12 juin 2026 | Mise à jour le 12 juin 2026
Thizy-les-Bourgs est la première commune du Rhône à avoir élu une majorité municipale d’extrême droite, et ce lors du scrutin du printemps dernier. Or, Rémi Berthoux, le nouveau maire, a déjà retiré à l'union locale de la CGT sa subvention annuelle de 500 euros par an, dont elle bénéficiait depuis environ 20 ans.
À Thizy-les-Bourgs, dans le Rhône, les lendemains des dernières élections municipales ont laissé un goût amer aux trois militants de l'union locale de la CGT. Le dimanche 22 mars, cette commune d'à peine 6 000 habitants – traditionnellement centriste et fief de l’ancien garde des Sceaux, Michel Mercier – est devenue la première du département à élire un maire d'extrême droite. En effet, si le nouveau maire, Rémi Berthoux, s'est présenté sous l'étiquette « union des droites », il est le collaborateur parlementaire du député RN Jonathan Géry. Or, cette bascule politique n’a pas tardé à faire sentir ses premiers effets. Et dès le premier conseil municipal, le nouveau maire a souhaité marquer le coup, en refusant de renouveler la subvention annuelle accordée à l'Union locale de la CGT, qui en bénéficiait depuis plus de 20 ans.
« Le mercredi qui a suivi les élections, le maire a débarqué avec un adjoint à notre permanence pour « visiter les locaux ». Je leur ai fait visiter et ils sont repartis. Lors du conseil municipal du 18 mai où on débattait des subventions, il a annoncé qu'il n'accordait rien à la CGT, raconte Maurice Cernicchiaro, secrétaire de l'union locale, présent à la séance. Il a ensuite sorti une affiche de la CGT qui appelait à voter pour le Front populaire aux élections législatives en disant qu'il ne subventionnerait pas un syndicat qui faisait de la politique et a conclu : « Si Monsieur Cernicchiaro a besoin d'argent, qu'il s'adresse à la CGT ». » L'intervention des deux anciens maires, désormais élus dans l'opposition, pour défendre l'union locale n'y a rien fait.
Pendant la séance, le maire a toutefois indiqué qu'il maintenait la mise à disposition de la CGT du local municipal où elle est hébergée depuis 1960. Interrogé par mail par NVO.fr, Rémi Berthoux a indiqué ne pas avoir le temps de répondre à nos questions.
« Discrète solidarité »
Dans cette petite commune du nord-ouest de Lyon, l'union locale est un héritage du syndicat des tisseurs de Bourg-de-Thizy (ancien nom avant la fusion de communes) et existe depuis « au moins » 1943. C'est la seule union locale à 25 kilomètres à la ronde, la plus proche se situant à Roanne, dans le département voisin de la Loire. Après quoi, il faut se déplacer jusqu’à Villefranche-sur-Saône (55 km) et à Lyon (70 km). « La CGT n'est implantée dans aucune entreprise de la commune, donc nous ne faisons que du juridique et du conseil : on renseigne tous ceux et celles qui viennent nous voir, des gens de Thizy-les-Bourgs mais aussi d'autres villages aux alentours. On monte les dossiers de prud'hommes, deux camarades sont défenseurs syndicaux et on intervient dans des entreprises pour des salariés. Nous sommes connus, donc les gens se déplacent pour nous voir », ajoute Maurice Cernicchiaro.
Jusqu'ici, l'UL fonctionnait grâce à la subvention de la mairie et aux sommes que reversent les personnes accompagnées aux prud'hommes. « Avant le regroupement de Thizy et de Bourg-de-Thizy, nous avions même deux subventions », ajoute Maurice Cernicchiaro. Des entrées d'argent, certes pas mirifiques mais qui servent au paiement des inscriptions des dossiers prud'hommes, des coûts en photocopies et pour les recommandés dans ces procédures, pour le défraiement des déplacements des défenseurs syndicaux… « L'arrêt de cette subvention restreint nos moyens, ajoute Maurice Cernicchiaro. Mais c'est surtout une action politique dans la ligne du RN. Les maires précédents ne partageaient pas nos opinions, mais aucun n'a jamais remis en cause ni la subvention ni l'utilité du travail que nous menons. » La méthode n'est pas sans rappeler d'autres actions du RN à l'encontre de la CGT, comme à Carcassonne par exemple.
L'union locale a adressé, le 4 mai dernier, un courrier à l'attention du maire, rappelant l'utilité de leur action « pour défendre leurs droits, s’informer, s’organiser ». Maurice Cernicchiaro et les membres de l'union locale peuvent compter sur des soutiens qui leur parviennent, comme ce chèque de 30 euros, reçu d'une personne qu'ils ne connaissaient pas, au dos duquel était inscrit « discrète solidarité ».