Chômage : 10 ans de macronisme, 10 ans de destruction de la protection sociale

Durant ces deux derniers quinquennats, les attaques contre l’assurance chômage n’ont pas cessé. Une succession de réformes présentées comme technique qui, bout à bout, conduisent à un démantèlement progressif d’un des piliers de la protection sociale pour l’ensemble des salariés.

Par Elsa Souchay
Par Elsa Souchay
Publié le 11 septembre 2026
FRANCE - ILLUSTRATION - FRANCE TRAVAIL
Photo d'illustration Crédit : Magali Cohen / AFP

Nouvelle règle ! Depuis le 1er septembre, la durée maximale d’indemnisation chômage après rupture conventionnelle passera de 18 à 15 mois maximum – 20,5 mois pour les plus de 55 ans. Pour la cinquième fois depuis 2018, les règles du chômage changent.

Une frénésie typique des politiques néolibérales, selon Sabina Issehnane, économiste à l’Université Paris Cité : « Réduire les droits sociaux conduit souvent à une politique des petits pas, même si pour le chômage ce sont désormais des grands pas. »

Un accès durci, des droits plus faibles et moins durables

2019 fut le premier grand bond en arrière avec à la fois un durcissement pour ouvrir ses droits – 6 mois travaillés au lieu de 4 auparavant, mais aussi une refonte du mode de calcul des allocations, à la baisse. Deux ans plus tard, en janvier 2023, nouvelle réforme : la « contracyclicité ». Pour le dire plus simplement, il s’agit de faire varier la longueur de l’indemnisation selon la situation économique. Si elle est jugée « favorable », les chômeurs perdent 25% de la durée d’indemnisation. Si elle est jugée défavorable (si le taux de chômage dépasse 9% ou augmente de 0,8 point en un trimestre), un « complément de fin de droit » est activé. Et pour recharger ses droits, il faut avoir travaillé à nouveau pendant une période de six mois.

2023 marque aussi le vote de loi Plein Emploi qui contraint l’ensemble des personnes au RSA et leurs conjoints à être inscrit à France Travail et obligent tous les privés d’emploi à justifier de 15 à 20 heures d’activité par semaine sous peine de sanction.

Si ce n’était pas suffisant, fin 2024 est négociée la nouvelle convention d’assurance chômage – dénoncée par la CGT à l’époque. Hélas, la réforme est entérinée (contresignée par le Medef, CPME, U2P, CFDT, CFTC et FO), ajoutant deux ans à tous les dispositifs de chômage en fin de carrière : il faudra désormais attendre 55 ans et 57 ans pour avoir une indemnisation plus longue et atteindre 64 ans pour bénéficier de droits jusqu’à la retraite à taux plein. Énième mesquinerie :  le texte prévoit que les chômeurs soient indemnisés pour trente jours chaque mois, soit une perte sèche de cinq jours d’allocation par an.

Des droits considérablement réduits

Pour les allocataires, l’impact cumulé de toutes ces réformes successives est énorme. Le nombre d’ouvertures de droits par an est passé de 2,5 millions à moins de 2 millions entre 2018 et 2023, selon les chiffres de l’Unedic. Le montant moyen des allocations a, quant à lui, baissé de 16%, et plus fortement pour les faibles revenus.

Prenons l’exemple d’un ouvrier de l’industrie de 54 ans payé 2800 € bruts, usé après vingt ans de travail à qui on accorde une rupture conventionnelle. En 2017, il aurait touché autour de 1600 € nets pour près de 30 mois. Avec le cumul des réformes, son allocation tomberait aujourd’hui à 1575 € par mois, pour seulement 15 mois maximum. Idem pour une travailleuse saisonnière de 25 ans alternant saisons l’été et l’hiver à 2000 € bruts, sans travail entre les deux, elle ne débloquera désormais qu’un chômage de 1050 € contre 1600€ avant 2019.

À la CGT-Chômeurs et précaires (CNTPEP-CGT), on a pu mesurer l’ampleur du désastre : « De plus en plus de syndiqués étaient dans l’incapacité de militer » raconte Alexis Bordes, secrétaire général. Il constate aujourd’hui que dans les sections syndicales, « les camarades sont débordés de demandes, avec l’explosion des radiations et des problèmes juridiques. »

« Faire des économies » sur le dos des chômeurs tout en vidant les caisses

Dans quel but le gouvernement mène-t-il toutes ces attaques ? S’il affiche vouloir faire baisser le chômage, celui-ci n’a pas cessé d’augmenter depuis six trimestres, pour atteindre aujourd’hui 8,3% des actifs.

Surtout, tandis que les réformes visent censément à faire des économies sur un régime d’assurance chômage jugé excessivement déficitaire, en parallèle, le pouvoir prive celui-ci de toute marge de manœuvre. Dès 2018, la part salariale des cotisations chômage est supprimée. Puis, six ans plus tard, le gouvernement diminue cette fois la part patronale à 4%.

Mais surtout, l’État vient directement puiser des milliards d’euros dans les caisses de l’Unedic pour alimenter son propre budget. Pour Sabina Issehnane, c’est une mécanique malheureusement très courante : « On ponctionne une caisse pour clamer qu’elle est vide et faire des réformes visant à réduire les droits. » Et pas qu’un peu : les ponctions se sont élevées à 2 milliards d’euros en 2023, 2,6 milliards en 2024, 3,35 milliards en 2025 pour 12 milliards d’euros, soit 20% du déficit actuel de l’Assurance Chômage.

Cette année, même des sénateurs de droite s’alarment d’un prélèvement de 4,1 milliards dans le prochain budget. Selon Sabina Issehnane, ces politiques visent en fait tous les salariés : « Toucher au chômage c’est toucher au rapport de force avec les employeurs, qui est aujourd’hui loin d’être favorable aux salariés » relève l’économiste. « Le chômage crée beaucoup de dégâts, en santé, divorce, famille, déclassement, isolement. L’assurance chômage est en cela un bien commun à protéger pour tous ».

Sauf que face aux difficultés d’accès, selon les statistiques du ministère du Travail, un tiers des personnes éligibles à une indemnisation chômage ne la réclame pas. L’enjeu par conséquent : mobiliser dans la lutte l’ensemble des travailleurs pour défendre ces droits.

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