Environ 30 centres fermés et 867 postes supprimés à l'Afpa : nouveau coup de rabot pour la formation professionnelle

Le conseil d’administration et le CSE central de l’Agence nationale pour la formation professionnelle des adultes (Afpa) ont avalisé, ce 15 septembre, le plan social proposé par le directeur de l’établissement public pour revenir à l’équilibre d’ici 2029. Lequel plan comprend la fermeture de 30 centres et la suppression de 867 emplois.

Par Elsa Sabado
Par Elsa Sabado
Publié le 15 septembre 2026, modifié le 16 septembre 2026
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L'intersyndicale et (CGT, FO, Sud) et la CGC, majoritaire dans l’entreprise, ont manifesté toute la journée devant la tour du siège social de l'Afpa, place Aimé-Césaire, à Montreuil (Seine-Saint-Denis). Crédit : Elsa Sabado

Bernes-sur-Oise, Douai, Cantin, Saint-Dizier… C’est le début d’une liste noire : celle de la trentaine de centres que l’Agence nationale pour la formation professionnelle des adultes (Afpa) va rayer de sa carte. Ce 15 septembre, Michaël Ohier, directeur de l’agence d’État, devait requérir les voix de son conseil d’administration autour de son plan d’action sur dix ans, lequel devrait également supprimer 867 emplois : l’instance a en effet adopté cette feuille de route. Un CSE central était prévu dans l’après-midi. Il sera suivi, mercredi 16 septembre, de CSE régionaux pour mettre en musique ce funeste plan.

Un rassemblement était donc organisé toute la journée devant la tour du siège social, place Aimé-Césaire, à Montreuil (Seine-Saint-Denis). Il a réuni les militants de l’intersyndicale (CGT, FO, Sud) et la CGC. Sur les coups de 10 heures, l’intersyndicale est intervenue devant les administrateurs. « Nous avons fait notre plaidoirie, en rappelant les missions dévolues à l’Afpa en 1946 pour reconstruire la France. Nous avons également souligné que nous étions aujourd’hui confrontés à des défis de souveraineté, de réindustrialisation, d’évolutions numériques, de changement climatique… et qu’on nous empêchait de répondre aux besoins de l’État », rapporte Hélène Mayans, secrétaire générale de la CGT Afpa. D’un seul coup, sur ce parvis, les larmes lui montent aux yeux : « Je vois autour de moi des camarades dont les centres vont fermer. On revit des moments traumatisants, comme on en a déjà vécu lors du plan social de 2018, qui avait supprimé 1500 postes », rembobine-t-elle.

« Est-ce qu’on préfère que les gens restent au chômage ? »

Depuis que la compétence de la formation professionnelle a été transférée aux régions, en 2004, l’Afpa n’a eu de cesse d’être démantelée. L’État, comme les conseils régionaux ou France Travail, ne cessent de réduire leurs commandes de formation à l’institution parapublique. « Dans les Pays de la Loire, la région dirigée par Christelle Morançais (Horizons), on ne débloque les crédits pour une formation que si les candidats disposent d’une lettre d’intention d’embauche », relate Thierry, formateur en peinture au Mans. Autres exemples : « Le programme Qualif emploi, de la Région Bretagne, a été grévé de 20 % pour 2026-2027. Le dispositif Prépa projet a, pour sa part, été supprimé », déplore Sabine, conseillère en insertion professionnelle. Enfin, les crédits pour l’apprentissage qui bénéficiaient à l’Afpa se sont également taris. La suppression de la restauration et de l’hébergement, qui faisaient l’ADN de ses centres de formation, élimine d’office les candidats qui n’ont pas les moyens de se loger et de se nourrir ailleurs que chez eux.

Les formateurs de l’Afpa se retrouvent ainsi avec des groupes réduits, voire, pas de groupe du tout. « On prend ce manque d’usagers pour nous, on culpabilise, ça crée de l’angoisse, du stress », explique Noria, formatrice en restauration. « On ne demande pas à être augmentés, on demande juste à avoir des stagiaires à former. Est-ce qu’on préfère que les gens restent au chômage ? Comme si on n’avait pas besoin de plombiers ! », s’énerve Philippe, formateur en plomberie.

Moins de formateurs, plus de managers

Surtout, ces coups de rabot sur les commandes ont mis l’Afpa en déficit. Le nouveau directeur utilise, pour le retour à l’équilibre, une recette qui semble ne pas fonctionner. « Aujourd’hui, on est 4 900 salariés, contre 12 000 en 2002. On licencie des formateurs, mais on embauche des managers. Aujourd’hui, les formateurs représentent seulement 36 % des effectifs de l’entreprise. Or, ce sont bien eux qui rapportent de l’argent. Avec un tel modèle économique, on ne peut pas tenir », assure Sabine.

Une recette inefficace, aussi, parce que la vente de l’immobilier et du foncier qu’entraînent ces suppressions de centres n’atterrit pas sur le compte de l’Afpa, mais sur un compte mis sous séquestre par l’État, qu’il ponctionne à sa guise. « En contrepartie du plan social, l’État nous promet 180 millions d’euros d’investissement. Mais il récupère 90 millions sur le fruit d’un premier plan de cession, et fera de même sur le produit de la vente des 30 centres supprimés », pointe Hélène Mayans.

« Nous sommes une agence publique d’État, nous avons besoin d’activité, de récupérer les personnes sans emploi et de les sortir du marché concurrentiel. Nous allons organiser des assemblées générales dans tous les centres, et mobiliser comme nous l’avions fait le 26 juin 2025, quand 700 salariés étaient venus manifester à Paris. Nous comptons construire le rapport de force, et nous allons aussi nous joindre à la manifestation du 29 septembre pour la défense des services publics et l’augmentation des salaires », prévient-elle. Et de déplorer : « Pour la plupart, ces fermetures se font dans les territoires ruraux, où il ne reste bien souvent que nos centres de formation. Cela va renforcer le sentiment d’abandon des habitants, qui, on le sait, est un boulevard pour le Rassemblement national… » La bataille s’annonce difficile : ensemble, la CFDT et la CGC, majoritaires à elles deux dans l’entreprise et qui n’ont pas souhaité s’allier à l’intersyndicale, pèsent plus de 50 % au sein du CSE central de l’entreprise.

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