SVT, conseil de classe et cantoche : On a vu « Retour au collège » d'Antoine Fromental

En salles ce mercredi 7 octobre, « Retour au collège », deuxième documentaire d’Antoine Fromental, débarque au milieu de l'actualité brûlante du mouvement des lycéens. Tourné huit ans plus tôt dans un collège des Hauts-de-Seine, le film délaisse les images sensationnalistes pour montrer la vraie vie d'un établissement. Loin d’un pensum édifiant, il pose sur ses sujets un regard honnête et complice, entre joies quotidiennes et conflits ordinaires.

Par Enzo Hanart
Par Enzo Hanart
Publié le 6 octobre 2026, modifié le 5 octobre 2026
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La jeune Sarah passionnée par son cours. Crédit : In Filmo Veritas

D’Entre les murs de Laurent Cantet à Pas de vague de Teddy Lussi-Modeste, en passant par Être et avoir de Nicolas Philibert, le film d’école, qu’il soit de fiction ou documentaire, est un genre en soi qui voit son catalogue s’allonger chaque année. Avec, chaque année, la responsabilité pour le nouveau spécimen de prendre la température de toute l’institution scolaire et d’en livrer des prescriptions salvatrices, le tout en moins de deux heures si possible. Une telle pression pourrait peser sur Retour au collège, deuxième documentaire réalisé par Antoine Fromental, qui sort, par hasard du calendrier, au cœur de l’actualité brulante du mouvement des lycéens. Mais, léger et joyeux, le film échappe à cette chape de plomb sociétale.

Fruit d’une immersion de six semaines dans le collège Auguste Renoir, dans les Hauts-de-Seine (92), ce long métrage entend offrir une représentation alternative de l’école publique. Son réalisateur a voulu adopter une approche humaine, lassé des reportages sensationnalistes diffusés à la télévision : « Quand on représente l’école comme un enfer de violence et d’échec, on sait très bien que ça recouvre une intention malsaine. Tu as juste envie que les parents se disent : « Mon Dieu, il faut que je mette mon enfant en école privée ». Dans ce vacarme négatif, j’ai voulu faire entendre un autre son de cloche. »

Ce son de cloche est celui de l’ordinaire, où la caméra se laisse porter par la quotidienneté joyeusement banale de l’établissement. « Ça ne devait pas être un film sur l’école. Et puis le principal, monsieur Comès, m’en a montré une vision sociale que j’ai trouvée vraiment très belle, et je l’ai suivi. » Petite moustache, costume gris et cravate incontournable, ce principal nous guide autant dans l’établissement que dans le film, alors qu’il s’apprête à partir à la retraite.

Et vu la douceur du charisme du personnage, on comprend qu’il ait naturellement attiré la caméra sur lui : petite vanne avec les dames de service, remontrances amusées avec les élèves, larmes pudiques lors du pot de départ… il semble déjouer la figure autoritaire du chef, pour devenir une simple présence familière. « En fait, il a très peu de pouvoir. Son pouvoir, c’est de convaincre, notamment les enseignants qui sont à la tête de pont de l’école. Il déambule dans les couloirs, et ces déambulations lient les parties au tout, à la fois dans la vraie vie, mais aussi plastiquement dans le film », pose Antoine Fromental.

Mise en crise

Mais à suivre un personnage trop bien aimé, on risque l’excès inverse : c’est-à-dire la vision édulcorée, également mensongère. Antoine Fromental évite cet écueil en n’occultant pas, parmi les moments touchants de communication patiente et d’éducation bienveillante, les conflits toujours susceptibles d’éclater. À l’instar de cette dispute où la médiatrice Sabrina reproche à monsieur Comès d’appliquer des sanctions excessives et non réglementaires, et où le principal, tout sympathique soit-il, est sincèrement mis en défaut.

« Je voulais qu’on exprime comment un collectif fait face à des difficultés réelles, à des enfants en souffrance, à des enfants en révolte. Et je pense que ça se crée par un pacte de confiance qu’il faut faire avec les personnes qu’on filme. C’est-à-dire les avertir dès le début qu’on ne va pas faire une hagiographie de tous leurs faits et gestes, qu’on va aussi montrer des choses difficiles. Mais que ce sera toujours en les respectant, et avec une idée esthétique honnête derrière. Et en évitant toute humiliation. Ce n’est pas du tout le but. »

« Je ne voulais pas couper leur sincérité » 

Le collège se révèle pour ce qu’il est : un espace où se croisent (et parfois se heurtent) des individualités mues par des intérêts différents et traversées par des émotions complexes, entre adultes au travail et enfants en apprentissage. Tandis que l’on circule de classe en couloir, Retour au collège s’allège de la nécessité de porter un message, traditionnellement inhérente au genre du « film d’école », pour renouer avec un plaisir purement documentaire, celui de regarder des caractères.

Ainsi la malice turbulente de la petite Sarah, la colère sourde de Cécile la prof de SVT ou encore l’humour d’Henriette l’agente d’entretien affleurent à l’écran comme autant d’expressions réjouissantes de vitalité. Savoir capter ces moments à travers l’objectif : la marque d’un réalisateur qui s’intéresse à l’autre, et regarde ses interlocuteurs pour eux-mêmes. Sans chercher à à calquer sur eux un symbole signifiant au profit de l’idée qu’il voudrait faire passer.

Cette réussite tient en partie à un dispositif technique réfléchi pour assurer une distance équilibrée avec les sujets : « On avait deux caméras qui étaient posées sur des pieds et on faisait des scènes longues, parce que je pense que c’est comme ça que les choses se passent, que les êtres révèlent leur vérité. Et aussi, qu’ils oublient la caméra. Je ne trichais pas : j’intervenais à la marge pour rediriger parfois une conversation mais sinon, je laissais les choses se faire. Je leur demandais de ne pas regarder la caméra, mais certaines personnes n’y arrivaient pas et disaient néanmoins des choses qui me semblaient justes. Alors, j’ai préféré garder les séquences comme cela plutôt que de leur demander de la refaire. Je ne voulais pas couper leur sincérité, ni mentir au spectateur. »

L’éternel retour au collège

Cette qualité de présence est d’autant plus remarquable que le film a été tourné il y a huit ans. Tout le monde a grandi depuis, et la jeunesse qu’on y voit s’agiter n’existe plus que dans ces images. Ce qui est toujours bien présent en revanche, ce sont les manques de moyen déjà déplorés par l’équipe pédagogique de Auguste Renoir en 2018 et constituant, souvent, la source des conflits. « Je pense que la situation, malheureusement, est plus sombre qu’elle ne l’était à l’époque. Le mouvement actuel des lycéens le montre. On traverse une période extrêmement compliquée et s’il y a bien une chose à faire, c’est soutenir tous ceux qui se battent pour l’école publique aujourd’hui. C’est un combat essentiel contre des forces extrêmement négatives et nocives qu’on doit mener. » Dont acte. 

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