30 mars 2026 | Mise à jour le 30 mars 2026
Alors que plus de 4 000 postes d'enseignants vont être supprimés à la prochaine rentrée scolaire, l'intersyndicale appelle tout au long de la semaine de la semaine du 30 mars à une mobilisation d'ampleur au niveau national, et notamment à une grève mardi 31 mars. Pour la CGT, l'heure ne devrait pas être à la réduction des effectifs, mais plutôt à un investissement massif pour garantir l'attractivité du secteur.
4 000 postes d'enseignants supprimés en septembre 2026, un nombre d'AESH qui ne sera pas augmenté à hauteur des promesses gouvernementales… Le vote du budget 2026 a été particulièrement sévère pour l'Éducation nationale. Afin de dénoncer « la dégradation des conditions de travail des personnels et des conditions d’apprentissage des élèves », organisée par la politique austéritaire du gouvernement, les organisations syndicales CGT Éduc'Action, FSU, Unsa Éducation, CFDT Éducation Formation et Recherche publique et SUD Éducation appellent toutes à une mobilisation massive sur la semaine du 30 mars au 3 avril, avec en point d’orgue un appel à la grève pour ce mardi 31 mars. Une mobilisation nationale qui vient fédérer de multiples actions locales, notamment dans l'Eure, en Touraine ou encore dans le Tarn. « Il a fallu attendre, après l'annonce de la suppression des postes, qu'on ait les précisions à hauteur de chaque académie, pour que ça puisse devenir concret aux yeux des agents et qu'ils réalisent à quel point on va perdre des postes partout en France », nous renseigne Isabelle Vuillet, co-secrétaire générale de la CGT Éduc'Action.
4000 postes supprimés, dont 2200 dans le primaire, 1800 dans le secondaire, avec, comme le souligne notre interlocutrice, des disparités. En effet, selon les chiffres de l'Association des Maires de France (AMF), toutes les académies sont concernées par ces suppressions de postes en école primaire, mais certaines académies seront moins bien loties. Par exemple, celle de Lille va perdre 265 postes dans le primaire et 190 dans les collèges et lycées, Rennes 97 et 153, Bordeaux 115 et 140. Et si les enseignants sont les plus visibles dans les charrettes comme dans les cortèges, Isabelle Vuillet l'assure « toutes les catégories d'emplois sont mobilisées pour cette semaine de mobilisation ». Infirmières scolaires, accompagnants des élèves en situation de handicap (AESH), assistants sociaux scolaires, « quand je dis que tous les personnels sont lassés, c’est bien tous les personnels. On a tous cette impression de ne pas pouvoir faire notre métier correctement parce qu’il n’y a pas assez de moyens et qu'il y a trop d'élèves dont il faut s’occuper », précise la syndicaliste.
Baisse démographique
Pourtant, pour justifier la suppression de ces postes, le gouvernement avance justement l’argument d’une diminution du nombre d’élèves. Le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, affirmait en janvier devant les députés que le ministère faisait face à « une chute démographique vertigineuse », chiffrant une diminution à hauteur de l'ordre de « 150 000 enfants dès la prochaine rentrée ». Selon la Direction des études statistiques du ministère de l'Éducation nationale, les effectifs des élèves ont diminué de 1,7 % à la rentrée 2025, avec 90 700 de moins qu'en 2024.
Un argument qui ne tient pas pour Isabelle Vuillet. Et qu'elle qualifie même de « fallacieux » : « Sous Sarkozy, il y a eu une hausse démographique et on n'a jamais eu de postes en plus ». Alors que la baisse du nombre d'élèves aurait permis selon elle de « faire baisser les effectifs par classe qui sont excessivement lourds aujourd'hui », elle regrette une décision qui précarise à la fois les professionnels de l'éducation, mais aussi les élèves.
Une scolarité mise en danger
Selon les derniers chiffres disponibles de l'OCDE, la France fait partie des pays où les classes sont les plus chargées. Au primaire, en France, une classe accueille en moyenne 21 élèves. Seul un pays – la Hongrie – fait moins bien parmi les pays membres. Au collège, la France arrive dernière avec ses plus de 25 élèves par classe en moyenne, derrière l'Espagne et l'Allemagne. « Pour un gouvernement qui dit se soucier du bien-être de la jeunesse, on ne peut pas dire qu'il en fasse sa priorité, s'insurge Isabelle Vuillet. Le manque de personnel à l'école et les effectifs par classe qui sont chargés, c’est tout simplement une jeunesse qui aurait pu être encadrée, accompagnée et qui ne l’est pas, faute de moyens. »
Et les profs et professionnels de l’éducation s’en ressentent aussi : « Il y a une forme de lassitude et une perte de sens dans notre métier ». La contractualisation massive qui s'est accentuée avec la loi de transformation de la fonction publique décidée en 2019 a aussi participé à une précarisation globale dans le secteur de l'enseignement. Alors, cette semaine de mobilisation, et notamment la grève prévue mardi 31 mars, Isabelle Vuillet la voit comme l'expression d'une colère de collègues « épuisés, et qui tiennent ce système scolaire à bout de bras depuis plusieurs années déjà ».