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SANTÉ

« On est passé de l'atelier à l'usine » : pourquoi les labos d'analyses médicales feront grève le 4 mai

23 avril 2026 | Mise à jour le 23 avril 2026
Par | Photo(s) : Denis Charlet / AFP
« On est passé de l'atelier à l'usine » : pourquoi les labos d'analyses médicales feront grève le 4 mai

Laborantine (Photo d'illustration)

Les syndicats appellent les quelque 50 000 employés des laboratoires d'analyses médicales à la grève à partir du 4 mai 2026. Dans un secteur hyper-rentable qui aiguise l'appétit des fonds d'investissement, ils dénoncent les logiques de concentration, qui entraînent une dégradation des conditions de travail, et revendiquent une revalorisation salariale.

Le secteur des laboratoires d'analyses médicales affiche un taux de rentabilité à deux chiffres et, pourtant, la grille des minimas conventionnels compte huit coefficients en dessous du smic. Cherchez l'erreur. À partir du lundi 4 mai 2026, une intersyndicale (CGT, CFDT, CFTC, Unsa) appelle à la grève sur l'ensemble du territoire. Les syndicats dénoncent la financiarisation du secteur, qui se traduit par une concentration entre les mains d'une poignée d'acteurs, la dégradation des conditions de travail, la baisse des effectifs, l'absence de revalorisation salariale depuis 2024.

Une concentration excessive

Aujourd'hui, six groupes (Biogroup, Cerba Healthcare, Synlab, Inovie, Eurofins, Unilabs) se partagent un marché estimé à 10 milliards, dont 8 sont financés par la Sécurité sociale. Ces six groupes concentraient, en 2021, 62 % des sites de biologie médicale selon un rapport d'information sénatorial sur la financiarisation de l'offre de soins, publié en septembre 2024. Une restructuration à coups de rachats de labos indépendants facilitée par l'évolution législative autorisant des investisseurs, non biologistes, à entrer au capital.

Alors que la biologie médicale contribue à 70 % des diagnostics et que l'activité augmente (en raison de la hausse des maladies chroniques, des politiques de prévention, du vieillissement de la population, etc), les fonds d'investissement ont vite compris leur intérêt. « L'offre de soins représente un investissement rentable. Dans le champ de la biologie médicale, qui constitue le secteur le plus financiarisé en ambulatoire, le taux de rentabilité a atteint 23 % en 2021 », note le Sénat dans son rapport.

La quête d'économies d'échelle pousse les groupes à concentrer l'activité sur un seul gros plateau technique et à réduire le nombre de sites de prélèvements. Le nombre de laboratoires employant au moins un salarié est ainsi passé de 426 en 2020 à 273 en 2024, selon un rapport de l'Igas publié en mai 2025 sur la pertinence et l'efficience des dépenses de biologie médicale. « On est passé de l'atelier artisanal à l'usine, avec une organisation industrielle de la chaîne d'analyses », constate Murielle Morand, secrétaire fédérale de la CGT-chimie chargée des laboratoires d'analyses médicales. « On engendre des espèces de monstres industriels, avec des plateaux techniques qui se retrouvent à analyser les prélèvements de 60, 70, 80 sites », enchaîne Cédric Cochez, secrétaire général CGT chez Synlab France.

Baisse des effectifs et salaires plafonnés

Avec des conséquences sur les conditions de travail et le service rendu aux patients. « Le nombre de salariés est passé de 55 000 en 2019 à 49 000 aujourd'hui », observe Murielle Morand. « Les départs en retraite, les arrêts maladie ne sont pas remplacés », témoigne Cédric Cochez. Les conditions de travail se sont dégradées pour celles et ceux qui restent. « Les prélèvements doivent être réalisés en trois minutes, les infirmières sont parfois chronométrées sur le temps passé avec les patients », raconte encore Cédric Cochez. « Le taux d'absentéisme est de 15 %, il a triplé depuis la mort du fondateur (Stéphane Eimer, ndlr) en 2020 et la reprise en main par un fonds de pension canadien », enchaîne Annabelle Hausswalt, déléguée syndicale CGT chez Biogroup Lorraine. Le turnover a suivi la même courbe, d'autant que les salaires plafonnent, les trois quarts des employés (agents d'entretien, coursiers, secrétaires) étant payés au smic.

La qualité du service en pâtit

« Les files d'attente s'allongent, le patient passe facilement une heure au labo, contre dix minutes auparavant. Le labo avait la volonté de rendre les résultats le jour même, aujourd'hui, c'est plutôt le lendemain ou le surlendemain », témoigne Annabelle Hausswalt. Dans son dossier de presse, la CGT relève que « les fermetures de laboratoires les après-midis, les fusions de plateaux techniques qui entraînent la disparition de laboratoires dans des régions entières, contribuent à la désertification médicale et rendent impossible la gestion de l'urgence de manière efficace ». Même constat du côté de l'Igas qui, dans son rapport, note : « La réduction des plages d'ouverture des sites de prélèvement comme la réduction du nombre de courses par jour réduisent la capacité des laboratoires à répondre aux besoins d'analyses en urgence, ce qui peut accroître la propension à orienter les patients vers les services d'urgence hospitalière dans les situations où un résultat de biologie est attendu dans un délai court. »