« Avant de bloquer mon entreprise, le prochain, il y réfléchira » : à Bezannes, un patron fonce en autocar sur ses salariés grévistes

Le 1er septembre, à Bezannes, près de Reims, un patron a été placé en garde à vue après avoir percuté des salariés grévistes avec son autocar. Trois d’entre eux ont été blessés.

Par Yannis Angles
Par Yannis Angles
Publié le 3 septembre 2026
FRANCE-SECURITY-POLICE
Photo d'illustration. Crédit : Sameer al-Doumy

Les grèves des salariés n’ont jamais réjoui le patronat. Mais à Bezannes, en banlieue de Reims, dans la Marne, une ligne rouge a été dramatiquement franchie ce mardi 1er septembre 2026. Ce jour-là, ainsi que le rapporte le quotidien local l’Union, Laurent Dewitte, directeur du groupe du même nom, regroupant des ambulances, des cars et des taxis, a été filmé en train de foncer, au volant de son autocar, sur des salariés grévistes. Il a été placé en garde à vue, avec un autre homme, pour « violences avec arme sans ITT ». Les trois salariés victimes sont tous sortis de l’hôpital dans les 24 heures, chacun s’étant vu octroyer sept jours d’ITT. Un chiffre qui pourrait encore évoluer d’ici à leur examen par un expert psychologue.

Sur les vidéos prises par les grévistes, on voit ensuite le patron descendre du car et venir menacer les salariés : « Je pense que le prochain, avant de bloquer mon entreprise, il y réfléchira à deux fois. » Un comportement très inquiétant, souligne la CGT. « Dire ça à un salarié au sol, c’est bien la preuve que ça craint », estime Ghislain Bride, secrétaire général de la CGT de Reims. La CGT n’était pas présente sur les lieux, puisqu’elle n’est pas un syndicat de l’entreprise. « Mais on tient à apporter notre soutien à l’ensemble des salariés et à la CFDT », explique Ghislain Bride, qui est en contact avec les différents représentants depuis les événements. 

« Il a commis un délit de fuite »

Ce lundi 1er septembre, environ 25 salariés du groupe Dewitte étaient mobilisés. Parmi leurs revendications : la suppression des caméras placées dans les véhicules, qui « filment les salariés, les clients et enregistrent les voix », affirme Jean-Marie Hommet, secrétaire de la CFDT Transports de la Marne. Une installation réalisée sans en avoir informé le personnel ni les représentants, dénonce-t-il. Les salariés réclamaient, en outre, le dédommagement de l’entretien de leur tenue obligatoire, ainsi que le paiement des temps de pause. « Nous, depuis le début, on n’a bloqué personne, on a laissé ceux qui voulaient travailler sortir », précise Jean-Marie Hommet.

Mais, le jour des faits, les grévistes ont vu arriver deux nouveaux salariés. « L’un d’entre eux n’avait même pas encore signé son contrat. On a donc décidé de les empêcher de sortir », explique le secrétaire de la CFDT à NVO.fr. Une décision qui va rendre fou le patron. Celui-ci décide alors de monter dans un de ses autocars et de foncer sur ses salariés. « Il a renversé un salarié et en a touché un deuxième. Une fois sorti du bus, il a donné les clefs à l’un de ses nouveaux chauffeurs. Celui-ci s’est mis au volant puis a renversé une ambulancière, sans s’arrêter. Il a commis un délit de fuite », raconte Jean-Marie Hommet.

Indignation à géométrie variable ?

Malgré la gravité des faits, les chaînes d’information en continu n’ont pas multiplié les plateaux pour dénoncer l’attitude du patron en question. « On voit bien qui tient les médias : Bolloré et les milliardaires. Quand c’est un salarié qui fait un écart, c’est un terroriste ; quand c’est un patron, c’est normal », lâche Ghislain Bride. Une indignation médiatique à géométrie variable ? Le 5 octobre 2015, après l’annonce d’un vaste plan de restructuration prévoyant la suppression de 2 900 postes chez Air France, des centaines de salariés avaient envahi une réunion du comité central d’entreprise. Le directeur des ressources humaines (DRH) de la compagnie, Xavier Brosetta, s’était retrouvé avec sa chemise et sa veste arrachées. Les images de la scène avaient alors suscité une vive condamnation politique.

Le patron de l’entreprise est ressorti libre de sa garde à vue en fin d’après-midi, ce mardi 1er septembre. « Un mec qui arrache une chemise d’un DRH, il est licencié, et il ne ressort pas tout de suite, alors que lui, il ressort normalement en moins de 24 heures », s’étrangle Jean-Marie Hommet. Le syndicaliste ne compte pas en rester là, et a déposé plainte au nom de la CFDT.

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