans, sans antécédent judiciaire. Figurent le président de l'association Via 81, créée pour défendre le projet autoroutier et dirigeant d'une jardinerie tarnaise, un gérant d'une société de transport ayant travaillé sur le chantier de l'A69, également conseiller municipal réélu à Mazamet, un expert en finances et ex-élu local, ainsi que le dirigeant d'une société d'ameublement et ancien président de club de rugby.

Sans ambiguïté

Les enquêteurs ont mis au jour une conversation WhatsApp dans laquelle les actions étaient planifiées avec un mot d'ordre sans ambiguïté : « La peur change de camp ». Cette nuit-là, certains participants avaient dissimulé leurs plaques d'immatriculation, et deux prévenus circulaient même avec de fausses inscriptions sur leur véhicule. Des panneaux signés « les pros » avaient été installés entre Castres et Puylaurens, arborant les noms de militants accompagnés de slogans tel que « Oui à l'A69, non aux voyous ». C'est grâce à la vidéosurveillance, à la téléphonie et à un contrôle d'identité effectué cette nuit-là par la gendarmerie que les cinq hommes ont été identifiés.

Dix plaignants sont présents dans la salle d'audience, dont une commerçante dont la boutique a été taguée et un agriculteur qui a vu le mot « voyou » peint sur une pancarte à proximité de sa ferme. Leur avocate, Maître Claire Dujardin, souligne la gravité des faits, ici auprès de RMC : « Il y avait leur nom pour les identifier sur les panneaux, mais aussi un fléchage sur la route pour reconnaître leur domicile et de la peinture mise sur leur maison. C'est clairement pour les intimider. » Elle précise, dans des propos rapportés par Radio France, également que les poursuites auraient pu concerner bien davantage de personnes : « Ils ne sont que cinq à comparaître, mais ils auraient pu être quinze. »

Les prévenus encourent jusqu'à cinq ans d'emprisonnement. Le sénateur tarnais Philippe Folliot juge ces poursuites disproportionnées au regard, selon lui, de l'absence de poursuite similaires contre certains opposants de l'autoroute. Le procès, initialement prévus en novembre 2025 avait été reporté en raison d'un dysfonctionnement du tribunal. Quelques jours après les faits, 1 500 personnes s'étaient rassemblées en marge du chantier, lors d'une « turboteuf anti-A69 » organisé dans un parc privé.