29 mai 2026 | Mise à jour le 29 mai 2026
Portée par des résultats électoraux encourageants, l'extrême droite tente de se renforcer encore dans les Côtes-d'Armor. Alors que le RN organise un « banquet breton » (inspiré par les désormais célèbres événements du « Canon Français ») ce samedi 30 mai, à Bourbriac, l'intersyndicale a rassemblé 150 personnes dans cette même commune le jeudi 28 mai pour rappeler les dangers que représente cette famille politique.
Le lieu choisi pour le rassemblement est symbolique. Jeudi 28 mai, l'intersyndicale de Guingamp avait donné rendez-vous devant la maison Sourimant, à Bourbriac, commune de 2 000 habitants dans les Côtes-d’Armor, où des résistants furent torturés par les nazis en juillet 1944, avant d'être exécutés à quelques kilomètres de là. Une façon pour les sections locales de la CGT, Solidaires et FSU de rappeler les liens des fondateurs du Rassemblement national (RN) avec les collaborateurs du régime nazi, deux jours avant la tenue dans la ville d'un « grand banquet breton », organisé par le RN et l'Union des droites pour la république (UDR), auquel le député RN Jean-Philippe Tanguy devrait assister. Selon ses organisateurs, l'événement affiche complet : 340 convives sont attendus dans la Salle des Forges, louée par la municipalité au RN, pour ce banquet inspiré par ceux du Canon Français, un organisateur de banquets qui, assurant ne chercher qu’à « valoriser le terroir et le patrimoine », diffuse une image fantasmée de la ruralité et dont les événements sont plébiscités par les identitaires.
« On sent depuis quelques mois que le RN cherche à occuper le terrain, ils essaient de distiller leurs idées sur le territoire en surfant sur les codes de la culture bretonne. Ils n'ont pas choisi de venir à Bourbriac par hasard », analyse Thierry Pérennes, coordinateur de l'union locale de la CGT de Guingamp. Encouragée par des résultats électoraux en hausse dans la région – dans cette 4e circonscription des Côtes-d’Armor, le candidat RN est passé de 16,13% au premier tour du scrutin en 2022 à 34,30% , puis 45,25% au second tour en 2024 -, l'extrême droite tente, ces derniers mois, d'amplifier sa présence dans la circonscription de Guingamp.
En février dernier, le député européen RN Gilles Pennelle a tenu une réunion publique sur le thème de l'agriculture à Callac. 150 personnes, dont des membres de la CGT, avaient manifesté pour demander son annulation, en vain. Près de Guingamp toujours, l'inauguration, mi-mai, de la brasserie Kerfave, détenue par Erik Tegnér, le rédacteur en chef du média d'extrême droite Frontières, a aussi suscité le rassemblement de 300 manifestants, opposés à l'ouverture de l'établissement.
Ne plus suivre l'agenda du RN
En 2022, les syndicats et l'extrême droite s'étaient affrontés à Callac justement autour du projet Horizon, qui prévoyait l'accueil de réfugiés. Un projet finalement abandonné depuis, mais qui avait suscité de vives tensions, nourries par les franges identitaires, pendant plusieurs mois. « On a tiré le bilan de Callac, où on a pu être associés à des messages et de la violence qui ont effrayé une partie de la population locale, poursuit Thierry Pérennes. Aujourd'hui, on ne se cale plus sur l'agenda de l'extrême droite. On ne sera pas là samedi pour ne pas être dans la confrontation. Nous combattons le RN par les idées. »
Le discours tenu par l'intersyndicale devant les manifestants rassemblés jeudi 28 mai sous une chaleur écrasante s'attachait donc à rappeler l'histoire de Bourbriac pendant l'Occupation et détailler les votes du RN à l'Assemblée nationale. « Le RN n'est ni l'ami des précaires, ni l'ami des ouvriers. Ils veulent nous faire croire qu'ils sont proches du monde rural, mais ils ne votent rien qui soit en sa faveur, insiste Sophie Perennes (sans lien familial avec Thierry Pérennes), secrétaire de l'union locale de la CGT de Guingamp. On entend beaucoup : « Le RN, on a jamais essayé », mais si on a essayé, il n'y a qu'à voir comment ça s'est passé ici, à Bourbriac : il y a eu des morts. »
Dans la foule qui comptait environ 150 personnes, plusieurs habitants faisaient part de leur inquiétude à voir le RN se réunir dans la commune. « On a été choquées d'apprendre que ce banquet avait lieu à Bourbriac. Donc c'était important pour nous d'être là pour montrer qu'on ne soutient pas le RN ici. Ils viennent dans nos petites communes pour faire semblant d'être proches des gens », dénoncent Margaux, Candice et Anna, étudiantes, originaires de Bourbriac.
Sabrina Le Bras, chasuble floquée CGT hôpital de Guingamp sur le dos, tenait elle aussi beaucoup à être présente à ce rassemblement. En tant que syndicaliste d'une part, mais aussi en tant qu'habitante de la commune. « On pensait être isolé, loin de leur terrain, et on se rend compte qu'ils essaient de percer même ici. C'est inquiétant, on sent qu'il y a de plus en plus besoin de se mobiliser. Mais chaque fois que le RN essaiera de s'implanter, on sera là. »
Il faut dire que ce n’est pas auprès des régionaux de l’étape que le banquet du 30 mai fait recette. Ainsi, Thierry Pérennes l'assure, parmi les convives du banquet de samedi, peu de participants seront des locaux. « C'est juste un coup médiatique », abonde Sophie Perennes. L'intersyndicale n'est en tout cas pas la seule à se mobiliser contre le RN. Un collectif baptisé « Embourbriac » appelle à un rassemblement dans la matinée du 30 mai, devant la salle où se tiendra le banquet, pour rappeler une fois encore à l'extrême droite qu'elle n'est pas la bienvenue.
Manuella Binet