28 janvier 2026 | Mise à jour le 28 janvier 2026
Selon le ministère de l'intérieur, le nombre de régularisations a baissé en 2025, notamment en raison d’une chute des régularisations par le biais du travail, et le nombre d'expulsions a augmenté. La France a délivré plus de 384 000 titres de séjour.
C'est l'effet Retailleau (ex-ministre de l'Intérieur, ndlr) : la machine à expulsions s'accélère. Selon les chiffres de la Direction générale des étrangers en France (DGEF) publiés le mardi 27 janvier 2026, les seuls éloignements forcés d'étrangers en situation irrégulière ont augmenté de 21,1% par rapport à 2024 pour atteindre les 15 569. Beauvau dénombre ainsi au total 24 985 mesures d'éloignements. En outre, le nombre d'interpellations d'étrangers en situation irrégulière continue d'augmenter en 2025 : 192 140 arrestations, dont 84399 concernaient des hommes et femmes originaires du Maghreb, soit une augmentation de 30,6% par rapport à l'année précédente.
Des régularisations par le travail devenues exceptionnelles
En parallèle, le nombre de régularisations a baissé de 10% avec 28 610 étrangers régularisés l'an dernier. De fait, la circulaire Retailleau publiée en janvier 2025 a durci encore les conditions de régularisation en exigeant notamment la certification d'une maîtrise de français, l'absence d'Obligation de Quitter le Territoire Français (OQTF) et en posant comme indice d'intégration sept ans de présence sur le territoire français.
Cette circulaire abroge celle de 2012, dite Valls qui permettait selon la CGT à environ 35 000 personnes par an d'être régularisés par le travail. « La circulaire Retailleau a fait en sorte que les régularisations par le travail deviennent exceptionnelles. La loi asile et immigration qui confirme les pleins pouvoirs des préfets en matière de régularisation a encore enforcé le côté arbitraire des décisions », constate Gérard Ré, membre du bureau confédéral de la CGT en charge de ces questions.
Loin des fantasmes racistes évoquant une déferlante migratoire, les chiffres montrent que « la présence étrangère en situation régulière au 31 décembre 2025 avoisine les 4,5 millions et augmente de 3,2% sur un an ». La France a délivré 384 000 premiers titres de séjour, en progression de 11,2% sur un an. Une hausse qui s'explique essentiellement par des raisons humanitaires, le nombre de protection subsidiaire accordée aux réfugiés et apatrides ayant plus que doublé. En revanche, les titres délivrés pour motif économique baissent de 12,6%. Pour exemple, seulement 32 660 titres ont été délivrés au titre du travail en 2025, contre 36 721 en 2024.
En 2025, 955 000 renouvellements de titres de séjour ont été accordés, en hausse de 7,6% en 2024. Sur le terrain, la CGT constate que la numérisation des démarches administratives, la difficulté d'accès aux guichets des préfectures engendrent des délais d'instruction à rallonge, pouvant aller jusqu'à plusieurs années. « Les personnes concernées perdent parfois leur travail et les droits qui y sont associés, faute de papiers renouvelés dans les temps », dénonce Gérard Ré.
En 2023, 5,3 millions d'immigrés âgés de 15 à 64 ans vivent en France et plus de 3,7 millions sont actifs sur le marché du travail. Ces derniers représentent 12% de la population active en France. Les statistiques montrent que les immigrés non européens sont plus souvent inactifs et au chômage que la moyenne des immigrés. Ils sont par ailleurs presque deux fois plus nombreux à être en CDD et en intérim que les natifs.
Deux salles, deux ambiances
Alors que la France se caractérise par une politique d'immigration restrictive, l'Espagne s'apprête à régulariser un demi-million de sans-papiers. Le gouvernement espagnol de gauche considérant que cette mesure doit permettre de soutenir la croissance économique du pays. « Cette réforme fait suite à une initiative populaire signée par plus de 600 000 personnes et soutenue par quelque 900 associations, qui exigeaient la régularisation exceptionnelle de tous les immigrés en situation irrégulière en Espagne », rappelle l'AFP.
« Nous sommes un pays qui défend fermement un modèle migratoire légal, sûr, ordonné, mais aussi ouvert et humain, contre ceux qui préconisent la fermeture des frontières », avait justifié en janvier le premier ministre socialiste, Pedro Sanchez cité par l'AFP. Une décision courageuse, à rebours des politiques menées dans bon nombre de pays européens.