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mouvement social

"Ils veulent restreindre le droit de grève des prévisionnistes" : à Météo France, le climat social se dérègle

27 janvier 2026 | Mise à jour le 27 janvier 2026
Par | Photo(s) : ERIC CABANIS / AFP

Avis de tempête sur Météo France.

Toujours vent debout contre le projet d'assignation permanente pour les centres de prévision aéronautique de Roissy et de Orly, les prévisionnistes de Météo France ont reconduit la grève jusqu'au 31 janvier. Ils dénoncent à l'unisson une entrave au droit constitutionnel de grève, sous couvert d’une « continuité de service et de sécurité » fallacieuse. Des recours juridiques sont envisagés. 

Le premier round de grève du 24 décembre au 12 janvier, suivi par 18 % des personnels des 11 centres de prévision aéronautique, n'aura donc pas suffi à convaincre la direction de Météo France d'abandonner son projet d'assigner de manière permanente les prévisionnistes à leur poste de travail sur les aéroports de Roissy et de Orly, même – sans doute surtout –  en cas de grève.  

 « Le projet présenté aux syndicats mi-décembre, qui émane en réalité de la Direction de la Sécurité de l'Aviation Civile (DSAC), n'est autre qu'une énième tentative de restriction du droit de grève pour les prévisionnistes des plateformes aéronautiques d'Orly et de Roissy CDG dans un premier temps, avant qu'il ne soit généralisé à d'autres postes de Météo France », explique Loïs Pourchet, secrétaire général du SNM-CGT. L'ensemble des syndicats représentatifs (CGT-FO-CFDT-Solidaires) de Météo France partagent cet avis. Ils ont ainsi unanimement rejeté ce projet qui supprimerait de facto un droit constitutionnel aux prévisionnistes et en rendrait l’exercice plus contraint pour nombre d'autres postes opérationnels de Météo France, comme l’indique le préavis de grève du 18 décembre adressé par l'intersyndicale à la direction de l'établissement.   

Quand le passage en force élève le rapport de force

À l'issue de la réunion de conciliation du 12 janvier – qui s'est soldée par un échec –  Météo France a opté pour le passage en force. Et indiqué aux syndicats que « les demandes de la direction de l'aviation civilesont à appliquer et qu'elle n'y dérogera pas ». Dont acte, pour l'intersyndicale qui, à l'unisson, a décidé de reconduire la grève jusqu'au 31 janvier et d'intensifier la mobilisation jusqu'à obtenir satisfaction de cette revendication commune : le retrait pur et simple de ce projet  d'assignation permanente censé entrer en vigueur à compter du 1er février.

« Vendredi 31 janvier, nous tiendrons une assemblée générale où, syndicats et salariés, décideront ensemble de nouvelles modalités d'action susceptibles de donner plus de visibilité médiatique à notre combat et d'entraîner la solidarité interprofessionnelle. Des recours juridiques pour défendre le droit de grève sont déjà à l'étude », précise Loïs Pourchet .  

La sécurité pour alibi

« Continuité de service des agents au sein de Météo France », « Impératif de sécurité d'importance vitale pour le décollage et l'atterrissage des avions », les arguments de la DSAC, relayés en boucle par la direction de Météo France, ne convainquent pas les syndicats. « Les bulletins météo n'étaient pas émis pendant les derniers jours de grève, mais les avions ont quand même décollé et atterri », fait par exemple remarquer Sébastien Delecray, secrétaire général de Force Ouvrière Météo France auprès de Ouest-France.

Autre contre argument avancé : « Les tâches auxquelles les agents seront assignés de manière permanente relèvent davantage d'un aspect commercial afin d'optimiser la gestion du trafic aérien sur les aéroports parisiens que d'une fonction d'importance vitale devant continuer à être assurée en cas de grève », souligne pour sa part Loïs Pourchet.  

Dans ce droit fil, le syndicat national de là météorologie (SNM-CGT) et l'Union syndicale de l'Aviation civile (USAC-CGT) ont adressé le 20 janvier une lettre au directeur de la DSAC, Richard Thummel. Ils y expriment plusieurs interrogations sur la réelle mise en danger des personnes et des biens en cas d’absence de prévisions d'aérodrome terminale (TAF) et de message d'avertissement d'aérodrome (MAA) censés justifier la demande d'assignation permanente des météorologues affectés à ces tâches. Et de prévenir le directeur qu'en aucun cas, la sécurité des personnes et des biens ne saurait être utilisée comme prétexte pour satisfaire d’autres intérêts. 

Un droit constitutionnel ne se négocie pas

« Nous demandons à la DSAC que toute la lumière soit faite sur de supposées difficultés que des compagnies aériennes auraient rencontrées lorsque des produits TAF et MAA n'ont plus été disponibles sur les aéroports d'Orly et de Roissy CDG », indiquent les deux syndicats qui réclament en outre la transmission de l'ensemble des correspondances entre Météo-France, le groupe ADP et les compagnies aériennes concernées. En s'appuyant sur la Constitution qui  prévoit que le droit de grève s’exerce dans le cadre des lois qui le réglementent, le SNM et l'USAC CGT rappellent au directeur de la DSAC que ces lois ne lui confèrent pas le pouvoir de prescrire, même indirectement, une limitation de ce droit aux agents de Météo France. Le message est passé, sera-t-il reçu ?