29 janvier 2026 | Mise à jour le 29 janvier 2026
Finalement, ce sera 3256 suppressions de postes au sein du personnel enseignant de l'Éducation nationale à la rentrée prochaine. Moins, certes, que les 4000 annoncées par le ministère en début de semaine mais bien trop au regard du nombre d’élèves par classe et des difficultés de l’enseignement primaire et secondaire, comme le rappellent les syndicats au site de La Vie Ouvrière ce jeudi 29 janvier.
Ce lundi 26 janvier, le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, a dévoilé les grandes lignes de son budget pour l'année 2026. Parmi les annonces, la suppression de plus de 4 000 postes d'enseignants dans le primaire et le secondaire à la rentrée prochaine a provoqué une vive colère chez les enseignants et les syndicats. Une décision sur laquelle le ministre est partiellement revenu dès mercredi, abaissant le nombre à 3256, sans pour autant apaiser les tensions. Le gouvernement justifie ces suppressions par la baisse démographique du nombre d'élèves en France. Pour la CGT Éduc'action, cette évolution aurait au contraire dû permettre de maintenir les effectifs enseignants et de réduire le nombre d'élèves par classe.
Un sillon creusé depuis Sarkozy
« C'est inacceptable », dénonce Michael Marcilloux, co-secrétaire général de la CGT Éduc'action. Selon lui, les suppressions annoncées vont bien au-delà de ce qui était attendu au regard du projet de loi de finances. Le ministre assume pourtant son choix : « Si nous avions strictement suivi la démographie, nous aurions dû supprimer entre 8 000 et 9 000 postes. Nous proposons d'en supprimer 4 000 », a-t-il déclaré lundi matin sur France Info. Face à la mobilisation des enseignants, des syndicats et de plusieurs responsables politiques, Édouard Geffray est finalement revenu partiellement sur sa décision ce jeudi 29 janvier. Le ministère s'en tient désormais au chiffre inscrit dans le projet de loi de finances, avec 3 256 suppressions de postes de titulaires. Insuffisant, expliquent les syndicats. « C'est la moindre des choses, mais cela reste beaucoup trop de suppressions de postes. La colère demeure », affirme Michael Marcilloux.
Avec une moyenne de 28 élèves par classe, la France reste largement au-dessus de la moyenne européenne et poursuit une politique de réduction des effectifs entamée depuis la présidence de Nicolas Sarkozy en 2007. Pour Michael Marcilloux, la logique devrait être inversée : « Il faut profiter de la baisse démographique pour maintenir le nombre de personnels enseignants et faire baisser les effectifs par classe. La France accuse toujours un retard important sur ce point. »
Des territoires inégalement touchés
Le calcul démographique opéré par le ministère entraîne de surcroît de fortes disparités territoriales. Certaines académies bénéficient de créations de postes d'enseignants, notamment Mayotte et la Guyane dans le primaire, ainsi que Versailles et Créteil dans le secondaire. À l'inverse, plusieurs régions subissent des suppressions massives. L'académie de Lille est particulièrement touchée avec 412 postes supprimés, devant Bordeaux (224) ou encore Nancy-Metz (240) pour ne citer qu'elles. En parallèle, le ministère a aussi annoncé la création de 1700s poste d'accompagnants des élèves en situation de handicap (AESH) et la mise en place d'un nouveau système articulé autour d’enseignants stagiaires à mi-temps qui prendront place partout dans les écoles du territoire.
Si, à Lille, ces annonces ne surprennent guère William Roger, représentant de l'Union académique CGT Éduc'action, conscient de la taille importante de l'académie du nord de la France, les revirements successifs du ministère ont provoqué une incompréhension générale. « C'est un sketch, franchement. Les difficultés, on les connaît déjà, et cela a été vécu comme une provocation supplémentaire. Comment peut-on changer des décisions d'une telle ampleur en deux jours ? On est en droit de se demander quels sont les véritables chiffres démographiques », dénonce-t-il. Une situation qu'il juge particulièrement préoccupante sur le terrain : journées sans élèves dans certains établissements de la région, regroupements forcés de classes, notamment dans le primaire, où les élèves sont « casés dans la classe du voisin », une organisation qu'il qualifie d'« insupportable ».
Il pointe également le calendrier des annonces : « Habituellement, les créations ou suppressions de postes sont connues fin décembre. Cette année, avec le contexte budgétaire et l'absence d'adoption du budget, les annonces tombent le 26 janvier. C'est extrêmement tardif pour pouvoir s'adapter ». Pour les syndicats, cette désorganisation complique la vie des établissements comme le confirme William Roger : « Tout le calendrier a été rebougé à cause de cette incertitude ». Une illustration une fois de plus du manque d'anticipation du ministère face aux enjeux de l'école publique.
Emil Dromery