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EXTRÊME DROITE

Du libéralisme de Le Pen père au déjeuner Bardella-Medef : RN et patronat, c'est une longue histoire de copinage

21 avril 2026 | Mise à jour le 21 avril 2026
Par | Photo(s) : Dimitar Dilkoff / AFP
Du libéralisme de Le Pen père au déjeuner Bardella-Medef : RN et patronat, c'est une longue histoire de copinage

Ce lundi 20 avril, Jordan Bardella déjeunait avec les représentants du Medef. Objectif : préparer l’arrivée au pouvoir du Rassemblement national en 2027.

Rencontre avec le Medef, dîner avec les patrons du CAC 40, lettre aux chefs d'entreprise… Depuis plusieurs semaines, le Rassemblement national accélère son rapprochement avec le monde économique. Une stratégie qui s'inscrit dans une histoire ancienne entre l'extrême droite et certains milieux patronaux, et défendue de plus en plus ardemment  en vue de la future élection présidentielle.

Ce lundi 20 avril, Jordan Bardella déjeunait avec les représentants de l'organisation patronale du Medef, quelques jours seulement après que Marine Le Pen a, elle aussi, dîné avec des chefs d’entreprise du CAC 40 le 7 avril dernier, d'après les informations du Nouvel Obs. Des rapprochements qui se traduisent par une lettre envoyée ce même lundi aux chefs d’entreprise de l'Hexagone, « dans le cadre de la préparation des échéances électorales majeures de 2027 ».

Ces relations entre l'extrême droite et les grands patrons ne cessent de se renforcer, laissant se dévoiler le fond des volontés économiques du Rassemblement national, parti qui s'embarrasse de moins en moins de perpétuer la fiction d’un pseudo-programme social pour retrouver son ultralibéralisme et son hostilité aux travailleurs. Car depuis l’anticommunisme forcené qui a accouché de la formation au début des années 1970, et surtout depuis les années 1980, le FN – devenu RN – a toujours soigné les puissants du monde des affaires. Un souci porté en premier lieu par Jean-Marie Le Pen.

Le Pen contre « l’étatisme prédateur »

Dès les années 1970, le Front national reçoit des financements d'un homme d'affaires du nom d'Hubert Lambert. Seul et sans succession, Lambert fait alors du négationniste son héritier et lui lègue le château de Montretout, dans les Hauts-de-Seine, devenu depuis le fief familial des Le Pen. En 1985, Jean-Marie Le Pen fonde l'association Entreprise moderne et libertés, « une structure d'accueil aux commerçants, artisans, chefs d'entreprise et membres des professions libérales proches du Front national », comme le rappelle un article du Monde de l'époque – les prémisses d’une stratégie pour « structurer et établir des rapports de travail »Auparavant, Jean-Marie Le Pen s’était entrepreneur, fondant sa société d’édition musicale et sonore, la Serp, en 1963… Condamnée dès 1968 pour « apologie de crime de guerre » après la publication d’un disque de chants nazis.

Fasciné par le capitalisme brutal de Ronald Reagan aux États-Unis durant les années « fric », le président du FN conservera jusqu’au bout son idéologie patronale. Ainsi, en 2007, lors de sa dernière présidentielle, Jean-Marie Le Pen avait ainsi fustigé « l’étatisme prédateur », en accusant la puissance publique de donner une image diabolique du monde de l’entreprise, appelant à une simplification du Code du travail.

Bardella, un tournant libéral affirmé

On le sait, depuis qu’elle a pris la main sur le parti, dont elle a pris la présidence en 2011, Marine Le Pen a décidé d’arranger un peu la vitrine du mouvement, vis-à-vis des médias mais aussi du patronat. Car si au cours de ses premières années à la tête de la formation, elle a fait mine d’adopter un autre ton pour évoquer le monde du travail,  reprochant notamment en 2012 au patron de LVMH, Bernard Arnault, de vouloir s’exiler fiscalement, elle a par la suite élargi son programme économique de façon à séduire les grandes entreprises. Bien sûr, elle a parfois donné l’impression de faire le grand écart, pour ménager le vote populaire, mais elle a veillé à ce que ses suffrages de députée élue dans le Pas-de-Calais aillent dans le sens du CAC40, comme l’a montré son opposition en octobre dernier à la reconduction de la taxe sur les bénéfices des grandes entreprises.

Visiblement, dans sa quête pour passer de Hénin-Beaumont à l’Élysée, Marine Le Pen n’a eu de cesse de surveiller ses manières à l’endroit des riches et des milieux libéraux. Elle a d’ailleurs enchaîné les génuflexions au moment de montrer patte blanche au Medef comme lorsqu’elle « suppliait », en mars 2017, cette auditoire « d’arrêter avec la caricature ».  Le RN a pu compter sur des intermédiaires. Ainsi, Sophie de Menthon, cheffe d'entreprise et présidente du mouvement patronal Ethic, a permis de renforcer les liens entre ces deux mondes.

Depuis l’arrivée de Jordan Bardella à la présidence du RN, en novembre 2022, le RN n’a cependant plus besoin d’entremetteur, ni d’ailleurs de se cacher.  Les rendez-vous avec le patronat se sont en effet multipliés et n’ont plus rien d’honteux. Avant le déjeuner de ce lundi 20 avril, Patrick Martin, président du Medef, avait d’ailleurs déjà rencontré Jordan Bardella en 2024. Tandis que la lettre envoyée aux chefs d'entreprise le même jour, qui prétend défendre le redressement économique de la France et un retour à la production, achève de sceller l’aspiration du RN à aller main dans la main avec les dirigeants d’entreprises. Lesquelles ne sont pas en reste et voient dans ces rencontres l’occasion de nouer des premiers contacts et de faire valoir leurs revendications auprès du parti à la flamme.

« Ça s’est bien passé »

À la sortie de son déjeuner avec les représentants du Medef, Jordan Bardella semblait ravi : « Les échanges ont été parfaitement courtois et je me réjouis qu'à quelques mois des échéances électorales à venir, d'une grande importance pour la France, nous puissions confronter nos points de vue et placer un cap pour l'économie française. » Avec, évidemment, une seule idée en tête : préparer l'arrivée au pouvoir du Rassemblement national en 2027.

Du côté du Medef, l’heure était également à la réjouissance, selon un participant cité par une journaliste de France TV sur X : « On sent quand même qu’il y a une différence entre lui et Marine Le Pen. […]  Ça s'est bien passé, on a poussé nos idées. »