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Grève

Grève des coiffeuses du boulevard de Strasbourg : où en est la mobilisation ?

10 avril 2026 | Mise à jour le 10 avril 2026
Par | Photo(s) : Emil Dromery
Grève des coiffeuses du boulevard de Strasbourg : où en est la mobilisation ?

Depuis le mardi 3 mars, les coiffeuses d'un salon situé dans le 10ème arrondissement de Paris sont en grève et occupent leur lieu de travail. Elles dénoncent des salaires impayés depuis plusieurs mois ainsi que des conditions de travail abusives. Après plus d'un mois de mobilisation, leur lutte commence à porter ses fruits : certaines salariées, sans papiers, sont en voie de régularisation. Jeudi 9 avril, une journée de soutien s'est tenue devant le salon, rassemblant militants, riverains et représentants syndicaux.

Le conflit a débuté le 3 mars lorsque les coiffeuses, accompagnées par la CGT, ont lancé une grève reconductible contre leurs employeurs. Depuis, elles occupent le salon afro où elles travaillent situé au 65 boulevard de Strasbourg, dans le 10e arrondissement de Paris. Originaires du Cameroun, du Nigéria, du Sénégal, du Mali et de la Côte d'Ivoire, les salariées dénoncent des mois de salaires impayés, des conditions de travail dégradées et une forte exposition à des produits chimiques. Certaines affirment également avoir subi des pressions liées à leur situation administrative. Autour d'elles, un réseau de solidarité s'est organisé : militants, voisins et soutiens se relaient pour maintenir l'occupation et accompagner les salariées dans leurs démarches.

Jeudi 9 avril, l'ambiance était particulièrement animée dans le salon occupé. Entre chants et danses, les slogans se multiplient, on y entend « patrons voleurs » ou encore «payez les salaires ». « Le rassemblement d'aujourd'hui nous fait chaud au cœur, surtout avec la présence de Sophie Binet » explique Koko l'une des coiffeuses entre deux chansons . La secrétaire générale de la CGT est arrivée sous les applaudissements : « Votre lutte est belle, elle nous rend fiers. Je suis là pour vous assurer du soutien total de la CGT jusqu'à la victoire », a-t-elle déclaré. Depuis le début du mouvement, les grévistes occupent les locaux afin d'empêcher une fermeture soudaine du salon par les employeurs. Cette stratégie, déjà observée dans d'autres mobilisations du quartier, permet de maintenir la pression et de rendre la lutte visible. Pour Adèle Tellez, secrétaire générale de l'union locale CGT de Paris, cette visibilité est essentielle : « Les travailleuses et travailleurs étrangers sont souvent invisibilisés : au fond des cuisines, sur les chantiers ou chez les particuliers. Cette grève permet de mettre en lumière ces luttes, en plein cœur de Paris. »

Un combat qui dépasse le salon

Sur le plan juridique, plusieurs procédures sont en cours. L'inspection du travail a reçu les salariées afin d'évaluer les sommes qui leur sont dues. De son côté, l'Urssaf a saisi le tribunal de commerce pour des cotisations impayées, une procédure qui pourrait conduire à la liquidation du salon. Concernant les régularisations, les démarches progressent également, « on a reçu de bonnes nouvelles de la préfecture. Ils ont compris que nous étions victimes des abus de nos patrons » ajoute Koko. « Il ne faut pas crier victoire trop vite, mais pour l'instant les choses avancent dans le bon sens. Nous espérons pouvoir annoncer de très bonnes nouvelles prochainement », explique Adèle Tellez.

Au-delà de ce conflit, la mobilisation met en lumière la situation plus large des travailleurs étrangers en France. « Cette lutte permet aussi de dénoncer la situation de nombreux travailleurs et travailleuses étrangers qui subissent aujourd'hui une véritable chasse aux étrangers, avec des lois et des directives de plus en plus discriminatoires », affirme Sophie Binet.