« Ça n’a pas eu lieu depuis des années », lance Tony Hautbois, secrétaire national de la Fédération CGT des ports et des docks. Ce vendredi 30 octobre a lieu une journée d’action internationale des dockers et travailleurs portuaires, portée en Europe par le European Dockworkers Council (EDC). Cette initiative découle de la déclaration d’Istanbul, signée le 19 mai par 35 syndicats européens, qui affirmaient ne pas vouloir devenir « un maillon de la chaîne de leurs guerres » par la livraison d’armes.
« 111 pays ont répondu à l’appel. Pour certains, c’est plus compliqué : tout le monde n’a pas forcément la même force syndicale que nous, et il y a parfois des lois liberticides qui ne leur permettent pas forcément de pouvoir faire des actions avec une connotation un peu plus politique. Ceux-là se mobiliseront autrement, par des assemblées générales par exemple », explique le syndicaliste. En dehors du Vieux Continent, plusieurs ports seront mobilisés en Turquie, en Inde, aux États-Unis et au Mexique.
En France, la fédération CGT est à la manœuvre, forte d’une représentativité de 95 % parmi les dockers et de 87,5% parmi l’ensemble des salariés de la manutention portuaire au niveau national : elle appelle à un arrêt de travail de vingt-quatre heures, sans chargement ni déchargement. « Pas moins de 95 % de l’activité est à l’arrêt à l’échelle française. Notre fonctionnement au niveau des syndicats dockers portuaires fait que tout le monde respecte rigoureusement l’appel de la fédération. »
C’est pas l’arme qui prend la mer
La principale revendication à l’international et en France est le refus de la part des dockers et travailleurs portuaires de faire transiter par leurs ports des armes destinées à la guerre, notamment en Israël. « On refuse d’être complices par nos chargements et déchargements d’armes, déclare Tony Hautbois. Et ça, c’est historique, ça fait partie de nos valeurs d’entraide entre les peuples, quels qu’ils soient. Notre boulot, c’est de travailler dans les ports de commerce. Les armes doivent transiter par les ports militaires, ils sont fait pour ça. » Le 6 février 2026, une première journée d’action internationale avait eu lieu autour du même mot d’ordre et avait mobilisé plusieurs ports, notamment méditerranéens. « Nous, à chaque fois qu’on a la connaissance de containers d’armes, on s’y oppose. Ça fait des décennies qu’on se bat contre ça. »
Au niveau européen, les dockers protestent également contre la militarisation progressive des infrastructures commerciales. « L’Europe est aujourd’hui en train d’investir dans tous les ports qui sont prêts à contribuer, à se rendre disponibles, pour d’éventuels conflits armés. » Entre 2021 et 2027, la Commission européenne a investi 1,69 milliard d’euros dans le développement d’infrastructures de transports à « double usage », c’est-à-dire dans l’adaptation d’infrastructures civiles aux besoins militaires. L’institution prévoit de porter cet investissement à 17,65 milliards pour la prochaine période budgétaire, laquelle débutera en 2028.
Vers une économie de guerre ?
À l’échelle nationale, les dockers de la CGT expriment aussi leur opposition au budget proposé par le gouvernement. « Cette orientation budgétaire va vers une économie de guerre, parce que l’enveloppe de l’armée augmente chaque année, pointe Tony Hautbois. Une économie de guerre, nous, on sait ce que ça veut dire. Derrière, c’est plus de trente-cinq heures de travail par semaine. C’est entre 60 et 70 heures. Ce sont les conditions de travail qui ne sont plus les mêmes. On rabote les acquis sociaux. Pour nous, c’est un “non” catégorique. » Le budget de la défense a presque doublé entre 2017, où il était de 32,2 milliards d’euros, et 2025, où il a atteint les 57,1 milliards. Il devrait encore augmenter en 2027.
Enfin, les dockers se mobilisent contre l’automatisation de leur métier et la numérisation de leurs terminaux. Un rapport de novembre 2025 de la Fédération internationale des ouvriers du transport rapporte que 7,3 % des terminaux à conteneurs sont hautement automatisés aujourd’hui dans le monde.