Autain, Gay, Ruffin... les politiques à la CGT pour repenser un service public de l'énergie

Une journée de débat sur l'héritage politique des nationalisations de l'électricité et du gaz en 1946.
Les députés François Ruffin, Clémentine Autain, et Maxime Laisney ou encore le sénateur Parti communiste Fabien Gay… Tous étaient réunis au siège de la CGT, à Montreuil mercredi 8 avril, à l'invitation de la fédération Mines Énergie (FNME) pour une journée d'échanges avec le syndicat à l'occasion des 80 ans de la nationalisation de l'énergie et du gaz.
Après plusieurs tentatives infructueuses, notamment celle portée par Jean Jaurès en 1894, ou dans la seconde moitié des années 1930 par le Front Populaire, l'électricité et le gaz deviennent officiellement propriétés de l'État le 8 avril 1946, il y a tout juste 80 ans. L'objectif de ces nationalisations, votées à l'époque par la gauche unanimement et par une grande partie de la droite : garantir l'égalité d'accès à l'électricité et au gaz, soutenir la reconstruction industrielle et améliorer les conditions de vie des travailleurs. Une gestion par l'État de ces industries permet aussi la planification des investissements et l'encadrement des tarifs.
Pourtant, dès les années 1990, la privatisation partielle d'EDF est envisagée. Elle ne sera actée qu'en 2005. Le secrétaire général de la Fédération Nationale Mines Énergies, Fabrice Coudour, le résume ainsi : « Les 55 premières années ont montré qu'on pouvait sortir de la crise, de la guerre, et reconstruire l’industrie, industrialiser la nation. Les 25 dernières années auront témoigné d'une libéralisation où tout aura été détruit et dont le bilan est catastrophique. »
Alors que la première période a permis, selon le syndicaliste, « des prix stables et bas pour tous les usagers, qu'ils soient particuliers ou industriels », la seconde aura eu pour conséquence « la démonstration de l’échec libéral, de l’échec de la puissance publique qui se laisse piloter plutôt par le marché que par l’intérêt général ». Durant cette période, les prix ont doublé pour l'électricité et triplé pour le gaz selon Fabrice Coudour.
C'est en partie pour cela, qu'un peu moins de 20 ans plus tard, en 2023, face à la dette galopante de l'entreprise et sous la volonté de recentrer les activités d’EDF sur le nucléaire, favorisant ainsi la transition énergétique de la France, l'entreprise est nationalisée à nouveau. Une opération qui, néanmoins, ne s'est pas accompagnée d'un changement de statut de l'entreprise puisqu'elle est toujours société anonyme (SA) et n'a pas retrouvé son statut précédent d'établissement public (EPIC). Une subtilité juridique qui n'en est pas une, EDF étant encore soumise à des logiques de rentabilité et de compétitivité.
Mettre les gaz pour préparer les prochaines années
Face à ces multiples changements, et alors que les conflits à l'international remettent en question l'indépendance énergétique du pays, cette journée de débats et d'échanges avait pour but de revenir sur cet héritage politique, et d'envisager l'avenir.
La demande principale du syndicat se dirigeait évidemment vers une nationalisation complète. En ligne de mire, la création d’un groupe 100 % public, comprenant une entité publique de l’électricité et une entité publique du gaz, avec pour unique objectif de garantir l’accès à l’énergie à bas coût. Une nécessité pour le député élu dans la Somme François Ruffin (Debout !, ex-LFI) qui y voit là une opportunité d'apporter « de la stabilité à la population en faisant sortir du marché et de ses logiques ce bien fondamental qu'est l'énergie ».
Une opération dont le coût reviendrait à 200 milliards d'euros selon le sénateur Fabien Gay, qui remet cette somme en perspective en rappelant « qu'en quatre ans de crise énergétique, l'État a d'ores et déjà dépensé 85 milliards d'euros d'argent public en chèques énergie ».
Parmi les autres propositions phares de la CGT, et qui ont été approfondies durant cette journée de discussions, la création d'une gouvernance tripartite entre l'État, les usagers et les personnels des productions d'énergie. L'idée derrière est de remettre une forme de démocratie dans la production d'énergie afin de piloter au mieux les investissements et la production dans l'intérêt des consommateurs et des travailleurs. La députée élu en Seine-Saint-Denis Clémentine Autain, du groupe Ecologiste et social à l’Assemblée nationale, se félicite d'une proposition qui permet de « produire une énergie de manière maîtrisée » et « de faire vivre démocratiquement des structures liées à l'intérêt général, qui ne sont pas lucratives ».
Rallumer la flamme
Parmi les quelques points de dissension mis en lumière lors des débats, la place du nucléaire dans le mix énergétique français, et notamment la prise de position de Maxime Laisney (LFI, élu en Seine-et-Marne), qui s'oppose à la construction de nouveaux réacteurs « qui arriveraient trop tard, produiraient trop peu d'électricité et qui ne peuvent garantir notre souveraineté énergétique sur le long terme ».
Marie-Noëlle Battistel, députée du groupe Socialistes et apparentés élue en Isère, a quant à elle salué l'héritage politique des nationalisations décidées il y a 80 ans, en évoquant « une certaine nostalgie de ce modèle qui commence à dater ». Elle se félicite aussi de cette journée « porteuse d’espoir », et espère que les parlementaires de gauche prendront conscience de l'importance de « construire sur ce qui nous rassemble et laisser ce qui nous sépare ou divise de côté ».
Une demande revenue régulièrement au cours de l'après-midi d'échanges, de la part des syndiqués venus de toute la France et qui craignent l'arrivée au pouvoir de l'extrême droite au pouvoir en 2027.