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LUTTE

« C’est de l’abattage » : en grève, les aides à domicile de BCS comptent bien faire entendre raison à leur direction

9 avril 2026 | Mise à jour le 9 avril 2026
Par | Photo(s) : Clément Pouré
« C’est de l’abattage » : en grève, les aides à domicile de BCS comptent bien faire entendre raison à leur direction

Des grévistes de BCS le 9 avril 2026 à Paris.

Dans le XVIIe arrondissement de Paris, l'association emploie 300 salariés dont de nombreuses aides à domicile et aides soignantes. En grève depuis une semaine, les salariés dénoncent la dégradation de leurs conditions de travail, des violences managériales et des rémunérations trop faibles.

Il est 9 h 10 ce jeudi 9 avril quand la directrice des ressources humaines toque à la porte du local syndical. Les voix se figent. Quelques sourires amusés surgissent sur les visages. Depuis une semaine, plusieurs dizaines de salariées de BCS Bien chez soi, une association parisienne qui accompagne des personnes âgées ou en situation de handicap dans le Nord-ouest parisien, sont en grève. « Vous venez négocier ? », lance Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, venue ce matin soutenir les grévistes. « Bien sûr », répond la DRH. La porte s'ouvre.

Augmentation des salaires, tickets restos pour tous, retour du télétravail pour les salariés ayant des problèmes de santé… les travailleuses égrènent leurs revendications. Réponse en demi-teinte de la direction, qui promet de recevoir rapidement les grévistes. « Je suis venue vous délivrer un message, finit par lui lancer Sophie Binet. Nous allons interpeller la mairie, les ministres. La caisse de grève va permettre de tenir et de faire revenir les salariées qui n'ont plus les moyens de se mobiliser. Cette grève va durer jusqu'à la satisfaction des revendications. »

Défendre la qualité de service

Débutée il y a une semaine, la grève des salariées de BCS Bien chez soi, en grande partie des femmes racisées qui travaillent comme aides à domicile, auxiliaires de vie ou aides-soignantes, semble partie pour durer. Son point de départ ? Pas les petits salaires ou le management de plus en plus dur, mais le sentiment désagréable de ne plus pouvoir bien faire son travail. « Le déclic, c'est quand une des personnes que je vais voir tous les jours m'a expliqué qu'elle avait vu 42 personnes différentes en un mois, confie Nadia, aide-soignante. C'est très difficile pour eux qui voient en permanence de nouvelles personnes. C'est épuisant pour nous, car on commence toujours de zéro ».

Ne reste que la grève pour améliorer les choses. « On est tiraillé entre se mobiliser parce que c’est la seule solution et notre humanité qui nous pousse à vouloir faire le maximum pour les personnes qu'on accompagne, s'émeut Khadija, henné sur les mains et élégant foulard autour du visage. J'ai des dames, elles ne voient que moi de la journée. J'ai trop peur qu'elles ne mangent pas ». Malgré la mobilisation, elle passe tous les jours lui apporter ses repas.

Le café fume dans la salle occupée par les grévistes. Quelqu'un a amené des viennoiseries : on les coupe en deux pour que chacun ait sa part. Les langues se délient. Le même sentiment est partagé par tous les grévistes : la nouvelle direction est à l'origine du problème.  «On est au courant que les moyens sont limités, résume Marie, déléguée syndicale CGT. On était capable de faire avec car la direction nous respectait. La nouvelle est dans la brutalité ».

Depuis quelques mois, les changements s'accumulent. « Les auxiliaires de vie avaient le droit à des tickets restaurants mais pas les aides soignants. La direction a décidé de niveler par le bas et plus personne n'en a », dénonce Khadija. Autre grief : les payent des aides-soignantes et des auxiliaires de vies, qui jusqu'alors étaient versé entre le 28 et le 5 de chaque mois, sont maintenant toutes… versées le 5. « On voit bien que ce n’est pas la direction qui paye des agios », ironise une aide à domicile qui, comme la plupart de ses collègues, gagnent 1 400 euros par mois pour 35 heures par semaine. 

« J’ai eu un accident du travail »

Les journées étaient déjà longues. La nouvelle organisation du travail les rend interminables. Les salariées interviennent sur des zones de plus en plus grandes, voient leur temps de trajet augmenter toujours. Les plannings des aides-soignantes et aides à domiciles, qui étaient prévus deux semaines à l'avance, peuvent  aujourd'hui être modifiés du jour au lendemain. La mise en place d'un logiciel de pointage, qui traque leur temps de travail, leur nombre d’actes et les localise directement sur leur téléphone, met toutes les salariées sous pression. « Ça devient de l’abattage, tacle Marie. Tout le monde est épuisé et cela dans toute la structure ». « On a 15 minutes pour faire des trajets qui peuvent en prendre 30, s'émeut une salariée. On est tout le temps pressé, j'ai même eu un accident du travail car je suis tombée dans le métro

Alors que Sophie Binet explique vouloir donner au conflit « une tournure nationale », la mobilisation des grévistes inspire déjà d'autres travailleurs du secteur. « Des salariés de structures similaires dans d'autres régions ont pris contact avec nous », se félicite Marie. Dans un secteur ou 17,5 % des salariés vivent en dessous du seuil de pauvreté, le combat pour l'amélioration des rémunérations est aussi national. Les syndicats et organisations patronales sont depuis plusieurs années d'accord sur un nécessaire avenant à la convention collective nationale de la branche qui permettrait des augmentations de salaire. Présenté en mars au gouvernement, ce projet d'avenant n'a pas été agréé par l'État malgré une vision partagée par les partenaires sociaux. Le troisième refus du genre depuis 2025. Commencé il y a une semaine, la grève des salariés de BCS Bien chez soi est donc doublement inédite.