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« J'ai touché 100 € pour 151 dates » : les coulisses peu reluisantes du stand-up

12 août 2026 | Mise à jour le 12 août 2026
Par | Photo(s) : Capture d'écran Youtube
« J'ai touché 100 € pour 151 dates » : les coulisses peu reluisantes du stand-up

L'humoriste Sylvain Fergot a dénoncé, dans une vidéo partagée sur Instagram, les conditions de travail au sein du Paname Comedy Club.

Après le témoignage de l'humoriste Sylvain Fergot, qui affirme avoir été écarté du Paname Comedy Club pour avoir réclamé d'être payé, les langues se délient dans le milieu du stand-up. D'autres artistes dénoncent à leur tour des pratiques de rémunération opaques et précaires. Le Syndicat français des artistes-interprètes, le SFA-CGT, les accompagne dans leur mobilisation.

« Je me suis fait virer du Paname, le plus gros comedy club de France… pour avoir voulu être payé. » Ainsi commence la vidéo que l'humoriste Sylvain Fergot a partagée sur Instagram le 5 août et qui a été visionnée, depuis, plus de 4,6 millions de fois. Dans un secteur très peu organisé sur le plan syndical et où la concurrence fait rage, son témoignage a fait l'effet d'une déflagration.

La situation au Paname ne semble pas dater d'hier. Dans un post également publié sur Instagram, son homologue Lionel Lacroute précise : « J'ai fait du stand-up pendant douze ans. Des gens se plaindre du Paname, j'en ai beaucoup entendu. En privé. » Et les pratiques mises en cause ne semblent pas se limiter à ce comedy club parisien. Dans une autre vidéo, vue près de 900 000 fois, l’humoriste Thomas Calone rapporte que la situation existe aussi à Lille, dans un autre comedy club, le Spotlight.

« Si jamais on veut discuter, on est viré »

Thomas Calone pensait avoir franchi les premières étapes du parcours habituel dans ce milieu : commencer par les open mics, ces scènes ouvertes où les humoristes font leurs preuves et qui, très rarement, sont rémunérées. Après ça, il pensait être payé… « 100 euros, c'est ce que j'ai touché en deux ans. J’ai compté, j'ai fait 151 dates avec le Spotlight. » Et ce, alors même que l’entrée reste payante pour le public : 5 euros, auxquels s'ajoutent les consommations. Lui aussi affirme que « si jamais on veut discuter […] de ces conditions, du fait que c’est anormal de ne pas être payé, on est viré du comedy club ».

Dans sa vidéo, Sylvain Fergot affirme avoir été écarté du Paname après avoir réclamé d'être payé, preuves à l'appui. « On va te retirer toutes les dates du mois d'août, comme ça c'est réglé », lui dit le patron du comedy club dans un message vocal partagé par l'humoriste. Interrogé par Libération, le Paname se défend en expliquant que l’humoriste « n’est pas salarié du Paname mais d’une société de production indépendante, qui produit plusieurs artistes et qui contracte avec nous ». Tout en affirmant que « les prestations sont toujours payées ».

Sylvain Fargot en profite pour détailler le mode de fonctionnement « normal » des comedy clubs. Lorsqu'un établissement ne parvient pas à réunir suffisamment de public pour une session, le spectacle est logiquement annulé : les artistes ne jouent pas et peuvent vaquer à leurs occupations. Au Paname, l’organisation est différente : si la salle n'est pas pleine, le spectacle a tout de même lieu et l'établissement encaisse les recettes des billets et des consommations… tandis que la rémunération des humoristes est, elle, rognée, voire supprimée.

Un microcosme avec ses propres règles

Un système dénoncé avec humour par Esteban Roza, dans une vidéo où le stand-upper incarne un patron de ce genre d’établissement : « Le système qu'on a mis en place avec certains gérants de comedy clubs, c'est tout simple, c'est un système triangulaire classique : le public se régale, nous on s’en met plein les poches et les humoristes, ils vont se faire foutre. »

Pour Najim Ziani, qui a tenté sa chance sur les planches du Paname pendant deux ans et qui est l'un des rares humoristes syndiqués, en l’occurrence au SFA-CGT, le phénomène n'est pas nouveau. « C'est propre à notre milieu. Il ressort de cette vidéo qu'avec les comedy clubs, on vit dans un microcosme, on vit selon nos propres règles », développe-t-il.

Il dénonce surtout le flou dans lequel se retrouvent les humoristes, qui sont pourtant des travailleurs comme les autres. « C'est un peu à la sauvage entre les comedy clubs et l'humoriste. On devrait travailler comme des intermittents du spectacle, mais dans certains comedy clubs, on est payé au chapeau, sur facture, ce qui précarise la profession et entraîne une forme d'insécurité. »

Changer le rapport de force

La mobilisation naissante dans le secteur du stand-up « ressemble beaucoup à ce qu'il s’est passé dans le monde du spectacle vivant il y a cinquante ans », rembobine Marie Soubestre, élue de la délégation générale du SFA-CGT. Depuis, la situation a bien changé. « Ces dernières années, on a obtenu pas mal de victoires pour mettre fin au travail informel, qui était rémunéré au chapeau ou sur facture. Par exemple, il existe désormais une présomption de salariat : en l'absence de contrat de travail, on est considéré comme étant en CDI. C’est à l'employeur de démontrer que ce n'est pas le cas. »

La mobilisation actuelle pourrait, selon elle, faire bouger les choses. « C'est incroyable qu'aujourd'hui, certains refusent de jouer sans être payés. Ça crée un rapport de force », estime Marie Soubestre, qui mise sur ce mouvement pour faire naître une petite vague de syndicalisation.

Mais refuser de jouer ou réclamer d'être payé n'est pas toujours sans conséquences. Le risque d'être blacklisté par les comedy clubs est en effet bien réel et ce, alors même que les humoristes ont besoin de ces scènes pour travailler leur spectacle. « Une bonne blague, il faut la tester, la retester… Ces artistes ont besoin de salles avec du public pour que leur travail aboutisse », explique la syndicaliste.

Pour le moment, la mobilisation sur les réseaux sociaux ne semble pas faiblir. De son côté, le SFA-CGT a prévu d’organiser une réunion, mercredi 2 septembre, pour parler de la suite et fédérer un maximum d’artistes du secteur. Une quarantaine de personnes se sont déjà inscrites.