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EMPLOI

Verrerie Arc : Puy, Durand... quel repreneur, pour quelles conséquences ?

28 janvier 2026 | Mise à jour le 28 janvier 2026
Par | Photo(s) : DENIS CHARLET / AFP
Verrerie Arc : Puy, Durand... quel repreneur, pour quelles conséquences ?

Un salarié dans la verrerie Arc.

L'une fait craindre jusqu900 suppressions de postes, l'autre promet de pas toucher à l'effectif. Le tribunal de commerce doit se prononcer dans les prochaines semaines sur les offres de reprise de la verrerie du Pas-de-Calais. À la clé, le sort de ses 3500 salariés.  

Timothée Durand et Patrick Puy. Les juges du tribunal de commerce de Lille ont au moins ces deux noms sur la liste des candidats à la reprise de la verrerie Arc, tandis que la date limite du dépôt des offres était fixée à ce mercredi 28 janvier. Placée en redressement judiciaire le 7 janvier, l’entreprise installée à Arques, dans le Pas-de-Calais compte aujourd’hui 3500 salariés, contre plus de 12000 au début des années 2000. Timothée Durand, 49 ans, petit-fils de Jacques Durand, emblématique patron de la verrerie disparu en 1997, y a lui-même fait sa carrière, jusquen devenir un des directeurs, avant de la quitter en 2024. Dès l'annonce du redressement judiciaire, l'actuel directeur général d'Arc, Nick Hodler, vantait le « projet de reprise » de ce dernier comme «financé, responsable, réaliste », tandis que Sébastien Martin, ministre de l'Industrie, le qualifiait de « sérieux» et de «signe d'espoir ». 

Quel contenu pour le « pacte social » ?

Timothée Durand, qui n’a pas répondu à nos sollicitations, a rencontré les syndicats d'Arc à plusieurs reprises. Selon nos informations, il a évoqué devant eux un effectif futur de 200 salariés pour 10 000 tonnes de verre produites par an. Soit, avec un objectif annoncé de 130 000 tonnes (contre 137 000 tonnes réalisées en 2025), un nombre de 2600 emplois maintenus… et donc 900 postes potentiellement supprimés. Explosif dans un bassin qui a vu disparaître ces derniers mois plus de 300 emplois dans la liquidation de la cartonnerie RDM et de la papeterie Wizpaper.

Le candidat à la reprise aurait également posé comme condition la signature d'un « pacte social », comprenant des mesures de « flexibilité », « mobilité » et « polyvalence ». Selon Frédéric Specque, délégué syndical central CGT chez Arc France, cela pourrait recouvrir une « annualisation du temps de travail » ou la possibilité de faire passer un salarié d'un poste à un autre, en fonction des besoins. « La grande idée, c'est de se passer totalement des intérimaires », analyse-t-il. 

 

« Arc a perdu 50% de ses ventes en dix ans, mais ce n'est pas une fatalité. »
Patrick Puy, candidat à la reprise de la verrerie.

De son côté, Patrick Puy, ancien président du directoire d'Arc international entre 2013 et 2015, qui avait assuré assure au Figaro dès le 26 janvier qu'il comptait « reprendre l'intégralité du personnel » nous confie confie par téléphone : « Arc a perdu 50% de ses ventes en dix ans, mais ce n'est pas une fatalité. L'actionnaire actuel n'a pas assez investi dans de nouveaux produits. » Il explique viser une croissance en France et en Europe, mais aussi « en Afrique, qui comptera plus de deux milliards d'habitants en 2050 et où les producteurs chinois et américains sont peu présents ». Le marché moyen-oriental l'intéresse également. Il garderait donc la filiale du groupe aux Emirats arabes unis, mais pourrait revendre les deux autres, en Chine et aux Etats-Unis.  

