12 juin 2026 | Mise à jour le 12 juin 2026
La mobilisation contre la généralisation des frais d'inscription différenciés pour les étudiants étrangers extra-communautaires se poursuit à l'université Paris-I. Le 28 mai, lors d’une conférence où les syndicats essayaient de faire entendre leur voix, une altercation violente a eu lieu, blessant un enseignant engagé à la CGT. Depuis, les tensions sont vives entre les centrales et la direction de l'établissement.
Pas si inclusive, finalement. Jeudi 28 mai, une conférence publique autour du thème « « Défendre les valeurs de l’enseignement supérieur et de la recherche européens : inclusivité, liberté académique et démocratie » se tenait à la Sorbonne, dans le cadre de l’assemblée générale de l'alliance Una Europa. Venu y assister dans le but de dénoncer la hausse des frais d'inscription à l’université pour les étudiants étrangers – une mesure qu’il qualifie de « raciste » –, Antoine Boulangé, enseignant et militant CGT, s’est retrouvé pris dans une altercation et a été blessé.
Au départ, son intervention devait prendre une forme classique, fréquente à l’université. Après avoir sollicité la direction, les représentants syndicaux espéraient pouvoir prendre la parole quelques minutes afin d'exposer pacifiquement leurs revendications et interpeller les responsables universitaires et institutionnels présents. La conférence, consacrée à l'inclusivité, donc, apparaissait être un moment particulièrement approprié pour que les opposants à la réforme sur les frais universitaires des étudiants étrangers puissent s’exprimer, notamment parce qu’un représentant ministériel devait y assister – il aura finalement annulé sa venue.
Un enseignant vacataire membre de la CGT Paris-I, qui souhaite conserver l'anonymat, rappelle qu'il s'agissait d'« une conférence publique, à laquelle l'ensemble des personnels de l'université Paris-I et des étudiants étaient potentiellement invités ». Mais rapidement, la situation s'est tendue. Après que la présidence de l’université a refusé que la parole soit donnée aux syndicats, les manifestants ont entonné des slogans antiracistes devant l'amphithéâtre Richelieu, où se tenait la conférence. Selon plusieurs témoins syndicaux, leur volonté était alors simplement de faire entendre leurs revendications. L’enseignant vacataire cité plus haut raconte : « Un agent de l'organisation de l'événement a alors fait une clé de bras à notre camarade et l'a renversé, provoquant un choc entre sa tête et le coin du mur derrière lui. » Encore marqué par ces récents événements, le militant blessé, Antoine Boulangé, rembobine : « Je ne sais plus trop ce qu'il s'est passé ensuite, j'étais sonné. » Après avoir finalement écarté une possible rupture des ligaments, les examens médicaux ont confirmé une grosse entorse ainsi qu'un traumatisme crânien. « J’ai eu 12 agrafes sur le crâne et je vais avoir trois mois d'arrêt », précise l’enseignant.
Un dialogue social toujours plus dégradé
Depuis cette agression, l'affaire a pris une dimension considérable. Dans une enquête publiée le 8 juin, Mediapart évoque des formes de répression « inédites » qui auraient lieu dans plusieurs établissements d'enseignement supérieur, dont Paris-I. Le média d’investigation souligne par ailleurs les inquiétudes croissantes de nombreux personnels face à l’augmentation des procédures disciplinaires, des dépôts de plainte et du recours aux forces de l'ordre dans les universités.
Pour la CGT Paris-I, les événements du 28 mai s'inscrivent dans une dégradation plus ancienne du dialogue social. L'enseignant vacataire qui a assisté à la scène se dit « très choqué par la réaction de la présidence de l’université », avant de déplorer : « Le lendemain, ils nous ont qualifiés de « stratèges du chaos ». » Dans un communiqué publié le 4 juin, la CGT accuse la présidence de l'université d'avoir non seulement refusé toute remise en question, mais également d’avoir diffusé des accusations diffamatoires à l'encontre des organisations syndicales et étudiantes. Les militants dénoncent également l'absence de déclaration publique sur l'état de santé du syndicaliste blessé. De son côté, Antoine Boulangé estime, lui aussi, que le traitement de son dossier révèle une volonté d'éviter toute responsabilité institutionnelle. « Tout le monde se refile la patate chaude », regrette-t-il, évoquant les difficultés qu’il a rencontrées pour faire reconnaître cette blessure comme accident de travail.
« On ne va pas aménager le racisme »
Depuis ces événements, la CGT Paris-I demande la démission de la présidente de l'université, Christine Neau-Leduc, avec laquelle les relations se sont fortement dégradées ces derniers mois, ainsi que l'ouverture d'une enquête administrative indépendante pour faire la lumière sur l'agression du 28 mai. La Confédération réclame enfin que l’établissement prenne officiellement position contre la généralisation des frais différenciés, rappelant que plusieurs universités – Nanterre, Reness-II, l'EHESS, Sorbonne Université, etc. – ont d’ores et déjà annoncé qu’elles n’appliqueraient pas ce dispositif en septembre prochain.
La fin de l'année universitaire complique toutefois les perspectives d’une mobilisation immédiate. Les militants espèrent néanmoins obtenir des réponses lors des conseils d'administration qui auront lieu avant l'été et reprendront la lutte contre les frais d'inscription différenciés à la rentrée. « On ne va pas aménager le racisme », conclut Antoine Boulangé. Contactée, la présidence de l'université Paris-I n'a pas répondu à nos sollicitations.