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LIBERTÉS SYNDICALES

« Sanctuariser les bourses du travail » : sur le Tour à Carcassonne, Sophie Binet et la CGT roulent pour les libertés syndicales

8 juillet 2026 | Mise à jour le 8 juillet 2026
Par | Photo(s) : Justin Carrette
« Sanctuariser les bourses du travail » : sur le Tour à Carcassonne, Sophie Binet et la CGT roulent pour les libertés syndicales

Sophie Binet à Carcassonne au départ de la 4e étape du Tour de France.

Mardi 7 juillet, une mobilisation intersyndicale s’est tenue à Carcassonne, juste avant le départ de la 4e étape du Tour de France. L’occasion pour Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, présente à la manifestation, d’intervenir pour dénoncer « les attaques contre les libertés syndicales » menées par le nouveau maire RN de la ville.  

Sous une chaleur assommante, ce mardi 7 juillet, les tee-shirts rouges et les drapeaux de la CGT flottent en nombre aux abords des balustrades qui bordent le départ de la quatrième étape du Tour de France à Carcassonne. Dans la matinée, onze bus et près de 800 personnes ont fait le déplacement dans l’Aude à l’appel de la CGT et de l’intersyndicale. Une mobilisation symbolique alors que le nouveau maire Rassemblement national de la ville, Christophe Barthès, entend expulser la CGT, la FSU et Solidaires de la Bourse du travail.  

« Cette étape du Tour de France nous permet de faire entendre notre voix », résume Vanessa Ny, membre du bureau de l’Union départementale CGT de l’Aude. « Depuis le mois de mars et son élection, le nouveau maire Rassemblement national s’en est pris aux personnes qui faisaient la manche en les expulsant du centre-ville, aux associations comme la Ligue des droits de l’homme en leur retirant des subventions, et maintenant ce sont les syndicats qui perdent leurs locaux », déplore-t-elle dans le village syndical aux couleurs de la CGT. « Nous avons reçu un courrier nous demandant de quitter la Bourse du travail au 1er juin, mais nous ne l’avons évidemment pas fait. Un huissier de justice est venu constater que nous occupions toujours les lieux et, depuis, nous n’avons aucune nouvelle » raconte-t-elle, alors que la CGT occupe ses locaux depuis 89 ans. 

Depuis, le maire enchaîne intimidations et sorties médiatiques contre les syndicalistes. Il s'était notamment illustré en apportant des cartons de déménagements à la Bourse du Travail ou aspergé d'eau des membres de la CGT. 

La secrétaire générale du syndicat, Sophie Binet, qui s’ est également déplacée à Carcassonne ce mardi 7 juillet pour dénoncer cette situation. « Vouloir expulser la CGT de la Bourse du travail, c’est très grave. On prive les travailleuses et les travailleurs de l’accès à des droits fondamentaux. Nous sommes pourtant dans un département marqué par un fort taux de pauvreté, avec de nombreux emplois précaires et saisonniers. S’il n’y a plus de Bourse du travail, on précarise encore un peu plus les travailleurs en donnant les pleins pouvoirs aux patrons », explique-t-elle à quelques centaines de mètres de la mairie. 

« Ne rien laisser passer »

Présente sur le Tour depuis 1947 via l’invitation envoyée annuellement à La Vie ouvrière, la CGT a une nouvelle fois participé à la fameuse « caravane », un défilé publicitaire et festif qui s’élance quelques heures avant le départ officiel des coureurs, profitant de l’occasion pour rendre visibles ses revendications. Vers 11 heures, une centaine de cyclistes de la CGT se sont ainsi élancés sous les applaudissements de la foule et les slogans. 

À quelques mètres de là, Sophie Tronchet, secrétaire générale de l’Union départementale CGT de l’Aude, souligne également le climat délétère qui pèse dans la ville. « D’autres syndicats, comme Force ouvrière, commencent à recevoir des courriers de la mairie leur demandant de quitter leurs locaux », confie-t-elle. « On a l’impression que le maire pousse de plus en plus le curseur de ce qui est admissible. Il ne faut rien laisser passer, c’est scandaleux. » 

Face à ces attaques contre les libertés syndicales, l’accent est également mis sur le danger que fait peser l’extrême droite sur les travailleurs. « Cela nous inquiète également chez nous, à Castres, où un maire du Rassemblement national a été élu », affirme Adam Alquier, secrétaire de l’Union locale CGT de Castres, un drapeau sur l’épaule : « On sait ce qu’on risque quand on regarde ce qu’il se passe pour nos camarades de Carcassonne, mais on est solidaires et personne ne nous fera taire. » Une solidarité manifestée aujourd’hui par la présence massive de travailleurs et de travailleuses venus de treize délégations d’Occitanie, mais aussi de départements voisins. 

L’avertissement de Carcassonne

Pour Sophie Binet, la situation à Carcassonne « n’est pas l’attaque d’un maire isolé et radicalisé, c’est une attaque en bande organisée portée par le Rassemblement national contre les libertés syndicales ». Selon la secrétaire générale, malgré le « ravalement de façade » opéré depuis quelques années par le parti d’extrême droite, « le fond n’a pas changé et c’est un parti qui remet toujours en cause les principes fondamentaux de notre démocratie. L’extrême droite est un danger et nous lançons un avertissement extrêmement solennel aujourd’hui : si le maire expulse ici les syndicats de la Bourse du travail, demain d’autres maires se le permettront, et après-demain, un gouvernement pourra se le permettre. » 

Face à ces dérives, Sophie Binet, qui s'est également rendu à l'arrivée de cette étape du Tour à Foix, somme les pouvoirs publics de « conforter » les libertés syndicales dans la loi. Une proposition largement partagée par les près de 800 syndicalistes présents au départ de la quatrième étape du Tour de France. « Il faut une loi pour sanctuariser les Bourses du travail et il nous faut des relais politiques, locaux comme nationaux, pour porter cette proposition », ajoute Sophie Tronchet, près du village syndical. « Il faut aussi dire que ce qu’il se passe à Carcassonne rappelle une nouvelle fois que l’extrême droite n’est pas l’amie des travailleurs et des classes populaires. » 

Malgré les menaces et les intimidations, la CGT promet de rester à la Bourse du travail de Carcassonne. « S’il le faut, nous serons dix, vingt, trente fois plus nombreux pour faire cesser ces attaques », promet la secrétaire générale Sophie Binet. « Ce n’est pas un maire élu depuis quelques mois qui va nous déloger de la Bourse que nous occupons depuis 89 ans ! » lance-t-elle devant une foule qui reprend le slogan en chœur, tandis que les coureurs du peloton achèvent de se préparer au départ. 

Justin Carrette