
Vent de colère contre une réforme du travail moyenâgeuse
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Pas moins de 27 nationalités différentes cohabitent dans les 228 appartements de ce complexe quasi abandonné depuis 2010.
Ils étaient quelques milliers, ce samedi 16 mai, à défiler dans les rues d’Athènes. L’objet de leur mobilisation ? Défendre les 400 habitants des « Prosfygika », ces immeubles du centre de la capitale grecque construits dans les années 1930 afin d’accueillir les réfugiés, dont les occupants sont aujourd’hui menacés d’expulsion. Une manifestation symbolique, selon les protestataires, qui estiment dans leur tract que « ce combat concerne tout le monde », car il « a trait aux questions brûlantes qui agitent la société grecque ». Eux tentent d’y répondre par la « solidarité ».
En juin 2025, le ministère de la Culture, la Région de l’Attique et l’Agence publique pour l'emploi ont en effet décidé de réhabiliter quatre des huit immeubles des Prosfygika pour en faire des espaces de logement social, de dignité et de solidarité. Une transformation notamment financée par des fonds européens, a précisé la Région. Mais cet argumentaire peine à convaincre. Amnesty International souligne, par exemple, que l’accord « ne fait aucune mention de la communauté qui occupe actuellement ces bâtiments ni des risques d'expulsion ».
Devant cette menace, deux membres des Prosfygika se sont mis en grève de la faim. Leurs photos trônent sur des panneaux devant un des huit blocs d’immeubles de trois étages, situés entre la Cour de cassation, un hôpital et le quartier général de la police. Aristotelis Chantzis a démarré son action le 5 février, Suzon Doppagne le 1er mai. « Je suis arrivée à Athènes en 2020 pour suivre des études de sculpture, explique-t-elle. Mais avec le Covid, tout était fermé. J’ai rencontré les gens de cette communauté et ai découvert quelque chose d’important, qui tient à leur mode de vie et à leur organisation. » La jeune Belge poursuit : « Il y a une véritable proposition sociale de vivre-ensemble. L’idée est d’abord de répondre, avec solidarité, aux besoins des différentes personnes de la classe opprimée. »
Ici, pas moins de 27 nationalités différentes cohabitent dans les 228 appartements de ce complexe quasi abandonné depuis 2010. Valentini Siova, l’une des plus anciennes membres de cette communauté, vit là depuis un an. « Le facteur déclencheur a été la découverte d’un trafic de drogue dans ces lieux. Nous nous sommes organisés pour lutter contre et nous avons réussi à chasser toutes les mafias du quartier, raconte-t-elle. La Grèce entrait alors dans le régime des memoranda [accords de prêts de l’Union européenne à Athènes contre l’application des politiques d’austérité, NDLR]. Notre action a été guidée par deux principes : la mise en réseau et l’autogestion. En 2012, nous avons établi un cadre statutaire de la communauté, qui définit nos valeurs et règles de fonctionnement. Aujourd’hui, ici, il y a une cinquantaine d’enfants, de 6 mois à 17 ans. Nous avons des origines différentes, tant du point de vue de la religion que de la culture ou de la politique, et pourtant, nous nous comprenons, parce que nous avons une langue commune, celle de la solidarité. »
Dans la pratique, les Prosfygika disposent d’une crèche, d’hébergements pour les accompagnateurs du service d’oncologie de l’hôpital voisin, d’un centre de santé et d’une pharmacie communautaire. Au fil des années, ils ont accueilli des réfugiés, des sans-abris, des militants politiques… La communauté est également en train de créer un musée pour témoigner de l’histoire de ces bâtiments de style Bauhaus. En 2003 et 2009, le Conseil d’État a d’ailleurs classé monument protégé l’ensemble du complexe, le reconnaissant comme l’un des rares exemples toujours debout de logements sociaux de l’entre-deux-guerres en Europe.
« Ces bâtiments ont été construits entre 1933 et 1935 pour accueillir les réfugiés d’Asie mineure après la défaite de l’armée grecque en Turquie, en 1922, précise l’historien Menelaos Charalambidis. Pendant les Dekemvrianá, les affrontements, du 3 décembre 1944 au 11 janvier 1945, entre les résistants communistes et l’armée britannique, soutenue par le gouvernement grec, la police et une milice d’extrême droite, ils ont été un lieu essentiel de la résistance, poursuit-il. D’ailleurs, il y a encore les traces des balles dans les murs des immeubles. Ils sont donc des lieux de mémoire de la bataille d’Athènes. »
« Pendant la dictature, déjà, les colonels voulaient abattre ces blocs, comme pour éradiquer la mémoire qu’ils portent », reprend Valentini Siova. Rebelote à l’approche des Jeux olympiques de 2004, lorsque le gouvernement a annoncé son intention de démolir les immeubles pour créer un parc. Avant de renoncer, devant le tollé général et la bataille juridique de grande ampleur menée par les activistes. En quelque sorte, c’est à eux que revient la survie des Prosfygika. « Aujourd’hui, cet espace est considéré comme un ennemi idéologique. Le gouvernement veut tout contrôler et ne peut pas supporter qu’il existe des lieux où vivent des gens de façon autogérée », complète Menelaos Charalambidis. Façon de dire que, dans un pays où le gouvernement de droite conservatrice, mené par Kyriakos Mitsotakis, lorgne allégrement vers l’extrême droite, détruire ce quartier est aussi un message fort à destination d’un électorat que ce genre d’utopie, en plein cœur de la capitale, dérange…
Pierre Wassermann

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