27 mai 2026 | Mise à jour le 27 mai 2026
D'abord interdit par le maire Rassemblement national Hervé Simon, l'événement organisé par l'union locale CGT de Saint-Avold aura finalement bien lieu, le 6 juin prochain, après que l’élu d’extrême droite a dû revoir sa copie. Une victoire obtenue après plusieurs semaines de mobilisation des militants locaux.
À Saint-Avold, en Moselle, le maire Rassemblement national pensait avoir enterré la « Fête populaire » organisée par l'union locale CGT. Il en est pour ses frais. Quelques semaines après qu’en mars dernier, la municipalité de ce néo-maire, élu au scrutin du printemps, a refusé la tenue de l'événement dans un parc municipal, voilà l’édile obligé de rétropédaler ! Il a en effet dû changer d’avis, l’annonçant le mardi 26 mai au soir, après avoir buté contre la détermination syndicale. La Fête populaire se tiendra donc le 6 juin prochain.
Il faut dire que les militants syndicaux n’ont jamais cru au motif invoqué – soit des questions de sécurité liées à « l'affluence » attendue. L'année précédente, en effet, la fête s'était déroulée dans les mêmes conditions, sans qu'aucun problème soit soulevé par l'ancienne municipalité. Aux yeux des militants, la décision était donc avant tout politique. « On a mis la pression. L'idée, c'était de ne pas subir. On a contacté la presse, publié des tribunes, interpellé la préfecture… », raconte Christian Porta, secrétaire de l'union locale CGT de Saint-Avold, et tête de la liste de gauche aux dernières municipales dans la commune.
Sur France 3 Grand Est, le maire RN Hervé Simon s'était défendu de toute décision idéologique : « Pour moi, ce n'est pas une question de politique. Les syndicats ont le droit d'organiser des manifestations et jamais je ne les empêcherai. » Chiche, les militants décident alors de prendre le maire au mot. « On a proposé un autre lieu qui respectait l'ensemble des arguments avancés pour annuler notre événement », explique Christian Porta. La stratégie finit par payer. « Ça a forcé le maire RN à autoriser notre événement », se félicite le syndicaliste.
« Nationaliser la bataille »
Une victoire qui dépasse largement le cadre de Saint-Avold. Et un premier revers infligé au RN, qui multiplie les offensives contre les syndicats, les associations ou la culture populaire, dans ses fiefs. Pour rappel, à Carcassonne, le maire RN Christophe Barthès veut virer les syndicats de la bourse du travail ; à Liévin, la municipalité a annulé la participation des syndicats aux cérémonies du 1er mai.
Dans ce contexte, Saint-Avold peut-elle devenir un exemple pour d'autres militants confrontés à des mairies RN ? Le secrétaire de l'union locale estime que cette bataille montre en tout cas qu'« il ne faut rien lâcher ». « Les camarades se mobilisent partout. Cette victoire montre que le rapport de force peut payer », affirme-t-il.
Si Christian Porta souligne qu’il n’entend pas « donner des leçons », il tire tout de même quelques enseignements de ce succès local mais pas que. L'une des clés, selon lui, est de « nationaliser la bataille », afin de politiser ces conflits communaux. « Il faut montrer le vrai visage du Rassemblement national », explique-t-il, avant d'ajouter un argument qu'il juge particulièrement parlant : « Si, au niveau local, ils sont capables de faire ça, qu'est-ce qu'ils feront demain au niveau national ? »
« Pas sûr de gagner à chaque fois »
Et on connaît déjà le programme de cette nouvelle édition de la Fête populaire : il sera largement tourné vers les questions sociales et la lutte contre l'extrême droite. Trois grands débats sont annoncés : « Combattre l'extrême droite », « État de droit, ordre bourgeois » et « La CGT contre l'inflation », discussion consacrée aux réponses à la vie chère. Plusieurs syndicats, associations et partis politiques doivent également tenir des stands. La soirée se terminera par trois concerts.
Après les tensions des dernières semaines, les organisateurs espèrent désormais une forte affluence. « On pense pouvoir doubler la participation de l’an passé et atteindre les 400 personnes », avance Christian Porta. Le conflit avec la mairie a aussi suscité de nouveaux soutiens. « Beaucoup de personnes non syndiquées nous ont contactés spontanément pour nous aider. Comme si on était devenu l'endroit où il fallait être pour lutter contre l'extrême droite », raconte-t-il.
Le syndicaliste savoure la victoire, sans se bercer d'illusions sur la suite. « On sait très bien que les attaques ne vont pas s'arrêter là. Demain, on peut avoir une nouvelle offensive de la mairie, et on n'est pas sûr de gagner à chaque fois. »