Les dossiers des deux repreneurs potentiels diffèrent encore au plan technique. À l'usine d'Arques, Timothée Durand compte fermer un four arrivant en fin de vie, tandis que Patrick Puy assure vouloir « le reconstruire avec une alimentation hybride en gaz et électricité », pour engager une « décarbonation nécessaire » du site. Ce dernier assure ne pas envisager à court terme de changement des conditions de travail, même si il annonce que « dans les cinq ans à venir, il faudra revoir les accords » sur le sujet. « Mon intention immédiate est de relancer l'entreprise », conclut-il. 

« À la CGT, nous restons très prudents »

Frédéric Specque note avec intérêt le contenu social plus enthousiasmant de cette deuxième offre. Mais, prévient-il, « à la CGT, nous restons très prudents ». Tout d'abord parce qu'il ne connaît pas les détails des deux plans. Il garde par ailleurs « un souvenir mitigé » du passage de Patrick Puy à Arc. Il le crédite d'avoir redressé la trésorerie de l'entreprise, permettant l'arrivée d'un nouvel actionnaire. Mais il se souvient aussi que l'ancien président du directoire « voulait dimensionner les effectifs (de l'usine, NDLR) tels qu'ils le sont aujourd'hui », via, notamment, des départs en préretraite liés à l'exposition à l'amiante. Dans un article publié en mars 2017 par Challenges, Patrick Puy reconnaissait d'ailleurs avoir opéré 10 000 licenciements - « mais sauvé le triple de postes » - dans les nombreuses entreprises en difficulté par lesquelles il est passé : Moulinex, Vivarte, Vogica…  

Le calendrier du tribunal de commerce prévoit que les offres de reprise d'Arc pourront être améliorées jusqu'au 5 mars, avant une audience le 10 mars et un délibéré dans les dix jours. Un calendrier trop serré pour Patrick Puy, qui demande un délai supplémentaire, jusque fin avril. 

En attendant, l'actuelle direction de la verrerie a démarré le cycle de réunions pour négocier le« plan de sauvegarde de l'emploi » (PSE). Jusqu'à maintenant, tout le monde avait intégré qu'il y aurait de la casse. « Il y aura des conséquences sociales, qu'il faudra limiter au maximum », nous confiait ainsi François-Xavier Lauch, préfet du Pas-de-Calais, au lendemain du placement en redressement judiciaire, à la sortie d'une réunion avec les élus locaux et les représentants syndicaux. Pour accompagner la reprise de l'entreprise, il annonçait déjà « une annulation de la dette » contractée par Arc auprès de l'Etat et des collectivités, dont la Région Hauts-de-France et la Communauté d'agglomération du Pays de Saint-Omer. Si on y ajoute les impayés auprès des fournisseurs de la verrerie, l'apurement de la dette qui accompagne toute sortie d'un redressement judiciaire se soldera donc par une ardoise colossale. 

195 millions d'euros de prêts d'Etat depuis 2019

L'arrivée de l'actionnaire américain Dick Cashin en 2015 – lorsque la famille Durand a perdu la main sur le capital d'Arc - s'est accompagnée d'un prêt d'Etat de 48,5 millions d'euros, que l'entreprise assure avoir intégralement remboursé, mais suivi de beaucoup d'autres. Depuis 2019, la somme des prêts d'Etat mentionnés dans les différents arrêtés publiés au Journal officiel atteint ainsi 445 millions d'euros. Un total qui, selon Arc, comprend des montants comptés plusieurs fois. Selon ses propres calculs, elle aurait reçu de l'Etat, ces sept dernières années, 195 millions d'euros, qui n'ont été que partiellement remboursés.

Cet argent « a participé au fonctionnement global de l'entreprise, le règlement des factures d'énergie, le paiement des salaires, la maintenance, la recherche-développement, l'investissement… », nous explique un porte-parole d'Arc, qui tient à préciser que depuis 2015, l'apport des actionnaires représente 290 millions d'euros. De son côté, Bastien Vasseur, délégué syndical central Sud chez Arc, retient un autre chiffre : selon ses calculs, la prise en charge par l'Etat de l'activité partielle de longue durée (APLD) - le « chômage partiel » - totalise 58 millions d'euros sur les trois dernières années.