Mardi 1er septembre 2026, les salariés de l’usine Luissier Bordeau-Chesnel d’Yvré-l’Évêque, près du Mans, ont débrayé à l’appel de la CGT. Depuis septembre 2025, les interrogations se multipliaient sur l’avenir du site. Elles viennent de prendre une tournure très concrète : la direction a convoqué les élus du personnel à un comité social et économique (CSE) extraordinaire, le lundi 7 septembre, avec à l’ordre du jour, la réorganisation du pôle auquel appartient Bordeau-Chesnel et surtout la cession de l’usine.
Le site sarthois compte 133 salariés. Inaugurée en 2019 après le transfert de l’activité depuis Champagné (également dans la Sarthe), l’usine produit les célèbres rillettes Bordeau-Chesnel, marque historique de la charcuterie française et numéro un sur le marché national. Pour les salariés, l’annonce de la vente ouvre donc une période d’incertitude sur leur avenir et celui de l’outil industriel.
« On entend des rumeurs depuis un an », explique Jimmy Le Got, délégué CGT du site, à NVO.fr. C’est précisément pour obtenir des explications que le syndicat avait décidé d’organiser le rassemblement du 1er septembre. Mais, entre-temps, la direction a convoqué les élus. « L’objectif était d’interpeller nos patrons pour leur dire qu’ils nous doivent la vérité. »
Sans relâche
En effet, la CGT a commencé à tirer la sonnette d’alarme dès l’année dernière. Bordeau-Chesnel appartient à Savencia, l’ancien groupe Soparind Bongrain. Celui-ci est organisé autour de deux grandes branches, Fromage & Dairy d’un côté et Gourmet de l’autre. Or, en septembre 2025, la direction annonçait que l’activité chocolat, jusque-là rattachée à la branche Gourmet, serait transférée vers la branche Fromage & Dairy.
Pour Jimmy Le Got, cette réorganisation masquait un autre pan de la stratégie du groupe : « Avec ce transfert, la partie Gourmet, dont fait partie Bordeau-Chesnel, ne comporterait plus que la charcuterie et les produits de la mer. Dès lors, nous savions très bien qu’il n’y avait plus lieu de demeurer au sein du groupe Savencia. »
Pendant des mois, les représentants des salariés ont interrogé sans relâche une direction qui démentait toute intention de cession. Une situation qui a nourri l’inquiétude et la colère des salariés. Le débrayage de mardi avait donc aussi pour objectif de mettre fin à cette période d’incertitude.
« Nous voulons des garanties »
Désormais, le principe de la vente est acté. « Un coup prémédité » affirme Julien Huck secrétaire général de la FNAF CGT qui rappelle le passé de l’entreprise : « Savencia, c’est la continuité de Bongrain qui a opéré des rachats d’entreprises et s’est déjà séparé d’une usine qui faisait des produits de la mer en Normandie. Maintenant, ils veulent se séparer de Bordeau Chesnel et peut-être aussi d’autres entités. » Reste une question essentielle : à qui ? Les salariés ne connaissent pas encore l’identité du repreneur. Elle devrait être dévoilée lors du CSE extraordinaire du 7 septembre. « On sait maintenant que nous avons été vendus. Lundi prochain, on saura qui a racheté Bordeau-Chesnel. Nous n’avons aucun autre élément à ce jour » déplore Jimmy Le Got.
« Nous mobilisons pour le maintien de l’emploi sur le site et le maintien des rémunérations et des acquis », affirme le délégué CGT. « Il faut aussi que nous sachions quelles perspectives va offrir le nouveau groupe qui se porte acquéreur. Va-t-on continuer à produire uniquement de la rillette ? », interroge Jimmy Le Got.
Au vu des échéances de cette rentrée, le débrayage du 1er septembre était donc une mise en jambes : les 133 salariés sont d’ores et déjà en alerte.