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HÔPITAL

« Ils laissent le service mourir » : à Ancenis, l’inquiétude grandit autour de l’avenir de l’hôpital

5 mars 2026 | Mise à jour le 5 mars 2026
Par | Photo(s) : DR
« Ils laissent le service mourir » : à Ancenis, l’inquiétude grandit autour de l’avenir de l’hôpital

Une banderole devant l'hôpital d'Ancenis, en Loire-Atlantique.

Un rapport de la Chambre régionale des comptes pointant un déficit « structurel » de l'hôpital d’Ancenis du Centre hospitalier d'Erdre-et-Loire fait craindre aux personnels un changement de statut en hôpital de proximité. Une évolution qui permettrait de sortir de la tarification à l'activité, mais impliquerait la fermeture de la maternité et la fin des actes de chirurgie complexes. De quoi susciter une vive inquiétude chez les soignants qui se sont organisés en collectif, et manifesteront le 7 mars à Ancenis.

« Une situation financière préoccupante appelant des réformes structurelles ». Quelques mots lapidaires, apposés sur un rapport de la Chambre régionale des comptes (CRC), suffisant pour répandre l’inquiétude parmi le personnel de l’hôpital d’Ancenis, du Centre hospitalier d’Erdre-et-Loire (CHEL). « Ils ont fait un rapport en comparant 2019 à nos jours et il en ressort que nous sommes un établissement public avec un déficit financier. C’est étonnant. Comme la plupart des établissements publics en France », ironise une soignante.

Le rapport décrit un établissement hospitalier « structurellement déficitaire », la faute à une baisse de l’activité, une patientèle qui serait captée par les hôpitaux proches de Nantes et d’Angers, une hausse des effectifs et du recours à l’intérim couteux. Depuis 2004, les hôpitaux sont financés par la tarification à l’activité (T2A), c’est-à-dire que leurs ressources augmentent proportionnellement au volume d’actes effectués annuellement, ce qui les contraint à la rentabilité et à la multiplication des actes médicaux.

Depuis la publication du rapport, en octobre 2025, les personnels s’inquiètent d’entendre la direction évoquer le projet de devenir un hôpital de proximité. « Ce n’est pas clairement annoncé par la direction. C’est plus insidieux. Elle nous en parle de manière informelle, mais de plus en plus fréquemment. Elle nous explique à quel point c’est merveilleux les hôpitaux de proximité. » Ce statut particulier, introduit par décret en 2016 puis réformé en 2019, permet à des établissements d’échapper à la T2A et d’être financés par une enveloppe annuelle forfaitaire versée par l’Assurance maladie. « Ça, c’est la carotte pour dire regardez, nous allons nous en sortir. » Seulement, un hôpital de proximité ne peut pas avoir de maternité ni de service de chirurgie complexe. Le changement de statut impliquerait donc pour le CHEL de perdre ces deux services. Une menace qui inquiète des professionnels conscients de n’être pas un cas isolé : le 31 décembre, l’hôpital d’Apt, à une heure d’Avignon, a vu ses services de chirurgie et de coloscopie fermer. 

Une fuite à venir ? 

« Je suis là depuis sept ans en remplacement, trois ans à temps plein, responsable du bloc » explique Armel Bettan, anesthésiste, « tout le monde dit qu’Ancenis va fermer depuis aussi loin que je puisse m’en rappeler. Depuis 2 ans, la direction insiste sur le fait que l’on devrait fermer la maternité, qui représente la moitié de notre déficit de 4 millions d’euros. Seulement, jusqu’alors, l’ARS (agence régionale de santé, NDLR) disait toujours non. Maintenant le message de l’ARS c’est de dire « , en fait, il faut vraiment que vous résolviez votre problème de déficit« . » 

Mais la fermeture de la maternité et de la chirurgie pourrait entraîner des réactions en chaîne. Les urgentistes ont affirmé que les urgences fermeraient en absence de chirurgie, puisqu'en cas d'impossibilité de prises de soin des patients sur site, ils devraient de toute façon les rediriger systématiquement vers d’autres établissements. Armel Bettan craint également une fuite des anesthésistes, attirés par l’organisation particulière du temps de travail en maternité. 60 % des médecins du centre auraient déclaré, lors d’une réunion extraordinaire, qu’ils ne resteraient pas si le centre devait devenir un hôpital de proximité.

« Le problème est structurel. Parce que pour une maternité, il faut du personnel 24 heures sur 24, même s‘il n’y a pas d’accouchement, il faut le payer. Ça pousse à faire fusionner les maternités, pour qu’elles soient grosses et pour rentabiliser l’argent qui est mis dans le personnel. Il faut bloquer une salle de bloc en permanence, juste au cas où il y ait une césarienne. En parallèle, les naissances ont baissé drastiquement. Ça a inévitablement un coût important. »

Une stratégie du pourrissement 

Les personnels ont pu observer un désengagement progressif de la part de la direction. «  La cheffe de service [de la maternité] est partie en disponibilité l’année dernière et elle a annoncé qu’elle ne reviendrait pas. La directrice prétend faire tout ce qu’elle peut pour recruter. Nous, on voit les médecins qui ont postulé : ils nous disent avoir reçu un courrier disant que vu l’incertitude de l’avenir de la maternité, le centre ne recrute pas. Ils laissent le service mourir », confie une soignante.

Pour les professionnels, l’urgence serait davantage à un plan de relance ambitieux. « En chirurgie, on a des équipements techniques qui nécessitent d’être renouvelés, en particulier nos centrales de traitement d’air au bloc opératoire qui ont plus de 40 ans de fonctionnement, et qui sont dépassés depuis 2013. La direction est au courant, au moins depuis 2015 puisqu'elle a diligenté jusqu’à huit audits sur l’état du bloc opératoire qui disent tous qu’il faut changer : je ne sais pas combien de centrales on aurait pu rénover avec le prix de ces audits. Mais la direction n’a rien fait. »

L’espoir n’est pourtant pas interdit. « Parce que c’est possible d’avoir des financements » affirme Armel Bettan. L’hôpital de Challans, en Vendée, va par exemple bénéficier d’un plan d’investissement allant de 100 à 120 millions d’euros pour rénover leurs infrastructures et équipements. « On n'a même pas besoin d'autant. Une étude architecturale réalisée il y a un an chiffrait, dans son plan le plus ambitieux, à 20 millions d'euros la construction d'un nouveau bloc » souligne l’anesthésiste. L’objectif, pour les mobilisés du CHEL, est d’attirer l’attention de l’ARS Pays de la Loire et de son directeur général, Jérôme Jumel, via les médias et une pétition en ligne, pour négocier directement avec eux plutôt qu’avec la direction, qui a un plus faible pouvoir décisionnel et « manque d'une vision claire », estiment-ils.

Une intersyndicale réunissant la CGT, la CFDT et FO s'est montée pour soutenir le mouvement : les trois syndicats ont conjointement décidé de ne plus siéger au comité social d'établissement « afin de ne plus cautionner l'absence de transparence de la Direction sur l'avenir du CHEL. » Le 7 mars, le collectif et l'intersyndicale appellent à manifester à Ancenis pour defendre leur cause, et celle de l'hôpital public en général.