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international

« On est en enfer ! » : le cri du cœur d'un journaliste palestinien et d'un syndicaliste ukrainien au meeting pour la paix

1 juin 2026 | Mise à jour le 1 juin 2026
Par | Photo(s) : Enzo Hanart
« On est en enfer ! » : le cri du cœur d'un journaliste palestinien et d'un syndicaliste ukrainien au meeting pour la paix

Les congressistes saluent l’intervention du syndicaliste palestinien Nasser Abu Baker, au 54e congrès de la CGT.

Au meeting international pour la paix organisé par la CGT à la veille de son 54e congrès, les voix de Nasser Abu Baker, président du syndicat des journalistes palestiniens, et de Yurii Samoilov, responsable régional du syndicat KVPU Ukraine, ont fait résonner les profondes souffrances du peuple palestinien, et les échos inquiétants de la guerre hybride menée par la Russie en Ukraine.

Un homme brandit le poing, devant plusieurs centaines de personnes qui se sont levées pour l'applaudir, émues et révoltées par son récit des horreurs de Gaza. À la veille du lancement du 54e congrès de la CGT, le parc des expositions de Tours recevait un meeting international pour la paix, « un sujet qui n'a jamais été aussi important qu'aujourd'hui » pour Françoise Geng, présidente de l'EPSU, Fédération syndicale européenne des services publics. Japon, Biélorussie, République démocratique du Congo, une dizaine de représentants syndicaux ont pris la parole pour appeler à la paix et alerter sur la multiplication des conflits dans le monde. Deux interventions ont constitué le cœur du meeting, en évoquant les guerres en Palestine et en Ukraine :  celle de Nasser Abu Baker, président du syndicat des journalistes palestiniens et vice-président de la fédération internationale des journalistes, et celle de Yurii Samoilov, responsable régional du syndicat KVPU Ukraine.

« Les forces de l'ordre israéliennes ont arrêté plus de 200 journalistes » – Nasser Abu Baker

« Merci pour tous vos mots mais nous souffrons beaucoup. Nous sommes en enfer ! » Nasser Abu Baker a entamé sa prise de parole en interpellant avec énergie les congressistes présents, pointant la difficulté de parler de paix ici, à Tours, alors qu'Israël poursuit sa guerre en Palestine qui a déjà tué au moins 75 000 personnes, voire 100 000 pour le syndicaliste. « 13 % des Gazaouis ont été tués. Il est très inquiétant qu'autant de pays restent silencieux sur le génocide en Palestine, certains ont peur d'employer le mot génocide. »

Quasi-impossibilité

Représentant des journalistes, Nasser Abu Baker a insisté sur la quasi-impossibilité de couvrir le conflit, à cause des entraves du gouvernement israélien. « 4 300 journalistes sont venus à Tel Aviv pour couvrir la situation et la guerre, tous ont été interdits d'entrer à Gaza. On nous dit qu'Israël est la seule démocratie du Proche-Orient : c'est ça la démocratie ? Un pays où on ne peut pas circuler librement, où des enfants meurent tous les jours ? Les forces de l'ordre israéliennes ont arrêté plus de 200 journalistes. Imaginez l'enfer que c'est d'être un journaliste dans une prison israélienne. Les médias ont été éradiqués, les journalistes palestiniens travaillent dans des conditions de guerre, sans nourriture, sans eau, sans domicile, sans bureaux… Israël ne veut pas que vous sachiez ce qu'il se passe. »

« La guerre s'arrêtera quand elle deviendra technologiquement et économiquement impossible » – Yurii Samoilov

Une guerre de l'information dont Yurii Samoilov a également tenu à dénoncer l'inquiétante extension. « L'absence formelle de déclaration de guerre à grande échelle ne signifie plus pour autant la sécurité. Nous oscillons en permanence entre des périodes de tensions géopolitiques larvées et des guerres hybrides où, à l'artillerie s'ajoutent les attaques sur les réseaux sociaux, les cyberattaques, la désinformation et l'étranglement économique. » Pour le syndicaliste ukrainien, les conflits se transforment en « colonialisme hybride », un concept qui désigne un mélange de détournement des réseaux sociaux à des fins de désinformation, d’érosion des institutions nationales et d’introduction d'agents d'influence. « Les États peuvent avoir l'air autonomes mais ils sont subordonnés à des formes externes de pouvoir. L'Ukraine est devenue l'épicentre de la guerre hybride et du colonialisme hybride avec l'invasion russe. »

Pour lui, cette nouvelle forme de conflit implique de nouvelles méthodes de contre-attaque. « Les discussions ne fonctionnent plus, il faut détruire les outils hybrides. La guerre s'arrêtera quand elle deviendra technologiquement et économiquement impossible. Cela signifie la restauration du droit international par des sanctions fermes et des investissements massifs dans la cybersécurité. Il faut une décolonisation mentale : la société doit avoir une souveraineté cognitive. »