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Monde

« Déposer les armes » : en Italie, la CGIL en première ligne contre les guerres et le réarmement

31 mars 2026 | Mise à jour le 31 mars 2026
Par | Photo(s) : Tiziana Fabi / AFP
« Déposer les armes » : en Italie, la CGIL en première ligne contre les guerres et le réarmement

La manifestation du 28 mars à Rome.

La manifestation « contre les rois et leurs guerres » de  l'alliance « No Kings Italia », qui a réuni à Rome 300000 personnes, le samedi 28 mars, marque l'apogée d'un mois d'activités contre les guerres et le réarmement menées par la Confédération Générale Italienne du Travail (CGIL) et ses fédérations.  

« Notre participation naît des luttes que nous avons menées avec les mouvements contre la dérive autoritaire du gouvernement Meloni et ses décrets dits de sécurité, qui entravent la liberté d'expression dans les manifestations et dans les grèves ». Barbara Tibaldi, secrétaire nationale de la Fédération Italienne des Ouvriers de la Métallurgie (FIOM) de la CGIL, explique ainsi l'adhésion de son syndicat à « No Kings Italia », alliance de plus de 700 associations, mouvements et collectifs, inspirée du mouvement anti-Trump aux États-Unis. Sa manifestation « fleuve » du 28 mars à Rome, 300000 personnes selon les organisateurs, ouverte par la banderole « Per un mondo libero dalle guerre » (pour un monde libre des guerres), clôt en beauté un mois d'initiatives contre les guerres, après l'attaque des États-Unis et Israël contre l'Iran, qui a vu la CGIL et ses fédérations en première ligne.  

Lors de la « Journée internationale de sensibilisation au désarmement et à la non-prolifération », le 5 mars, la FIOM a donné le ton avec son tract « La guerre est contre les travailleurs »  appelant, entre autre, à appliquer l'article 11 de la Constitution, qui « refuse la guerre comme moyen d'offense à la liberté d'autres peuples et comme moyen de résolution des controverses internationales », à rejeter toute participation directe ou indirecte de l'Italie, « de la fourniture d'armes à l'utilisation de bases militaires », à renforcer l'action diplomatique, et à investir dans le travail « pour construire l'avenir et non pas pour le détruire ».  

L'Italie porte-avion de l'armée américaine ?

Le même jour, la CGIL de la Sicile, avec d'autres associations de la société civile, alertaient sur la hausse de l'activité militaire dans l'île, à partir de la base américaine de Sigonella, près de Catane : « Nous sommes en train de devenir un maillon de la chaîne belliciste et donc une cible potentielle. Nous nous y opposons et sommes prêts à la mobilisation ».  Parmi les huit bases de l'armée américaine en Italie, l'une est à Vicenza, dans la Vénétie, où le 9 mars a eu lieu un flash-mob pour la paix organisé par diverses associations et syndicats.

Le leader de la CGIL de la ville, Giancarlo Puggioni, a rappelé les raisons de l'engagement de sa confédération contre les guerres : « Le syndicat est né pour promouvoir la dignité des personnes au travail, dignité écrasée par les guerres, qui détruisent les conditions matérielles des travailleuses et des travailleurs, victimes de chaque conflit ». La CGIL de la région Trentin-Haut-Adige a, de son côté, organisé avec d'autres associations et syndicats une grande manifestation à Trento, la capitale, le 24 mars, appelant  la communauté internationale à intervenir afin de « déposer les armes et recommencer à investir dans la diplomatie et le dialogue ».  

Non à la reconversion

Le 14 mars, à la suite de la proposition de reconvertir dans l'armement une partie des entreprises en difficulté dans la région de Florence, formulée par la branche locale de l'association patronale Confindustria, la Fédération des travailleurs du textile, chimie, énergie et manufactures (FILCTEM) de la CGIL et la FIOM locales se sont insurgées. Elles revendiquent des solutions concrètes à la crise, non pas des pistes « inacceptables » telle la conversion militaire.  

La FIOM et la CGIL ont été longtemps parmi les rares syndicats en Europe à s'opposer à la reconversion militaire.  Mais cela semble en train de changer. « La confrontation au niveau européen avec les autres syndicats, bien que difficile et marquée par des divisions, a permis à notre position contre la guerre et le réarmement de nouer des alliances fortes dans les pays les plus industrialisés. Aussi, la commission syndicale sur la défense a entamé, lors de sa dernière réunion, l’élaboration d’un document allant dans cette direction », se réjouit Barbara Tibaldi.  

La lutte contre la guerre, une question de légitime défense

« Pour ce qui nous concerne, la guerre est toujours contre les travailleurs », poursuit-elle : « les métallurgistes italiens, au siècle dernier, ont activement lutté contre la guerre et la dictature, aussi en empêchant la reconversion des usines dans l'armement et leur occupation par le régime fasciste. » souligne la secrétaire nationale de la FIOM. 

Aujourd'hui, toutefois, l'Italie est le sixième exportateur mondial d'armes, et la reconversion et le réarmement passent pour de gros pourvoyeurs d'emplois.  Alors, comment réagissent les travailleurs à la position de la Fiom et de la CGIL ?

« La discussion avec les travailleurs n’a pas été facile, confie Barbara Tibaldi, mais la hausse des coûts de l’énergie, et donc des factures des ménages, l’inflation galopante et le prix de l’essence et du carburant montrent le coût que les travailleurs paient déjà en raison de la course aux armements et des guerres. Nous payons également le prix des coupes budgétaires conséquentes, qui détruisent notre système de santé et le droit à l’instruction ». Et de préciser : « Pour ces raisons, nous nous opposons à la logique du réarmement. Les travailleurs de l'industrie, eux-mêmes, exigent que les plans industriels se concentrent plutôt sur la production civile. Nous savons que l’avenir de l’industrie italienne nécessite de politiques renforçant nos secteurs stratégiques en crise, l’automobile, la métallurgie et l’électroménager, mais sur ce dossier, le gouvernement italien fait preuve d’inaction coupable. » 

Que peut l'alliance « No Kings » pour changer la donne?  La CGIL soutient les jeunes, dont le vote a été déterminant pour la victoire du « Non » au referendum constitutionnel sur la justice : « les manifestations No Kings leur offrent une place et un point de départ», souligne Barbara Tibaldi.  Et au syndicat ? « Nous nous positionnons sur cet espace politique avec l'objectif de travailler ensemble pour tracer une nouvelle voie, centrée avant tout sur notre refus de toutes les guerres. Ce n'est que par une alliance entre les luttes sociales, les jeunes et le mouvement syndical que nous pourrons donner de l'ampleur et de la force à notre opposition à ces politiques ». 

Giannina Mura