Augmentation, intéressement, cohésion... Ce que les blanchisseurs de Netexial ont gagné dans la lutte

Les salariés de Netexial soudés.
« Les 70 centimes, c'est pas passé auprès des collègues. C'est même pas une baguette de pain », s'énerve Françoise, 60 ans, syndicaliste CGT à la blanchisserie Netexial à Carpiquet, dans le Calvados. Une indignation qui l’a poussée, ainsi que ses collègues, à se mettre en grève… et leur a permis de glaner quelques gains menus mais significatifs auprès de la direction.
Un mouvement qui a fait tache d’huile
Alors qu'à l'occasion des négociation annuelles obligatoires, les salariés de cette blanchisserie demandaient une augmentation de 100 euros pour les bas salaires, la direction leur a proposé une augmentation d'1,3 % – une augmentation calculée sur la base du SMIC -, soit 23 euros… et 70 centimes. « Le syndicat a dit que ce serait bien qu'on sorte, alors, le mercredi 21 janvier on s'est mis en grève. À Carpiquet, 85 % des salariés ont arrêté le travail, et le mouvement a touché huit des treize sites en France. Ceux des Yvelines sont aussi sortis avec des fumigènes », poursuit Françoise. De six heures à quatorze heure, le piquet de grève des Netexial a reçu le soutien de syndicalistes d'autres secteurs de la CGT, qui a aussi offert un repas aux grévistes.
Depuis dix-sept ans, Françoise est « conductrice de tunnel de lavoir ». « Mon travail consiste à verser, toutes les 80 secondes, 50 kilos de linge sur un tapis », explique celle qui s'est engagée à la CGT au moment de la loi El Khomri. Le 30 septembre, l'entreprise, qui s'appelait jusqu'ici Initial et appartenait à une entreprise britannique, a été rachetée par une entreprise possédée par des fonds d'investissement américains. « Quand il nous a annoncé cela, le directeur nous a promis qu'on aurait de meilleurs salaires et de meilleures conditions de travail. Je lui ai dit que ce n'était pas vrai, et qu'on savait comment ça finissait quand on était rachetés par des fonds d'investissement. De nombreuses entreprises rachetées par des Américains, à Caen, ont été revendues ces dernières années », poursuit Françoise. « Il y a quinze jours, c'était la galette des rois. La nouvelle direction nous a offert des t-shirt, des sacs… mais ça ne nourrit pas ! ».
Une nouvelle réunion de négociations a eu lieu l'après-midi de la grève. « La direction nous a finalement proposé une augmentation de 1,4 %, soit 25,5 euros », indique Françoise. En dessous des 1,7 % d'augmentation moyenne en 2026 prévue par le cabinet Alpha, contre 2,3 % en 2025 et 3,5 % en 2024. « Mais nous avons aussi obtenu une journée d'absence pour décès des grands parents ou des petits enfants, la création d'une nouvelle tranche d'ancienneté, l'ouverture d'une négociation sur l'intéressement… et le paiement d'une demi-journée de grève. Pour nous, c'est une victoire, car il y a deux ans, on avait fait trois jours de grève, sans aucun résultat », se souvient Françoise. « Et surtout, on s'est rendu compte que les deux équipes de Carpiquet n'en formaient qu'une seule ».