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Des salariés « anxieux » mais porteurs de solutions : à Saint-Gaudens, on se bat pour sauver Fibre excellence

10 avril 2026 | Mise à jour le 10 avril 2026
Par | Photo(s) : Elodie Potente
Des salariés « anxieux » mais porteurs de solutions : à Saint-Gaudens, on se bat pour sauver Fibre excellence

La mobilisation sur le site de Fibre Excellence à Saint-Gaudens.

Les salariés de Fibre excellence, fabricant de pâte à papier, se mobilisent pour sauver leurs usines. Mais l’actionnaire principal de l’entreprise vient de la mettre en vente. En tout, ce sont 10 000 emplois du secteur qui se retrouvent en suspens. 
Les fumées de l’usine de SaintGaudens ont repris après deux semaines d’arrêt en mars. Faute de stock de bois, les salariés de Fibre excellence ont dû stopper leur activité. S’ils ont repris la production de pâte à papier, ils retiennent tout de même leur souffle. Depuis plusieurs semaines, l’entreprise est en grandes difficultés financières. Jackson Widjaja, l’actionnaire indonésien principal, vient de mettre en vente les usines de SaintGaudens, en HauteGaronne, et Tarascon, dans les BouchesduRhône. Une situation que les salariés ont apprise lors d’un CIRI (Comité Interministériel de Restructuration Industrielle) : « On arrive à la fin de la procédure de conciliation avant redressement judiciaire », précise Nicolas Bruel, représentant du personnel CGT. Une mobilisation était organisée devant l’usine de SaintGaudens ce jeudi 9 avril. Elle a réuni de nombreux salariés, sympathisants et élus locaux. « Les salariés sont anxieux, désabusés », soupire Sébastien Oustric, délégué CGT. Surtout que dans ce coin des Pyrénées, la situation sociale est tendue : un taux de pauvreté de 19%, qui dépasse les 30% chez les moins de 30 ans, un revenu médian de 20 890 euros par an…et des perspectives d'emplois restreintes.
Au même moment, Carole Delga, présidente de la région Occitanie, rencontrait à Matignon le Premier ministre Sébastien Lecornu et le ministre délégué chargé de l'Industrie Sébastien Martin. Elle leur a présenté trois propositions pour sauver Fibre excellence : un ajustement du rachat de l’électricité produite par les usines, la mise en oeuvre d’un plan financier et d’investissement de l’État et de l’actionnaire et l’instauration d’une gouvernance et d’un pack d’actionnaires durable dans lequel la région Occitanie prendrait part. À la sortie de la réunion, l’élue s’est félicitée d’avoir été entendue, même si le gouvernement attend des garanties d’engagement de l’actionnaire principal concernant un nouveau plan d’investissement ainsi qu’un nouveau process de production de pâte à papier à plus forte valeur ajoutée.

« L’espoir est toujours là »


La crise du secteur dure depuis plusieurs années et nécessite une vision d’ensemble. C’est ce que les délégués du personnels CGT ont souhaité retranscrire dans un projet de
sauvetage de l’usine. Aujourd’hui, ce sont 700 familles vivant dans le Comminges ou à Tarascon qui dépendent de ces emplois. « Pour nous, il faut se diversifier », explique Nicolas Bruel. Les syndicalistes proposent d’étendre les activités de l’entreprise vers la pâte à papier fluff, une matière qui permet de fabriquer des couches par exemple. « C’est un marché beaucoup plus stable », souligne Sébastien Oustric.
Autre débouché possible : les emballages en papier recyclable et biodégradable qui remplacent le plastique. « En investissant dans la transformation de la pâte à papier et dans de nouveaux projets d'emballage responsable, nous pouvons répondre aux attentes du marché, des consommateurs et consommatrices et des réglementations européennes. De plus, avec ce type de production, les circuits courts peuvent occuper une place prépondérante », estiment les syndicalistes dans la proposition de sauvetage de l’usine.

L’État doit agir

L’espoir des salariés tient également à la proposition de nationalisation partielle ou totale des usines. « Au moins le temps de trouver un repreneur », soutiennent les représentants syndicaux. Pour Nicolas Bruel, fermer l’usine serait renoncer à un savoirfaire et surtout à un outil industriel performant qui permet l’existence d’un marché français. « Si on perd ces usines c’est fini, toute la pâte à papier marchande sera produite au Brésil ou en Indonésie, sans normes environnementales, sans label écologique et surtout sans charges sociales sur les emplois », regrette le syndicaliste.
Une équation impossible pour Carole Delga qui a réussi à faire entendre au Premier ministre la nécessité de préserver « la souveraineté industrielle » du pays. L’avenir des deux sites est désormais entre les mains de l’actionnaire et des différents acteurs de ce possible plan de financement avec l’État, comme l’a souligné Carole Delga : « Le Premier ministre et le ministre délégué chargé de l'Industrie ont constaté que les solutions viables et sérieuses portées par la Région Occitanie méritaient d'être prises en compte pour sauver l'entreprise. Il est désormais essentiel que les parties prenantes passent à l'action afin de concrétiser ces engagements ».