Pourquoi réduire le temps de travail ?
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Selon la CGT, quelque 500 postiers ont été évacués de leur logement en raison des incendies. Joel Saget / AFP
« Votre maison brûle ? Les flammes menacent votre vie ? Pas de problème pour La Poste : pensez juste à solder vos RTT avant d'évacuer. » Avec une pointe d'ironie, la CGT résume ainsi la situation des postiers girondins touchés par les incendies. Une formule grinçante pour dénoncer une réalité bien moins drôle pour les salariés dont les sites ont fermé ou qui ont dû quitter leur domicile sous la menace des flammes.
Selon la CGT, quelque 500 postiers ont été évacués de leur logement en raison des incendies, rapporte L'Humanité. Face à cette situation exceptionnelle, la direction de La Poste a choisi d'appliquer une règle stricte : chaque journée d'absence doit être régularisée, soit par la pose d'un jour de congé, soit par la récupération des heures non effectuées.
« La direction a mis en place un dispositif d' »heures perdues » pour certains métiers de La Poste. Toutes les heures qui n'ont pas été effectuées pendant les évacuations et les fermetures sont considérées comme dues à l'entreprise », explique Barbara Trichet, membre du bureau fédéral de la FAPT-CGT (Fédération des activités postales et des télécommunications).
À compter du lundi 3 août, la CGT et les autres organisations syndicales ont déposé un préavis de grève. Réunis en assemblée, les syndicats ont également voté à la majorité le principe d'une action en justice contre le groupe.
« L'objectif n'est pas d'aller à la grève. Il s'agit surtout de faire pression sur l'entreprise pour qu'elle renonce à ce dispositif. D'autres entreprises, comme Orange, ont placé les agents concernés en autorisation spéciale d'absence, sans récupération d'heures. C'est donc un choix délibéré de La Poste, alors que d'autres ont fait autrement », dénonce Barbara Trichet.
La revendication syndicale est simple : obtenir l'attribution d'une autorisation spéciale d'absence, une dispense de service rémunérée pour les agents publics, déjà utilisée pendant la crise du Covid-19.
Les agents évacués ne sont pas les seuls concernés. Les salariés dont le lieu de travail a été fermé sur décision de la préfecture, pour des raisons de sécurité, sont eux aussi soumis à ce dispositif. Le 30 juillet, quinze bureaux de poste ainsi qu'un centre de tri étaient fermés.
À la rentrée, l'ensemble des heures non effectuées sera reporté sur un compteur que les agents devront progressivement résorber, à raison d'une heure supplémentaire par jour. Plus surprenant encore, ce rattrapage concerne également les salariés qui étaient en congé ou en arrêt maladie durant la période de fermeture.
Reste une question : à quoi serviront ces heures ainsi accumulées ? Alors même qu’une partie du trafic a pourtant été redirigée vers d'autres centres pendant les incendies, comme à Tours. « Les stocks vont être écoulés assez rapidement et le service va reprendre comme avant », affirme Barbara Trichet.
Les syndicats redoutent toutefois que ce volume d'heures soit mobilisé plus tard dans l'année, notamment en novembre et en décembre, lorsque l'activité explose avec les colis de Noël. L'objectif de La Poste serait alors, selon la responsable syndicale, de « limiter le recours aux CDD, à l'intérim et aux heures supplémentaires en utilisant ce stock d'heures dû à la suite de cette situation exceptionnelle ».
Pour les représentants du personnel, cette logique dépasse largement le cadre des incendies. Depuis plusieurs années, ils dénoncent les tentatives de La Poste de mettre en place ce type de dispositif.
« Il faut replacer cette situation dans un contexte plus large », estime Barbara Trichet. « Dans certains territoires, La Poste cherche déjà à instaurer une modulation du temps de travail, qu'elle appelle les « horaires variables ». Cela lui permettrait d'adapter les plannings en fonction de la demande. Si ce dispositif d'heures perdues était accepté en Gironde, elle pourrait ensuite s'en servir comme précédent et dire aux autres : regardez, c'est faisable. » Dans un communiqué, la CGT estime ainsi que « la mise en place des horaires variables à la distribution, ce n'est ni une opportunité de trouver de la souplesse dans nos métiers ni une liberté mais vraiment une main mise par l'employeur sur notre temps de travail. »
De son côté, La Poste assure que « plusieurs solutions sont recherchées en priorité, comme le télétravail ou une affectation sur un autre site adapté ». Sans en dire plus.
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Entretien avec Baptiste Talbot, pilote du groupe de travail confédéral (CGT) sur la réduction du temps de travail. Lire la suite