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Monde

2 mois après l’enlèvement de Maduro : entre craintes et espoirs, le peuple vénézuélien toujours en lutte

30 mars 2026 | Mise à jour le 30 mars 2026
Par | Photo(s) : Leonardo Fernandez Viloria / REUTERS
2 mois après l’enlèvement de Maduro : entre craintes et espoirs, le peuple vénézuélien toujours en lutte

Caracas, le 10 février. Manifestation en faveur de la loi d'amnistie des prisonniers politiques et le respect des droits des travailleurs.

Deux mois après la capture du président de la République Nicolas Maduro par l'administration Trump, le Venezuela est, à travers la gouvernance par intérim de Delcy Rodriguez, placé de fait sous tutelle étasunienne. Face aux changements économiques et démocratiques en cours, à double tranchant pour les travailleurs vénézuéliens déjà éprouvés par la précarité, les syndicats se mobilisent.

À peine quelques semaines après la spectaculaire action militaire qui permit l'enlèvement du président vénézuélien autoproclamé Nicolas Maduro, par l'administration étasunienne, la vice-présidente Delcy Rodriguez assure l'intérim d'un gouvernement sous tutelle. Face au monde, celle-ci dénonce toujours le coup de force de la Maison-Blanche mais, dans les faits, elle se plie si bien au diktat étasunien que Donald Trump la complimente. Une posture d'équilibriste qui, pour l'instant, a éloigné de l'échiquier politique l'opposante et prix Nobel de la paix Maria Corina Machado, à la botte de Trump. Elle lui a aussi permis de lancer deux grandes « réformes » de fond, économique et démocratique. Il y a d'abord eu le vote, le 29 janvier, d'une modification de la loi organique sur les hydrocarbures, qui marque l'accès aux investissements privés du marché du pétrole vénézuélien. Une démarche en totale rupture avec le modèle de souveraineté chaviste qui l'avait nationalisé et érigé en symbole.

Dérèglementations 

L'ouverture des plus grandes réserves mondiales d'or noir à des sociétés privées ravit Trump, plus intéressé par les retombées économiques immédiates que par les droits sociaux d'un peuple maintenu dans une précarité proche de la misère depuis des années, notamment en raison du blocus imposé par les États-Unis. Ce peuple espère pourtant un rétablissement économique du pays. Or, « on assiste à la poursuite invariable des politiques de déréglementation du travail par le gouvernement vénézuélien et à leurs conséquences désastreuses pour la vie et les conditions de travail des travailleurs et de leurs familles », dénonçait Pedro Eusse, secrétaire général de la Confédération unitaire des travailleurs vénézuéliens (CUTV), lors d'un meeting organisé en solidarité avec le peuple vénézuélien par la CGT, la FSU et Solidaires, le 9 février, à la bourse du travail de Saint-Denis. Pour preuve : le salaire minimum légal et les pensions de sécurité sociale sont gelés à 130 bolivars (soit à peine plus de 0,30 dollar américain), depuis mars 2022. De plus, la notion de salaire a été remplacée par celle de « revenu global », ce qui risque d'encourager les fraudes au droit du travail. En effet, le versement d'avantages non pris en compte dans le calcul des prestations, des congés, des primes, des pensions ou des cotisations de sécurité sociale pourrait se généraliser. « On détruit ainsi la base de calcul des rémunérations légales et contractuelles, alerte le syndicaliste. De cette manière, le démantèlement des conventions collectives et le mépris de la liberté d'association se poursuivent, avec la certitude que les dirigeants syndicaux et les travailleurs seront licenciés, persécutés, emprisonnés et poursuivis en justice. »

Pétrole contre liberté

La démocratie constitue le deuxième volet des « réformes » en cours : la loi d'amnistie permettant la libération massive de détenus politiques a été approuvée le 19 février à l'unanimité par l'Assemblée nationale et promulguée dans la foulée par la présidente par intérim. Un millier de personnes sont concernées. « Si l'on considère une période plus longue, le Venezuela compterait en réalité de 10 000à 20 000 prisonniers politiques, selon les organisations non gouvernementales », nuance Yoletty Bracho, chercheuse franco-vénézuélienne à l'université d'Avignon. Cette loi suscite en tout cas un immense espoir chez les Vénézuéliens locaux ou exilés pour des raisons politiques. Fin février, environ 450 prisonniers avaient été libérés. D'autres, comme le secrétaire général de la centrale des travailleurs vénézuéliens (CTV), les présidents de diverses fédérations (Construction, Retraités…) ou le dirigeant de la sidérurgie Daniel Romero, demeurent incarcérés depuis l'ère Maduro. Le parcours législatif de la loi est lui-même resté longtemps chaotique, faute de consensus parmi les députés. Principal point de blocage : l'article 7 qualifiait les amnistiés de « coupables », plutôt que de « victimes ». Cette situation n'étonne pas la chercheuse : « L'élaboration de ce texte pose question, car les organisations qui ont historiquement défendu les droits des prisonniers politiques n'ont pas été associées à sa rédaction. » Dans la rue, la déception de nombreuses familles, qui espéraient la libération de leurs proches, s'est transformée en manifestation d'opposition, la première depuis la chute de Maduro. 

Arbitraire et élections libres

« Malheureusement, le débat autour de la loi d'aministie ne découle ni d'une véritable évolution démocratique ni d'une réorientation politique de l'élite dirigeante, mais bien des pressions exercées par les États-Unis », déplore Pedro Eusse. C'est pourquoi cette loi comporte des limites et des conditions qui ne garantissent ni l'annulation totale des détentions arbitraires, ni la fin des violations des droits de la défense, ni la cessation des atteintes aux droits humains subies par des milliers de personnes. « Ces lacunes concernent notamment les travailleurs, les syndicalistes et les responsables communautaires, poursuit le syndicaliste. La loi ne prévoit pas davantage la restitution intégrale des droits bafoués, ni des réparations pour les victimes et leurs familles. »De son côté, la présidente par intérim, Delcy Rodriguez, a promis « des élections libres et équitables  ». Des promesses qui n'engagent que ceux qui les croient.