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HISTOIRE

Chute du mur de Berlin en 1989 : fin de l’histoire ?

1 novembre 2019 | Mise à jour le 30 octobre 2019
Par | Photo(s) : Patrick Hertzog/AFP
Chute du mur de Berlin en 1989 : fin de l’histoire ?

Berlin, place de Potsdam, le 12 novembre 1989. Une foule de Berlinois de l’Est se rend dans la partie ouest de la ville. Le mur est « tombé » deux jours plus tôt, dans la nuit du jeudi 9 au vendredi 10 novembre, après plus de 28 années d’existence.

Il y a trente ans, la chute du mur de Berlin inaugurait la fin d'une séquence historique mondiale. Face aux discours sur l'absence d'alternative au néolibéralisme et sur la « fin de l'histoire », le mouvement syndical international est porteur de nouvelles responsabilités.

Le 9 novembre 1989, voici près de trente ans, les Allemands de ce qui deviendra « l'ex-RDA » faisaient tomber le mur de Berlin. À la faveur de la perestroïka (reconstruction, en russe), entamée en Union soviétique par Mikhaïl Gorbatchev – qui dirigea l'URSS entre 1985 et 1991–, les peuples d'Europe centrale et orientale revendiquaient les uns après les autres la liberté et la démocratie.

Et rêvaient de consommer ce qui était exposé dans les vitrines, jusque-là inaccessibles, de l'Europe de l'Ouest. Par effet domino, l'ensemble de l'espace soviétique s'effondrait. Avec la fin du mur puis, près de deux ans plus tard, la disparition de l'Union soviétique, c'est le monde tel qu'il s'était organisé – avec la victoire contre le nazisme –, lors de la conférence de Yalta, qui s'écroulait.

Quant à l'Europe, après la réunification de l'Allemagne (ou l'extension de la RFA à tout le territoire allemand), elle entamait son élargissement. Trente ans plus tard, le temps pour une génération de parvenir à l'âge adulte, qu'en est-il des aspirations qui s'exprimaient alors ? Quelles responsabilités nouvelles porte le syndicalisme international ?

« Il n'y a pas d'alternative », le leitmotiv des libéraux

L'évolution de la situation internationale« Au cours de ces trente dernières années, le monde a changé de façon vertigineuse.

Loin de la fin de l'histoire promue par Fukuyama, les travailleurs ont au contraire intérêt à le repenser et à le redéfinir, dans la solidarité. »

Le Peuple, février 1992

Lorsqu'en 1992, à l'occasion de son 44e congrès qui suit ces événements majeurs, la CGT (qui sera amenée à prôner une authentique indépendance du syndicalisme, en particulier vis-à-vis du politique) revient sur « l'évolution de la situation internationale », elle insiste sur « un monde en bouleversement », la « montée des tensions » et des « aspirations à vivre mieux ».

Elle constate « l'écroulement des formes de socialisme autoritaire massivement rejetées par les peuples concernés dans les pays d'Europe de l'Est et en Union soviétique », s'inquiète de la guerre du Golfe, et rappelle aussi que « les pays du tiers-monde vivent le développement de la misère, l'enfoncement dramatique dans un sous-développement de plus en plus profond », qui met en cause « les États dominants et les groupes multinationaux ».

Le texte met en même temps en garde : « L'écroulement [de l'URSS, NDLR] ne signifie pas pour autant que le capitalisme, que certains veulent parer de toutes les vertus, serait de ce fait capable de résoudre les immenses problèmes posés aux différents peuples, aux différents continents et, plus globalement, à toute l'humanité ».

Avec la chute du mur et la fin de la guerre froide, plusieurs discours émergent. D'abord, nombre d'États promettent l'avènement d'un « état de droit » s'appuyant sur les Nations unies. Cet espoir sera vite balayé, en particulier par l'exportation de la guerre au Proche-Orient au nom de l'élimination des dictatures.

Des guerres, en fait, pour lesquelles des alliances de circonstances, essentiellement autour des États-Unis, contourneront la légalité internationale. Menées au détriment de peuples dévastés, de telles guerres contribueront à l'émergence d'un terrorisme sans frontières, comme un écho à la prédiction de Samuel Huntington d'un possible « clash des civilisations ».

Lequel servira de prétexte à d'autres dictatures pour réprimer dans le sang les espoirs démocratiques des peuples, et permettra au commerce des armes de prospérer. Dans un premier temps, l'hyperpuissance américaine s'impose, avant que se manifestent d'autres ambitions hégémoniques, régionales ou mondiales. Qu'il s'agisse du contrôle de zones géographiques ou d'expansion économique. La Russie se réinvite dans cette compétition où la Chine s'impose massivement.

