28 mai 2026 | Mise à jour le 28 mai 2026
Selon une information du quotidien Les Échos, le sénateur LR du Rhône François-Noël Buffet serait pressenti pour succéder à Claire Hédon en tant que Défenseur des droits. Le profil (très) droitier de cet ancien ministre auprès de Bruno Retailleau a fait réagir plusieurs syndicats, dont la CGT, qui ont dénoncé dans un communiqué ses différentes prises de position, jugées « radicalement incompatibles » avec cette fonction censée veiller « au respect des droits et libertés ».
La nouvelle a fait bondir syndicats et partis de gauche. Selon les Échos, François-Noël Buffet, ancien ministre chargé des Outre-mer avant d’être affecté à l’Intérieur auprès de son ami Bruno Retailleau, est pressenti pour succéder, en juin, à Claire Hédon en tant que Défenseur des droits. Pour beaucoup, le sénateur LR du Rhône, ancien proche de François Fillon, présente un profil trop droitier pour cette fonction, dont le titulaire est censé veiller « au respect des droits et libertés par les administrations de l'État, les collectivités territoriales, les établissements publics, et les organismes investis d’une mission de service public », ainsi que le prévoit la Constitution.
Dans un communiqué intitulé « Les positions de François-Noël Buffet sont incompatibles avec le rôle de Défenseur des droits », l’intersyndicale CGT, Solidaires, FSU, et les associations Osez le féminisme !, le Collectif national des droits des femmes et la Coordination française pour le lobby européen des femmes (Clef), rappellent le pedigree de l’ex-ministre. « Nous nous souvenons que François-Noël Buffet a participé en 2013 aux manifestations s'opposant au mariage pour tous et a signé la charte de la Manif pour tous en 2014 », écrivent-ils. Ils exhument également certains de ses votes à la Chambre haute : contre l’extension de la PMA à toutes les femmes, en 2021, et contre la constitutionnalisation de l’IVG, en 2024. « Le Défenseur des droits a deux missions : défendre les personnes dont les droits ne sont pas respectés et permettre l'égalité de toutes et tous », rappelle le communiqué. Avant d’ajouter : « Cette liste non exhaustive de prises de position, allant à l'encontre des droits des personnes LGBTQIA+ et des droits des femmes, est radicalement incompatible avec le rôle de Défenseur des droits. »
Une rupture radicale
François-Noël Buffet devrait cette promotion, selon les Échos, à d’habiles tractations menées entre le président de la République et le palais du Luxembourg. Ces derniers mois, Emmanuel Macron s’applique en effet, avant son départ de l’Élysée en 2027, à nommer ses proches à des fonctions clefs (Richard Ferrand à la présidence du Conseil constitutionnel, Amélie de Montchalin à la tête de la Cour des comptes). Pour la dernière prise de poste en date, celle d’Emmanuel Moulin à la Banque de France, une validation par le Parlement était nécessaire : or, le Sénat aurait conditionné son aval pour Moulin… à la nomination de Buffet comme Défenseur des droits.
L’arrivée de l’ancien ministre des Outre-mer, si elle est confirmée, devrait, en tous les cas, donner un nouveau coup de barre à droite. Sa prédécesseuse, Claire Hédon, venait, pour sa part, du milieu associatif (elle avait notamment présidé le mouvement ATD Quart monde, qui lutte contre l’extrême pauvreté). Durant son mandat, elle s’était positionnée contre les contrôles d’identité discriminatoires dans certains quartiers, avait fait part de ses doutes sur la reconnaissance faciale, critiqué le projet de loi sur l’immigration d’Élisabeth Borne, dénoncé le manque de transparence et d’indépendance de l’IGPN ou encore condamné les violences policières, notamment lors du mouvement contre la « réforme » des retraites… En somme, un profil bien différent d’un homme qui a bâti sa carrière sur des politiques sécuritaires et contre les évolutions sociétales…
Nathan Lautier