21 avril 2026 | Mise à jour le 21 avril 2026
Par
Yannis Angles | Photo(s) : Austin Community College via Wikimedia Creative Commons
Tim Cook, à la tête d'Apple depuis 2011 a annoncé son départ ce lundi 20 avril de la direction de la société américaine. Derrière des résultats financiers mirobolants, se dessine un modèle fondé sur une sous-traitance mondialisée et des conditions de travail dégradées pour une bonne partie des salariés à l'autre bout du monde.
Remplaçant du dirigeant emblématique, Steve Jobs, depuis 2011, Tim Cook a annoncé ce lundi 20 avril par communiqué qu'il quitterait ses fonctions de dirigeant de la marque à la pomme au 1er septembre. Un départ alors que l'entreprise n'a jamais connu une capitalisation boursière aussi importante, 3 730 milliards de dollars, grâce à ces différents produits phare : l'iPhone, le MacBook ou encore l'Apple Watch.
Encore faut-il savoir à quel prix l'entreprise est arrivée à se consolider et à poursuivre une telle croissance. Certes, Apple s'est longtemps distinguée dans la Silicon Valley par l'absence de plans de licenciement massifs, contrairement à d'autres mastodontes américains, comme Amazon, qui n'ont pas hésité à supprimer des dizaines de milliers d'emplois ces dernières années. Pour autant, la société Apple a elle aussi laissé un bon nombre de salariés sur le carreau – dont 600 en 2024 sur l’un de ses sites californiens. De surcroît, cette (très relative donc) stabilité apparente repose aussi sur un recours massif à la sous-traitance, dans des pays à bas coûts, où sont fabriqués des produits vendus plusieurs centaines, voire milliers d'euros.
Rapports et enquêtes en cascade sur les conditions de travail
Depuis plus d'une décennie, rapports d'ONG et enquêtes journalistiques documentent les conditions de travail dans ces usines sous-traitantes. Dès le début du mandat de Tim Cook, une enquête du New York Times décrit les conditions de travail particulièrement compliquées dans ses usines sous-traitantes : journées de 12 heures, six jours sur sept, faibles rémunérations et règles de sécurité régulièrement contournées. Un ancien cadre y résume la logique interne : la réduction des coûts prime, y compris au détriment des ouvriers.
Contraint de réagir, Apple diligente des audits qui confirment des violations sérieuses du droit du travail : travail hebdomadaire dépassant les 60 heures, absence de repos prolongée, multiples infractions chez ses fournisseurs. Ces dérives ne sont pas nouvelles, mais perdurent sous l'ère Cook.
Les révélations vont se multiplier. En 2013, une enquête de la BBC au sein des usines de Pegatron, sous-traitant taïwanais clé, met en lumière le recours au travail de mineurs et des journées dépassant largement la limite légale. L'année suivante, une enquête de la radio publique britannique décrit des ouvriers épuisés, soumis à des rythmes de production insoutenables, loin des engagements sociaux affichés par la firme.
Des promesses mais des conditions de travail inchangées
Malgré les promesses répétées d'amélioration, les rapports indépendants continuent de pointer des abus structurels. En 2019, l'ONG China Labor Watch infiltre une usine produisant pour Apple. Elle y documente un recours massif et illégal à l'intérim, plus de 50 % des effectifs alors que la limite est de 10 %. Ainsi que des heures supplémentaires pouvant dépasser 100 heures mensuelles, souvent non rémunérées. Les ouvriers, soumis à des objectifs stricts, sont contraints de prolonger leur journée sans compensation, sous peine de sanctions humiliantes. Encore en 2025, l’entreprise et son sous-traitant Foxconn ont été épinglés par une enquête de l'ONG China Labord Watch et du Financial Times sur les conditions de travail dans la principale usine d'iPhone à Zhengzhou.
Les critiques ne se limitent pas à la chaîne de production en Asie. Aux États-Unis, les conditions de travail au sein même d'Apple sont également mises en cause. Fin 2024, une plainte déposée en Californie accuse l'entreprise d'imposer à ses salariés l'installation d'outils professionnels sur leurs appareils personnels, ouvrant potentiellement l'accès à des données sensibles, courriels, photos ou informations de santé. Selon Reuters, ces pratiques s'accompagnent de règles internes interdisant aux employés de discuter de leurs salaires ou de leurs conditions de travail, alimentant les accusations de surveillance et d'entrave à l'expression.
Le système de sous-traitance, à l'origine de ces conditions de travail particulièrement dégradées, ne devrait pas être revu et corrigé avec l'ascension du nouveau dirigeant, John Ternus. Destiné à prendre ses nouvelles fonctions en septembre 2026, ce pur produit de l'entreprise, salarié chez Apple depuis plus de vingt-cinq ans, y a occupé de nombreux postes à responsabilités. Difficile, dans ces conditions d'imaginer qu'il s'attaque à un modèle dont il a lui-même accompagné la mise en place.