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FORMATION

« Un contre-sens » : derrière le plafonnement à 1500e du CPF, la reprise en main patronale

6 mars 2026 | Mise à jour le 6 mars 2026
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« Un contre-sens » : derrière le plafonnement à 1500e du CPF, la reprise en main patronale

Photo d'illustration

Depuis fin février, les salariés sont davantage sollicités s'ils veulent suivre une formation accessible via le CPF, à moins de bénéficier d'un cofinancement de leur employeur. La CGT dénonce une logique patronale et un échec de l'État stratège. 

 « On ne voit pas bien l’effet positif d'un tel désinvestissement dans les compétences », juge  Naïs Laurandel, directrice des affaires publiques et de la communication pour Les Acteurs de la Compétence, organisation représentative des entreprises de formation. Depuis le 26 février, un plafonnement, inscrit dans la loi de finances 2026, s'applique aux droits mobilisables via le CPF. Concrètement, un salarié souhaitant suivre une formation d'un montant de 2 500€ ne pourra solliciter le dispositif qu'à hauteur de 1 500€ maximum, le reste – dont le ticket modérateur bientôt porté à 150€ (contre 103, 20€ actuellement) – étant à sa charge (1 000€), et ce, même si son CPF est plein (5 000€). À moins de bénéficier d'un cofinancement de son employeur. 

L'objectif du gouvernement est triple : réaliser des économies d'argent public (250 millions d'euros dont 150 en 2026, selon le ministre du Travail à l'AFP), responsabiliser les bénéficiaires dans leur choix et les aiguiller vers les formations utiles aux entreprises. Quant au permis de conduire, l'usage du CPF est désormais limité à 900€. 

« C'est une reprise en main du CPF par le patronat avec l'aval du gouvernement ! », s'insurge Sandrine Mourey, membre du bureau confédéral de la CGT en charge notamment de la formation professionnelle. « C'est une attaque contre la volonté du salarié à se former en dehors de son travail, de parfaire des connaissances qui lui sont chères. » Naïs Laurandel complète : « Cette mesure vient limiter l’accès pour les actifs à leur droit acquis par le travail (…) Le CPF est une innovation sociale absolument majeure. Il a permis de démocratiser l’accès à la formation, la sécurisation de sa trajectoire professionnelle pour tous… 80 % des bénéficiaires sont des ouvriers ou employés. » 

Les précaires en première ligne  

Les formations concernées par ce plafonnement « relèvent uniquement du registre spécifique (RS), pas du répertoire national des certifications professionnelles (RNCP). Ce sont les Caces (certificats d'aptitude à la conduite en sécurité), les certifications linguistiques, les habilitations obligatoires en logistique ou manutention, etc. Mais aussi des formations pour devenir installateur de panneaux photovoltaïques », illustre Naïs Laurandel. Elle développe ce dernier exemple : « une formation pour ce métier tourne autour de 80h avec des coûts de 3 500 – 4 000€… Nous sommes loin des 1 500€ du plafond ! » En 2025, 600 000 dossiers engagés relevaient du RS contre 250 000 pour le RNCP.  

Sandrine Mourey pointe les arbitrages auxquels risquent d'être soumis les plus fragiles : « Une femme seule, avec enfants, quand il faudra arbitrer entre le reste à charge de sa formation, remplir le frigo ou payer les loisirs des gamins, elle raisonnera comment à votre avis ? Ça renvoie le salarié à des choix terriblement injustes et injustifiables. L'avenir des travailleurs payé au SMIC, le gouvernement n'en a que faire. »

Elle fustige le plafonnement également appliqué cette année au bilan de compétences à 1 600€, depuis le 26 février, alors que le coût moyen tourne autour de 2 000€. « Autour de 40-45 ans, ce bilan est nécessaire voire indispensable pour se poser : voilà où j'en suis, vers quoi je souhaite m'orienter, etc. S'il faut débourser de leur poche, les moins fortunés risquent de zapper cette étape importante et de faire fausse route. » En toile de fond, le risque de rupture de parcours pouvant conduire au chômage, à l'exclusion sociale dans les cas les plus extrêmes. 

« L'État n'est pas stratège »

Au-delà des cas individuels, plafonner l'utilisation du CPF et du bilan de compétences serait un mauvais calcul pour l'économie française. « De grandes transformations s'annoncent avec l'IA, la transition verte, l'économie de la défense, la réindustrialisation. C'est un contre-sens de ne pas investir dans le développement professionnel des actifs », alerte Naïs Laurandel. « C'est un choix politique, la formation est indispensable aux salariés et au pays. L'État n'est pas stratège et adopte une vision court-termiste », tranche Sandrine Mourey. 

La menace d'un système à deux vitesses est bien réelle. D'un côté des parcours low cost, plus courts et pas toujours qualitatifs, de l'autre « une offre pour ceux qui auront les moyens de payer le reste à charge. Une véritable injustice sociale », craint Naïs Laurandel. Par ricochet, la décision de l'exécutif impactera le secteur représenté par Les Acteurs de la Compétence, majoritairement composé de TPE et PME, avec une baisse d'activité déjà visible en 2025. « L'annonce, très brutale, a été appliquée du jour au lendemain. Nous n'avons pas eu le temps d'ajuster nos modèles économiques », regrette-t-elle.   

« Nous pouvons être inquiets sur les orientations du projet de loi de finances 2027 (PLF) », projette  Sandrine Mourey, anticipant un possible plafonnement des formations inscrites au Répertoire national des certifications professionnelles cette fois. 

Jonathan Könitz