9 juin 2026 | Mise à jour le 9 juin 2026
Les salariés de l’équipementier sportif étaient en grève, samedi 6 juin, un peu partout dans l’Hexagone, pour exiger une revalorisation de leurs salaires. Ils dénoncent également un décalage entre les résultats record de l’entreprise ces dernières années, et la stagnation de leur rémunération.
Gilet bleu sur le dos et tracts en main, 2 000 salariés de l'entreprise Decathlon étaient en grève samedi 6 juin, un peu partout en France, devant leurs magasins, pour dénoncer l'absence de revalorisation des plus bas salaires, alors que le Smic vient tout juste d'augmenter de 2,4 %. Un mouvement qualifié d'« inédit » par la presse, dans un contexte de résultats record pour l’entreprise. Pour Yanis Megal, représentant CGT en Île-de-France au sein de l’équipementier sportif, les mobilisations ne sont pas si nouvelles et, au contraire, se multiplient ces dernières années : « Ce qui est inédit, ce n'est pas qu'on se mobilise, c'est une intersyndicale unie et 2 000 salariés mobilisés. »
Le décompte de l'entreprise, lui, est moindre : il établissait la participation au mouvement social à 5 % des 23 000 collaborateurs et affirmait que 99 % des 324 magasins étaient ouverts. Un effectif qui fait sourire Yanis Megal : « Ils avancent ce nombre alors qu'on est 10 000 salariés dans les magasins… Ils donnent les chiffres qu'ils veulent pour faire croire que le mouvement n'est pas important », dénonce-t-il. Lui préfère retenir « les enseignes fermées, les jonctions entre les salariés des magasins et ceux des entrepôts », ainsi que la participation de certains, d’habitude peu mobilisés. C'est le cas, par exemple, du magasin de Juliette, salariée depuis quatre ans à Marseille : « Il y a trois ans, on avait tenté de se mobiliser pour les salaires et on n’avait été que trois à débrayer. Samedi, en revanche, on était une quarantaine de grévistes », rapporte-t-elle.
910 millions d’euros de bénéfices
Tout est parti d’un mail, envoyé par la direction à l'ensemble des salariés le 27 mai dernier, qui affirmait ne pas pouvoir répercuter la hausse du Smic sur les salaires, dans l'objectif de préserver l'équilibre économique de l’entreprise et ses capacités d'investissement. « Ça a été la goutte d'eau pour mes collègues, qui sont tous très proches du Smic. Surtout quand on sait qu’une part importante des bénéfices sera reversée sous forme de dividendes à l'Association familiale Mulliez [qui regroupe 950 descendants de la famille Mulliez] », raconte Juliette, qui fait allusion au versement d’un milliard d’euros à l’actionnaire à la fin de 2024.
La mobilisation s'inscrit par ailleurs dans un contexte économique particulièrement favorable pour l'équipementier sportif. En avril, Decathlon annonçait avoir réalisé un bénéfice net de 910 millions d’euros en 2025, en hausse de 16 %, ainsi qu'un chiffre d'affaires de 16,8 milliards d’euros, en progression de 4 %. Des chiffres qui incitent les salariés à réclamer leur part du gâteau. « Les Mulliez se gavent, ils sont toujours plus avares, comme toute bonne famille capitaliste », estime Yanis Megal, qui poursuit : « Ils n'en ont rien à faire de combien on gagne, ils espèrent juste avoir toujours plus de milliards à se partager. »
De son côté, l'enseigne assure à l'AFP qu'elle « maintient un dialogue régulier avec les représentants du personnel et reste attentive, au quotidien, aux attentes de ses collaborateurs. » Un discours consensuel qui agace profondément Yanis Megal : « Bien sûr qu'il y a un échange constant, car ils sont obligés. Mais ça ne veut pas pour autant dire qu'on nous écoute ! » Le représentant CGT enfonce le clou : « On passe notre temps à alerter la direction sur la situation des salariés dans certains magasins, mais rien ne bouge. Et quand on parle de salaire, c'est encore pire… »
Les salariés devraient en tout cas se faire de nouveau entendre prochainement, à l’occasion des 50 ans de la marque, le 15 juin. « On va pousser pour boycotter et bordéliser le plus possible les évènements autour de cet anniversaire », prévient le syndicaliste.