8 juillet 2026 | Mise à jour le 8 juillet 2026
Le gouvernement envisagerait de prélever quatre milliards d'euros supplémentaires sur les ressources de l'Unédic pour financer son budget. Une stratégie qui fragilise un organisme déjà lourdement endetté, dont une partie de l’ardoise résulte d’ailleurs de décisions de l'État. Dans le même temps, l'équilibre financier du régime continue de servir d'argument pour freiner la revalorisation des allocations et justifier les réformes de l'assurance chômage.
« Les décisions de l'État pèsent lourdement sur la trajectoire financière du régime de l'assurance chômage ces dernières années », alertait Patricia Ferrand, présidente de l'Unédic, le mercredi 17 juin. Et cela ne semble pas près de s'arrêter. Selon Les Échos, le gouvernement serait tenté de ponctionner quatre milliards d'euros supplémentaires dans les comptes de l'Unédic pour boucler le prochain budget. Une fâcheuse habitude qui ne date pas d’hier : l’État ayant déjà prélevé 2 milliards d’euros en 2023, 2,6 milliards d’euros en 2024 et 3,35 milliards d’euros en 2025.
« Pour le moment, il n'y a rien de prévu pour 2027. Le décret qui permet à l'État de ponctionner l'Unédic devait courir jusqu'en 2026. En ce moment, il y a des échanges entre l'Unédic et le Trésor pour savoir si l'État va prélever 4 milliards d'euros en reconduisant le dispositif », explique Denis Gravouil, secrétaire confédéral de la CGT.
Il faut dire que l'Unédic ne roule pas sur l'or. L'État prélève dans les caisses d'un organisme dont la situation financière est déjà fragilisée par des décisions prises au fil des gouvernements successifs. Sur les quelque 60 milliards d'euros de dette de l'Unédic, un peu moins de 20 milliards proviennent ainsi des mesures prises pendant la crise du Covid, que l'État a refusé de rembourser à l'organisme. « L’Unédic est vraiment considéré comme la vache à lait du gouvernement », dénonce Denis Gravouil.
Une situation « absurde» et « dangereuse »
Toujours en juin dernier, lors d’une conférence de presse, Patricia Ferrand rappelait d'ailleurs que « sans les prélèvements de l'État, la dette aurait été de 43,4 milliards fin 2028 ». À cela s'ajoute la multiplication des exonérations de cotisations patronales sur les bas salaires, que l'État s'était engagé à compenser à l'euro près.
Car l'État ne puise pas directement dans les caisses de l'Unédic, il réduit en revanche la compensation des exonérations qu'il a lui-même décidées, alors qu'il s'était engagé à les financer intégralement. « On se retrouve dans une situation absurde et dangereuse, car l'Unédic ne peut pas se désendetter. Elle doit réemprunter à court terme, avec des taux d'intérêt élevés, ce qui a déjà représenté près d'un milliard d'euros de frais financiers depuis le début de ce décret. C'est un milliard d'euros de cadeau aux banques, qui ne va ni à l'État, ni à France Travail, ni aux allocations chômage », dénonce Denis Gravouil.
Pendant ce temps, les droits des chômeurs n'ont cessé d'être rabotés depuis l'arrivée d'Emmanuel Macron au pouvoir, avec un objectif affiché : désendetter l'Unédic. Mais, selon Denis Gravouil, l'argent « a été capté par l'État et le patronat » afin de financer la baisse des cotisations patronales.
Un chantage à la dette
Continuer à ponctionner les ressources de l'Unédic sans traiter le problème de sa dette présente un double intérêt pour le gouvernement : tenter de boucler son budget avec les ressources de l'assurance chômage et continuer à invoquer le surendettement du régime pour justifier de nouvelles réductions des droits des demandeurs d'emploi. « Cela entretient un chantage permanent à la dette, dans lequel le gouvernement et le patronat se retrouvent », estime Denis Gravouil.
Dernier exemple en date : les représentants du patronat au sein du bureau paritaire de l'Unédic se sont opposés à la revalorisation de 2,41 % des allocations chômage soutenue par les organisations syndicales. Avec les arguments attendus.
Dans le journal Le Monde, Jean-Eudes Tesson, vice-président (Medef) de l'association paritaire, justifiait son opposition : « La situation financière sur laquelle nous étions amenés à nous prononcer en conseil d'administration montre qu'il faut que nous soyons extrêmement vigilants et responsables », Même son de cloche pour Michel Picon, président de l'Union des entreprises de proximité, qui invoque lui aussi un devoir de « prudence », le régime étant dans le rouge. Mais la faute à qui ?