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INDUSTRIE

Vencorex dans toutes les têtes : aux Assises du Made in France, les pistes de la CGT pour lutter contre l’hémorragie industrielle

27 mars 2026 | Mise à jour le 27 mars 2026
Par | Photo(s) : Marie Albessard
Vencorex dans toutes les têtes : aux Assises du Made in France, les pistes de la CGT pour lutter contre l’hémorragie industrielle

250 personnes ont assisté aux Assises du made in France, organisées par la CGT à Pont-de-Claix (Isère), près du site de Vencorex

Lors des Assises du Made in France à Pont-de-Claix (Isère), organisées par la CGT ce jeudi 26 mars, Vencorex a occupé les esprits et les débats. La veille, le projet de relance Exalia, porté par un entrepreneur et la CGT et soutenu par de nombreux acteurs dont l'État, a été retoqué par le tribunal de commerce.

« Nous pensions aujourd’hui fêter une décision emblématique, à savoir la reprise du site de Vencorex un an et demi après sa fermeture et le redémarrage du site industriel. Malheureusement, le tribunal de commerce en a décidé autrement », réagit Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT. Ce jeudi 26 mars à Pont-de-Claix, la nouvelle du rejet du projet de relance Exalia (Vencorex) par le tribunal, parvenue la veille, n'a pas arrangé le froid glacial qui règne dans le complexe sportif de la commune où se déroulent les Assises du Made in France. Le lieu du rassemblement organisé par la CGT n'avait pas été choisi par hasard : Pont-de-Claix abritait l'usine chimique Vencorex.

En avril dernier, le tribunal des activités économiques de Lyon (ex-tribunal de commerce) avait validé sa reprise par un concurrent chinois qui ne conservait que 54 emplois sur 450, rejetant ainsi le projet de reprise en société coopérative porté par les salariés. Depuis, une nouvelle offre de relance « Exalia » a été mise sur pied et portée par un entrepreneur et par d'anciens salariés. Le projet, pourtant soutenu par la CGT, les collectivités locales, l'État, la BPI… et bénéficiant d'un tour de table de 80 millions d'euros, a malgré tout été rejeté par le tribunal. Celui-ci a préféré une cession à un ferrailleur, qui propose de démanteler les infrastructures du site.  

La CGT demande une commission d'enquête

« Ce n’est pas possible que, pour des raisons qui échappent à tout le monde, le tribunal de commerce décide d’envoyer cette plateforme chimique à la casse », commente Sophie Binet. La table-ronde l'après-midi en présence de Sébastien Martin, ministre de l'Industrie, a donc largement tourné autour de Vencorex. « Ce projet avait tout pour être accepté par le tribunal. On ne peut pas se satisfaire de cette solution, que comptez-vous faire ? », l'interpelle Séverine Dejoux, ex-élue CGT de Vencorex et porteuse du projet Exalia. « J'aurais préféré venir avec une autre décision du tribunal. Aujourd'hui, la décision est ce qu'elle est. Je mettrai tout le monde autour de la table vendredi prochain, pour voir comment intégrer Exalia au projet », a répondu le ministre. La CGT a, elle, à nouveau plaidé auprès du ministre sa demande de nationalisation de l'entreprise. Elle a également demandé une commission d'enquête sur la gestion du dossier Vencorex et a indiqué se mobiliser pour demander au Procureur de faire appel de la décision du tribunal des activités économiques de Lyon. Ce dossier fait écho à une autre revendication portée par la CGT : ménager aux travailleurs et à leurs représentants une place au sein des tribunaux de commerce, dont le fonctionnement ne repose que sur des juges patronaux. 

Une plus grande mobilisation de l'État

Le dossier Vencorex a donné un éclairage concret au constat posé par la CGT, qui a recensé en deux ans (entre septembre 2023 et ce mois de mars)  546 plans de licenciements touchant plus de 400 sites industriels. Toute la matinée, dans le gymnase isérois, des témoignages illustrent cette désindustrialisation progressive et interpellent sur des savoir-faire menacés de disparition, dans l'industrie papetière, ou verrière entre autres. Didier Chaix, délégué syndical de Kem One, alerte sur le désengagement du fonds Apollo, qui détient l'entreprise et qui souhaite la céder. « Cette financiarisation de l'industrie conduit à la captation des profits. Aujourd'hui, les fonds se substituent aux banques, ils sont uniquement là pour financer l'entreprise ! En cinq ans, rien n'a été investi dans Kem One. Nous avons besoin d'un repreneur qui a une vision sur le long terme », témoigne-t-il.

À l'image de Vencorex, la CGT porte la demande d'un plus fort engagement de l'État, notamment via des nationalisations. Mais, faute d'être entendus, des salariés essaient de se réapproprier des moyens de production. Dans le Rhône, des salariés de Sippex, qui produit des poches à perfusion, viennent de déposer une offre de reprise en coopérative qui permettrait de sauver 36 des 43 emplois. « Les projets des salariés doivent avoir accès au financement, demande Sophie Binet. Ensuite, il faut écouter les alertes, on est dans les entreprises, on a les informations ! Vous subissez les conséquences délétères de vos prédécesseurs mais aujourd'hui vous êtes aux manettes » adresse-t-elle à Sébastien Martin. Autres demandes formulées par la CGT : la présence de salariés dans les CA des grandes entreprises et dans les comités de suivi des entreprises en difficulté. 

« L'usine est encore debout »

L'heure est aussi aux témoignages de projets portés par la CGT, qui contribuent à lutter contre la désindustrialisation. À l'image du récit de Cyril Briffault qui a participé à la lutte pour sauver l'usine papetière de la Chapelle Darblay, en Seine Maritime. Grâce à leur mobilisation, les salariés ont obtenu la préemption du site par la Métropole de Rouen Normandie pour garantir sa vocation papetière. L'usine redémarrera d'ici 2028 avec la production de papier ondulé d'emballage à partir de carton recyclé et va créer 170 emplois. « Au départ, on devait être rasés, on a rencontré beaucoup de freins mais on ne s'est pas laissé abattre. L'usine est encore debout et la Chapelle Darblay vivra ! », s'enthousiasme Cyril Briffault. Autre exemple en Isère, où des salariés d'une entreprise d'imagerie médicale ont créé la SCIC Axel Medtech, en réaction au désengagement de Thalès. Ce dernier est même sociétaire de la SCIC. 

À l'issue de la journée, Sophie Binet et Sébastien Martin s'accordent sur le constat : il faut lutter contre l'hémorragie industrielle. « Les équipes de Bercy font le maximum pour répondre aux demandes qui nous parviennent de la CGT », a précisé le ministre.