23 juin 2026 | Mise à jour le 23 juin 2026
En pleine vague de chaleur, Patrick Martin a dénoncé sur BFMTV la proposition de congé climatique portée par Les Écologistes. Une prise de position attendue, mais qui éclaire sur la vision du patronat face au dérèglement climatique : adapter l’économie aux nouvelles contraintes… sans jamais au grand jamais remettre en cause les objectifs de croissance.
Ce mardi 23 juin, 40 millions de Français vivant dans les 54 départements placés en vigilance rouge par Météo-France sortaient à peine de la nuit la plus chaude jamais enregistrée depuis 1947, selon l’établissement public. Patrick Martin, président du Medef et dirigeant de l’entreprise familiale, s’est, lui, réveillé frais comme un gardon pour faire entendre son opposition à la proposition de congé climatique portée par le parti Les Écologistes.
« Un congé climatique va à l'encontre de ce qu'on devrait faire », explique-t-il, bien installé sur le plateau – climatisé, lui – de BFMTV. Le dispositif existe pourtant déjà en Espagne depuis novembre 2024. Il accorde jusqu’à quatre jours de congé rémunéré afin d'éviter les déplacements et le travail lors d'épisodes météorologiques extrêmes.
Dans une pétition lancée le dimanche 21 juin pour réclamer sa mise en place en France, Les Écologistes défendent un congé permettant à chacun « de faire face à une canicule, une inondation, un incendie ou une fermeture d'école liée au climat, sans perte de revenus ». Le parti rappelle un principe simple : « Personne ne devrait risquer sa santé ou celle de ses proches simplement pour aller travailler. » Pas de quoi convaincre le patron du Medef pour qui un congé climatique « nous priverait d'une capacité d'investissement pourtant nécessaire pour prévenir les conséquences de ce dérèglement climatique ».
Neuf salariés décédés à la chaleur
Celui-ci justifie son opposition à cette législation par l'existence de mesures sectorielles destinées à protéger les salariés lors des épisodes de forte chaleur. « La France tourne au ralenti. Les chefs d'entreprise, autant que possible, mettent en œuvre les préconisations pour protéger leurs salariés », affirmait-il ce 23 juin sur le plateau de BFMTV. Des préconisations dont l’application dépend pourtant largement de la bonne volonté des employeurs, comme le dénonce dans un communiqué la CGT, qui « refuse que la protection des salarié·es repose sur des mesures improvisées, décidées au cas par cas ou dans l’urgence. »
D’autant qu’on pourrait penser que certaines tragédies de l’actualité récente interdisent tout sur-place en la matière. Ainsi, le 26 mai dernier, lors de la première vague de chaleur, Daniel. S, 19 ans, est mort d’hyperthermie après une journée de travail sur un toit. Selon Mediapart, qui s'est procuré le rapport de l'inspection du travail, l'employeur n'avait mis en place aucune mesure particulière pour protéger ses salariés de la chaleur. Un drame mais pas une nouveauté. Des travailleurs meurent chaque année des conséquences des fortes températures. En 2025, la Direction générale du travail (DGT) a recensé neuf décès liés à la chaleur.
Pour limiter ces accidents, la CGT réclame depuis plusieurs années que les inspecteurs du travail puissent suspendre une activité lorsqu'ils constatent un risque grave lié à la chaleur, comme ils peuvent déjà le faire en cas de risque de chute de hauteur, d'ensevelissement ou d'exposition à l'amiante.
Décroissance, un gros mot
On l’aura compris, le président du Medef refuse tout congé climatique, et préfère évoquer les investissements que la France devra consentir pour faire face au changement climatique, « pour se protéger de ces dérèglements du climat et pour décarboner notre économie » .
Comme d’habitude, avec le patron des patrons, face à n’importe quelle situation, la même rengaine : il faut toujours plus de croissance ou de productivité pour y faire face. « Si on travaille moins, on produit moins. Or le problème de fond de la France, c'est qu'on ne produit pas assez », explique-t-il.
Une solution fort productiviste bien éloignée de ce que préconisent les rapports du GIEC depuis de nombreuses années, comme le respect des limites planétaires, au nombre de neuf (utilisation massive d’engrais, destruction de la biodiversité par exemple) et qu’on ne doit pas dépasser pour continuer à vivre dans un écosystème sûr.
Mais attention, Patrick Martin nous voit déjà venir sans doute. « La décroissance n'est certainement pas la solution », lâche-t-il au micro d’Apolline de Malherbe. On est bien loin d’une révélation, l’inverse nous aurait étonnés. Si pour seulement cinq jours de congés pour préserver la santé des salariés, le patron du Medef parle déjà de décroissance, qu’aurait-il fait si la proposition avait porté sur six jours ? Nous aurait-il parlé du risque du retour des chars russes sur la place de la Concorde ?