8 mars 2026 | Mise à jour le 8 mars 2026
La Journée internationale des droits des femmes est imaginée dès 1910, alors que les revendications féministes s'amplifient pour exiger l'égalité et un droit de vote universel. Si elle s'est construite dans la lutte, l'origine de sa date a été sujette à interprétations.
Officialisée en 1982 en France, la journée du 8 mars puise ses origines bien plus loin dans l'histoire des luttes ouvrières et des manifestations féministes, au tournant des XIXe et XXe siècles. L'idée d'une Journée internationale a en effet émergé au sein des mouvements de femmes socialistes. Aux États-Unis, une première mobilisation dédiée aux droits des Américaines se tient le 28 février 1909, à l'initiative d'une militante, Theresa Malkiel. Cette réfugiée russe, suffragette et syndicaliste, qui s'est notamment illustrée en organisant les ouvrières exploitées des ateliers de confection de New York, bouscule le Parti socialiste américain sur la question des droits des femmes. Mais c'est en Europe que l'idée d'organiser une journée à dimension internationale va être lancée l'année suivante par une autre militante restée célèbre : Clara Zetkin. Lors de la conférence internationale des femmes socialistes qui se déroule à Copenhague en août 1910, la journaliste allemande appelle les travailleuses de tous les pays à s'organiser et à se rassembler lors d'une journée universelle de lutte « en accord avec les organisations politiques et syndicales du prolétariat dotées de la conscience de classe », afin de réclamer, notamment, le droit de vote. Aucune date n'est alors évoquée. Une première journée de mobilisation est toutefois célébrée le 19 mars 1911 aux États-Unis, en Autriche, en Allemagne, au Danemark, ainsi qu'en Suisse.
Des racines russes
L'année suivante, des rassemblements se tiennent en France et dans la Russie tsariste. Mais le 8 mars 1917, un événement majeur se produit à Pétrograd. Les femmes se mettent spontanément en grève pour réclamer du travail et du pain, précipitant la Révolution russe. Pour leur rendre hommage, Lénine contribuera à l'instauration officielle du 8 mars comme Journée internationale de célébration et de mobilisation des femmes, en 1921. Cependant, à compter du milieu des années 1950, le mouvement féministe et ouvrier choisit de retenir un autre événement pour expliquer le choix de la date du 8 mars, celui d'une manifestation d'ouvrières new-yorkaises de l'habillement au milieu du XIXe siècle. Des « chemisières » qui, luttant pour de meilleures conditions de travail, auraient été violemment réprimées par la police, le 8 mars 1857. Cette version, qui sera longtemps retenue comme date fondatrice par les mouvements féministes, le PCF et la CGT, va être contestée à partir de 1977 – année d'officialisation de la Journée internationale des droits des femmes par les Nations unies. Les recherches de militantes et historiennes féministes françaises démontrent en effet que cette origine américaine relève du « mythe » : nulle trace d'une telle mobilisation n'apparaît dans les archives des journaux états-uniens… Un mythe né, en réalité, d'un article écrit en 1955 dans les pages de l'Humanité. Et resté longtemps vivace…