1 avril 2026 | Mise à jour le 1 avril 2026
Un millier de salariés issus du commerce et des services ont investi mercredi 1er avril un hypermarché Auchan aux abords de Paris à l'appel de la CGT, pour exiger des augmentations de salaire. La CGT recense 76 branches sur 230 où les minimas conventionnels sont inférieurs au Smic.
« Ce matin, c'est la famille Mulliez, sixième fortune de France qui reçoit de manière gracieuse », remercie ironiquement Sophie Binet. La secrétaire générale de la CGT s'est déplacée en soutien à un millier d'employés du commerce et des services venus occuper l'hypermarché Auchan, porte de Bagnolet à Paris, à quelques encâblures du siège de la centrale de Montreuil.
Issus de sociétés de sécurité, d'enseignes de grande distribution, de discount, de restauration rapide (Auchan, Carrefour, Lidl, Action, McDonalds, Elior, Vert Baudet, etc.), ces femmes et ces hommes dénoncent l'absence de politique salariale ambitieuse et revendiquent de réelles augmentations. Regroupés devant les caisses du magasin, où des tables garnies de viennoiseries et de café ont été dressées, les manifestants, flanqués de leur chasuble rouge, papotent de leurs conditions d'existence.
Des salariés cumulent deux emplois
Dora, employée chez Lidl, a fait le déplacement de Bourgogne. « En 2026, les négociations annuelles obligatoires ont abouti à une hausse de 1,5% pour les ouvriers et employés. Une caissière, recrutée à 35 heures, est obligée de tout faire, aussi bien l'enregistrement que la mise en rayon, pour 1400 euros net. Tout augmente, sauf nos salaires. En parallèle, les arrêts maladie, les burn-out et les licenciements abusifs se multiplient ».
À quelques mètres, à côté du rayon frais, Judith Gones, déléguée syndicale centrale chez Samsic sécurité, observe que « des collègues cumulent deux emplois pour payer les factures, avec des conséquences sur la vie de famille, la vie sociale » et demande « un salaire minimum à 2000 euros net ». Mouhsine Amrani, délégué syndical central d'Auchan constate lui, que « les salariés ont beau avoir 20-30 ans d'ancienneté, ils sont à peine à 50 euros au-dessus du Smic. Une caissière à temps complet est deux centimes au-dessus du smic horaire ».
« Un pays de bas salaires »
L’événement illustre une thématique soulevée par la Confédération. Alors que les branches ont obligation d'ouvrir des négociations sur les minimas conventionnels dès la publication de la hausse du smic, la CGT en recensait 76 sur 230 au 31 mars 2026 où les minimas demeuraient inférieurs au smic, revalorisé de 1,18%. Le tiercé gagnant ? Le commerce, les sociétés d'études, la santé et l'action sociale. Toujours selon le syndicat, six millions de salariés dans le privé et 356 000 dans la fonction publique travaillent dans une branche dont au moins un minima est inférieur au smic. La France ne dispose plus que du 6e salaire minimum en Europe. « La France est un pays de bas salaires. Les salariés à temps partiel, majoritairement des femmes, gagnent 1030 euros nets par mois, soit à peine le seuil de pauvreté. Des salariés démarrent et finissent leur carrière au Smic », dénonce Sophie Binet.
Le Parlement a voté en novembre 2025 dans le Projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) un amendement prévoyant des sanctions pour les entreprises renâclant à rehausser leurs minimas. Amendement resté lettre morte dans la mesure où le gouvernement n'a toujours pas publié de décret. « Tout comme le gouvernement tarde à transposer la directive européenne sur la transparence salariale, dont le patronat ne veut pas entendre parler », tance Sophie Binet. Plus globalement, la CGT revendique une hausse du smic, une indexation des salaires sur les prix, de lutter contre les temps partiels.
Des salariés se privent de loisirs
Secrétaire général de la CGT commerces et services, Amar Lagha promet de multiplier les actions de ce type pour « se faire entendre. Carrefour, Auchan, Action, toutes ces enseignes s'enrichissent sur notre dos. Ils vont comprendre ce que cela veut dire que de perdre de l'argent ». Le militant syndical rappelle les résultats d'un sondage réalisé auprès de syndiqués. « 80% sont à temps partiels subis, avec un salaire oscillant entre 700 et 800 euros. 80% des personnes qui ont répondu se privent de loisirs, de vacances. Et ils voudraient nous voler notre 1er mai ? », s'insurge-t-il, faisant référence à la proposition de loi examinée de nouveau par les députés le 10 avril, visant à élargir le travail le 1er mai. Rendez-vous est pris devant l'Assemblée nationale le jour J.