Ensuite, le philosophe et politologue américain Francis Fukuyama, qui avait publié peu avant la chute du mur un article intitulé « La fin de l'histoire ? », passe dans un livre paru en 1992 de l'interrogation à l'affirmation. Selon lui, la démocratie libérale aurait définitivement triomphé, représentant l'accomplissement indépassable des aspirations humaines.

Cette perspective occidentale signant pour l'humanité entière l'admirable fin de l'histoire. « Tout pouvoir est pouvoir de mise en récit », rappelait l'historien Patrick Boucheron lors de sa leçon inaugurale au Collège de France, en décembre 2015. Le récit de Francis Fukuyama, c'est celui de la fin des utopies, un narratif où l'individu et les collectifs humains cessent d'être acteurs de destins à inventer, pour n'être plus que des objets de l'histoire.

Une autre façon d'énoncer la sentence de Margaret Thatcher, fer de lance, avec Ronald Reagan, d'un néolibéralisme débridé, selon laquelle il n'y aurait « pas d'alternative » à leurs politiques.

Face à la mondialisation économique, l'indispensable solidarité syndicale

Engagé dans la décennie 1980, le néolibéralisme se veut en effet triomphant dans les décennies suivantes. Poussés par les exigences des multinationales et celles du patronat, les gouvernements, un peu partout dans le monde, vantent le primat de l'économique sur le social. Ils dénoncent la rémunération du travail comme un coût insupportable, les dépenses publiques comme un poids insoutenable.

Les tenants de ce capitalisme débridé, responsables de la crise qui se révèle en 2008, accentuent en son nom leurs politiques d'austérité, mettent à mal les systèmes de protection sociale, démantèlent le droit du travail, accusent le syndicalisme d'archaïsme et en favorisent la répression, tout en réitérant leur discours sur l'absence d'alternative.

La mise en concurrence entre les salariés et les peuples nourrit les illusions identitaires, voire xénophobes et racistes, au détriment des solidarités. En Europe, les inégalités s'amplifient. Ainsi, les populations des Peco (pays d'Europe orientale et centrale) peinent à recouvrer des niveaux de vie acceptables. Le dumping social et écologique devient la norme.

Les révolutions technologiques servent de prétexte à l'ubérisation et à la précarisation des travailleurs. Et l'érosion de la démocratie contribue même, pour certains, à en délégitimer le principe. Au point que – vingt ans après la guerre qui a ravagé et déchiré l'ex-Yougoslavie – les nationalismes d'extrême droite progressent, alors que sont érigés de nouveaux murs réels et symboliques.

Dans ce contexte, l'investissement militant et combatif du syndicalisme international s'avère d'autant plus nécessaire – quelle que soit la diversité des situations nationales et continentales –, pour défendre les droits des travailleurs, développer les solidarités, promouvoir des alternatives crédibles qui articulent la promotion du droit du travail et de nouvelles exigences écologiques.

Longtemps divisé, le mouvement syndical a pu pâtir de sa dispersion selon des critères souvent géopolitiques : entre ceux qui adhéraient à la FSM (Fédération syndicale mondiale) ; ceux qui se retrouvaient au sein de la CISL (Confédération internationale des syndicats libres) ; et ceux qui rejoignaient la CMT (Confédération mondiale du travail), d'inspiration chrétienne.

En 1999, la CGT adhère à la Confédération européenne des syndicats (CES). En novembre 2006, elle contribue à la fondation, à Vienne, de la Confédération syndicale internationale (CSI), dont les organisations membres regroupent plus de 200 millions d'adhérents. À l'occasion du 52e congrès de la CGT qui s'est déroulé à Dijon, en mai 2019, Nathalie Verdeil (élue au bureau confédéral), indique : « La réflexion au sein de la CES et de la CSI doit porter sur les manières d'accroître efficacement le rapport de force ».

Tout en cherchant « constamment l'échange et l'unité avec toutes les organisations syndicales, affiliées ou non à la CES et à la CSI », précise-t-elle. Avant d'ajouter : « La CGT ambitionne de construire des convergences revendicatives dans les filières, les territoires, les entreprises ».

Au cours de ces trente dernières années, le monde a changé de façon vertigineuse. Loin de la fin de l'histoire promue par Fukuyama, les travailleurs ont au contraire intérêt à le repenser et à le redéfinir, dans la solidarité.