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Analyse

« Il faut réagir » : pourquoi une telle surmortalité au travail chez les moins de 25 ans ?

21 avril 2026 | Mise à jour le 21 avril 2026
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« Il faut réagir » : pourquoi une telle surmortalité au travail chez les moins de 25 ans ?

Rassemblement à Paris en hommage à des salariés morts au travail.

Depuis le début de l'année, les morts au travail s'enchaînent chez les moins de 25 ans. La presse a déjà chroniqué la mort de sept jeunes en raison de leur activité professionnelle. En cause : la précarité de leur emploi et des défaillances persistantes dans leur accompagnement, qui les exposent à des risques accrus.

Mort à 15 ans sur un chantier, le 17 avril. À 22 ans, happé par un hachoir dans une usine agroalimentaire du Rhône, dans la nuit du 17 au 18 avril. Deux morts en une semaine… « Je suis particulièrement en colère de la mort de ces deux gamins la semaine dernière. Il faut qu'on réagisse, là », lâche Frédéric Mau, responsable de la Fédération CGT de la construction.

Depuis le début de l'année 2026, les drames s'enchaînent. De janvier à la mi-avril, la presse locale et nationale a rendu compte de la mort au travail d’au moins sept salariés âgés de moins de 25 ans. Parmi eux, une jeune femme dont la disparition est liée à un suicide, que sa famille attribue au harcèlement subi dans l'entreprise.

Les victimes sont parfois à peine sorties de l'adolescence : en février, un forgeron de 19 ans meurt après une chute dans un silo dans la Sarthe ; en mars dernier, un conducteur d'engin forestier de 20 ans est écrasé par une charge de 50 tonnes. Une hécatombe qui ne date pas d'aujourd'hui. En 2023, 38 jeunes de moins de 25 ans sont morts au travail. Ils étaient 43 en 2022, 37 en 2021. L'été dernier, la mort de Matis Dugast, enseveli sous du goudron chauffé à 200 degrés sur un chantier de voirie, avait brièvement mis en lumière ces drames. Depuis, rien ne semble avoir changé.

Un manque de formation et d'accompagnement

Pourquoi les jeunes sont-ils particulièrement exposés ? Le manque de formation et d'expérience constitue un facteur central. En France, la fréquence annuelle des accidents du travail est d'environ 4 % pour l'ensemble des salariés. Elle atteint 10 % chez les moins de 25 ans, soit 2,5 fois plus, selon l'Institut national de recherche et de sécurité (INRS).

Sur le terrain, le constat est partagé. « Les accidents du travail touchent en priorité les jeunes qui débutent. S’ils sont les premières victimes, c’est parce qu’ils ne perçoivent pas toujours les dangers de leur environnement, notamment sur les chantiers », poursuit Denis Boutineau, secrétaire de la CGT Construction, bois et ameublement en Nouvelle-Aquitaine.

En théorie, chaque nouvel arrivant doit bénéficier d'un accueil et d'une formation aux risques. En pratique, ces dispositifs sont souvent réduits à la portion congrue. Pourtant, de son côté, Frédéric Mau se remémore ses débuts sur les chantiers, il y a trente ans : « Les jeunes et les intérimaires étaient toujours en binôme avec un salarié plus expérimenté, pour apprendre à éviter les dangers qui sont multiples sur un chantier. » Mais la donne a changé, selon Denis Boutineau : « Dans une logique de rentabilité, certaines entreprises rognent sur cette formation, jugée improductive… » 

Précarité signifie vulnérabilité

À cette vulnérabilité s'ajoute la précarité. Les moins de 25 ans sont surreprésentés dans les formes d'emploi instables. Selon le dernier rapport de juin 2025 de l'Insee, 18,6 d’entre eux % sont en CDD (contre 6,5 % des plus de 25 ans), 5,2 % en intérim (contre 1,6 %) et ils sont aussi davantage en contrat d'alternance ou en stage (29,2 %, contre 0,7 %). « L'intérim est un facteur aggravant. Quand on cumule jeunesse et intérim dans le BTP, les risques d'accident se multiplient », insiste Denis Boutineau. Un constat partagé par Frédéric Mau :« Quel que soit le statut du précariat (apprenti, intérim), le travailleur aura tendance à prendre plus de risques pour pouvoir continuer à rapporter un salaire, à l'inverse des salariés staffés ».

Reste la question du contrôle. Qui surveille réellement les conditions de travail dans lesquelles ces jeunes commencent leur vie professionnelle ? La France compte un peu plus de 2 000 inspecteurs du travail pour près de 21 millions de salariés. Trop peu… Pourtant, l'exemple des chantiers des Jeux olympiques montre qu'un encadrement renforcé peut produire des effets. « Il y a eu moins d'accidents parce qu'il y avait des inspecteurs sur place et que les représentants du personnel pouvaient intervenir et faire remonter les alertes », rapporte Denis Boutineau. Une vigilance qui ne peut néanmoins pas empêcher tous les drames : Amara Dioumassi, 51 ans, ouvrier, est mort sur le chantier du bassin d'Austerlitz.

Renforcer les contrôles, donner à la justice les moyens d’intervenir plus vite et de prononcer des sanctions à la hauteur des drames : la CGT porte ces revendications depuis des années. « Il faut que la justice soit plus réactive et plus tranchante dans ses décisions sur les morts au travail. Ça aurait déjà un effet dissuasif », tranche Denis Boutineau. En attendant, les morts au travail continuent. Discrètes, rarement suivies de conséquences. Comme une fatalité…