
Quelle réponse syndicale sur la Catalogne ?
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Pedro Sanchez en conférence de presse le 4 mars, après avoir refusé d'ouvrir ses bases aériennes andalouses à l'aviation américaine.
Pedro Sánchez, Premier ministre espagnol, a refusé de laisser les États-Unis utiliser des bases aériennes andalouses pour leur intervention en Iran. Des bases en principe à disposition des Américains mais dont toute utilisation excédant le cadre habituel, comme la participation à une opération militaire, doit être autorisée par Madrid. Cette opposition, que l'élu du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) a réaffirmée lors d'une conférence de presse le 4 mars, lui vaut dans le même temps l'ire de Donald Trump, ainsi que le soutien de l'UE et d'Emmanuel Macron. Le dirigeant espagnol bénéficie déjà d'un capital sympathie considérable dans la gauche française, qui ne risque pas de faiblir avec cette décision. Si tenir tête à Washington est devenu rare sur le vieux continent depuis le deuxième mandat de Trump, le positionnement anti-impérialiste de Madrid nous renseigne sur deux aspects : le parcours de Sánchez et le contexte où le dirigeant et le PSOE sont particulièrement affaiblis dans leur pays.
Sánchez est élu en 2018, quelques mois après Emmanuel Macron en France, mais sur un projet politique bien différent. Si l'ancien ministre de l'Économie de François Hollande avait fait une campagne centriste libérale, Sánchez a su fédérer les militants du PSOE en renouant avec une ambition sociale forte, loin de faire l'unanimité au sein de son camp. En 2014, lorsqu'il est nommé secrétaire général de son parti, dont les cadres sont alors pour la plupart de la tendance libérale, c'est justement pour contrer la progression du parti de gauche radicale Podemos, qui vient de naître. Moins docile que prévu, Sánchez, après les élections législatives de 2015 où le PSOE enregistre son pire score depuis la fin du franquisme, envisage une coalition avec Podemos. Mais sa formation refuse une telle alliance.
À la suite du verdict de l'affaire Gürtel, une vaste enquête pour corruption et malversation qui met en cause plusieurs membres du Parti populaire (PP, conservateur) Sánchez dépose une motion de défiance contre le Premier ministre d'alors Mariano Rajoy, dont le gouvernement sera destitué. Dans la foulée, le secrétaire général du PSOE est nommé président du gouvernement.
Seulement, huit ans plus tard, le gouvernement Sánchez est à son tour entâché par des malversations financières, alors que deux anciens membres du gouvernement sont visés par des enquêtes pour corruption : l’un d’entre eux, Santos Cerdán, a même été placé en détention provisoire cet été. L'ancien procureur général, nommé par le gouvernement, est mis en cause pour violation du secret judiciaire. De plus, le frère de Sánchez doit être jugé pour trafic d'influence tandis que son épouse fait l'objet d'une enquête pour trafic d'influence et corruption.
À cela s'ajoutent plusieurs affaires de harcèlement sexuel internes au parti, dont certaines qui concernent des proches collaborateurs de Sánchez. Les plaignantes déplorent une mauvaise gestion de ces situations. Comment expliquer alors la longévité du gouvernement Sánchez et sa reconduction aux dernières élections législatives ? C’est que le parti « doit son bon résultat aux élections législatives de 2023 aux votes de l'électorat féminin, du fait de la peur des femmes si l'extrême droite devait arriver au pouvoir dans les valises du PP » explique Antoine de Laporte, spécialiste de la vie politique espagnole dans un entretien pour la Fondation Jean Jaurès. Pas franchement, un vote d’adhésion donc et autant d'affaires qui continuent de planer et pourraient abîmer la relation des électeurs et électrices au PSOE.
Et sa situation politique demeure fragile sur un autre plan encore. En effet, Sánchez a réussi à se maintenir au pouvoir en 2023 grâce au soutien des indépendantistes basques et catalans. Mais avec une chambre des députés très divisée, aucun budget n'a été voté depuis trois ans. Ainsi, c’est la loi de finances de 2023 qui continue de s'appliquer, ce qui bloque toute éventuelle mesure sociale d’ampleur (mais n'empêche pas le pays d'afficher pour l'instant l’un des taux de croissances les plus élevés d'Europe, à 2,9 %).
Et le ciel est de plus en plus lourd pour Sánchez. Le PSOE a déjà connu une déroute électorale lors des élections régionales anticipées à Estrémadure fin 2025. « Le PP ne profite pas tant que ça de la déroute des socialistes, c'est plutôt Vox [parti d'extrême droite, ndlr]. On commence à voir un transfert de voix assez important du Parti socialiste vers Vox » décrypte Antoine de Laporte. De quoi inquiéter les sociaux-démocrates alors qu'ils viennent de connaître un nouvel échec, début février, en Aragon, et que deux nouveaux scrutins régionaux arrivent mi-mars en Castille-et-Léon, et en juin en Andalousie. Par ailleurs, quatre partis de gauches ont lancé fin février une coalition qui exclut pour le moment le PSOE (Sumar, Izquierda Unida, Mas Madrid, Comuns).
Ainsi, pour Antoine de Laporte, le positionnement à l'international de Sánchez répond aussi à un enjeu national. « Vox est le relai de la propagande et des idées trumpistes dans la scène politique nationale. En se posant en rempart et en opposant résolu aux discours de Trump, [Sánchez] se pose aussi en rempart face à l'extrême-droite dans son propre pays (…) »
L’opposition à Trump serait donc pour beaucoup le calcul d’un homme politique en difficulté sur la scène domestique ? Pas tout à fait. Car, au-delà de l’Iran, le Moyen-Orient tient une grande place dans le logiciel politique de Pedro Sànchez. Tout d’abord, son refus de voir son pays faciliter la guerre contre l’Iran succède au discours tenu sur les massacres à Gaza, dans lesquels il n’a pas hésité à voir un génocide, et à sa reconnaissance, dès mai 2024, de l’État de Palestine. De surcroît, ces positions du Premier ministre actuel se lisent à la lumière de l’histoire nationale dans laquelle elles s’enracinent profondément.
Ainsi, l'opposition espagnole à la politique israélienne s'inscrit dans une longue tradition de soutien au peuple palestinien, qui commence de façon peu reluisante dans le franquisme. Fin des années 1940, le jeune état d'Israël s'oppose à l'admission de l'Espagne à l'ONU en raison de l'alliance entre Franco et Hitler. Cela poussera la dictature à s'allier davantage avec les pays arabes pour espérer obtenir leur vote. « Le franquisme était profondément antisémite » ajoute Antoine de Laporte, « si cette question de l'antisémitisme a bien évidemment disparu, elle a créé quand même une tradition de politique étrangère plutôt tournée vers les pays arabes et les revendications du peuple palestinien. » Un soutien aux Palestiniens qui peut également expliquer le refus de Sánchez de s’associer à l’offensive en Iran, menée conjointement par les États-Unis et Israël.
Reste à voir si le Premier ministre espagnol pourra poursuivre sa politique jusqu'à la fin de son mandat en 2027. Si Vox s'empare de l'Espagne, les relations avec Washington risquent d'être plus apaisées…

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