9 juillet 2026 | Mise à jour le 9 juillet 2026
Maillon central du périscolaire parisien – secoué par des affaires de violences sexuelles, comme ailleurs en France –, ce responsable chargé de la vie des enfants en dehors des heures de cours dénonce un climat de suspicion, qui aggrave les conditions de travail. Un article à retrouver dans notre mensuel Ensemble, en date du mois d ejuin.
Fils d'une assistante maternelle, Alexandre Herzog a grandi parmi les enfants. À 19 ans, son Bafa en poche (brevet d'aptitude aux fonctions d'animateur), il travaille comme animateur dans les écoles de la capitale. Dix ans plus tard, il réussit le concours de la Ville de Paris et devient directeur du périscolaire. « C'est un métier riche et épanouissant… à condition d'en avoir les moyens », pose celui qui est aussi responsable CGT de l'animation à la Ville de Paris. Aujourd'hui à la tête du secteur périscolaire d'une école élémentaire parisienne, il supervise une équipe de onze animateurs qui encadre près de deux cent enfants durant tous les moments passés à l'école– en dehors des heures de classe assurées par l'éducation nationale. Depuis la loi Peillon de 2013, qui a instauré la semaine de quatre jours et demi, c'est la municipalité qui assure la pause méridienne, les goûters, les études surveillées – ou les ateliers de l'après-midi –, les loisirs du mercredi ou des vacances scolaires. « Je fais le lien entre la direction de l'école, les parents, les enfants, l'équipe d'animation, la Ville de Paris, les maires d'arrondissements, explique Alexandre. Je jongle entre le management, la planification, la gestion des congés, des paies, des formations ou encore l'animation de l'équipe. Or, nous ne sommes pas assez formés et beaucoup de collègues sont très stressés. »
Précarité endémique
À cette charge de travail s'ajoute une précarité endémique au sein des équipes. Sur environ 15 000 animateurs parisiens, 3 500 sont titulaires (fonctionnaires), 2 500 sont contractuels (en CDI ou en CDD), et 11 000 sont vacataires. « Parmi eux,2 500 travaillent à temps plein et devraient bénéficier d'un contrat ou être titularisés, certains ont quinze, voire vingt ans d'ancienneté », souligne le syndicaliste. Côté rémunération, un titulaire touche environ 1 600 euros net par mois, les contractuels — jamais à temps complet — perçoivent entre 800 et 1 000 euros, tandis que les vacataires sont payés à la tâche. Des écarts abyssaux qui pèsent sur l'attractivité du métier et ne facilitent pas les recrutements. Fin janvier 2026, l'émission Cash Investigation confirme ce qui s'affiche dans la presse depuis des mois : accusations de viols, d'agressions sexuelles et de maltraitances psychologiques commises par des animateurs, dans les maternelles et les écoles élémentaires. Paris est en première ligne, mais des collectifs de parents dénoncent un « problème national ». La CGT condamne, mais n'est pas surprise. « On s'attendait à ce que ça explose, analyse Alexandre. C'est une combinaison de facteurs : une masse d'agents non qualifiés et non diplômés, un manque de moyens criant – postes, précarité, matériel, jouets, sorties… – et un travail administratif de plus en plus exigeant, qui écarte les directeurs du terrain. Forcément, on craignait des erreurs, un manque de vigilance. »
L'action syndicale
Dès 2023, l'intersyndicale CGT, FSU, CFDT réclame des embauches pour un meilleur taux d'encadrement (1 pour 8 en maternelle ; 1 pour 14 en élémentaire), la titularisation et la contractualisation des collègues, l'augmentation de la part du salaire qui relève de la Ville, des formations diplômantes, davantage de moyens matériels. Grèves, , rassemblements… Les syndicats décrochent un plan de déprécarisation avec 300 titularisations par an, le doublement des formations diplômantes qui passe à une centaine en 2026. Pourtant, il n'est pas rare que « des collègues menacent de ne pas ouvrir le service du midi sans renfort ou d'exercer leur droit de retrait, précise le directeur, mais la plupart des équipes prennent sur elles pour accueillir les enfants. » À son arrivée à l'Hôtel de Ville de Paris, en mars, Emmanuel Grégoire annonce un plan de 20 millions d'euros, dont une formation à la prévention des violences faites aux mineurs mais surtout la suspension de 78 agents à la suite de signalements. Un climat de défiance s'installe, les animateurs travaillent avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Certains vacataires sont remerciés par téléphone sans explication, d'autres envisagent de se réorienter… L'édile assume et dit préférer « être injuste avec un animateur plutôt qu'avec un enfant ». Une logique que combat Alexandre Herzog pour qui « la Ville doit assumer ses responsabilités vis-à-vis de la sécurité des enfants et de la dignité des agents. » à Paris, le 19 mai, une nouvelle mobilisation a réuni plusieurs centaines d'animateurs.