Condor Ferries, rapaces en pleine mer
La compagnie maritime Condor Ferries assure la liaison quotidienne entre Saint-Malo et l’Angleterre via les îles anglo-normandes Jersey et Guernesey. Qui sait, en montant à bord, que les navires sont une zone de non-droit social ?
Publié le 28 octobre 2015, modifié le 7 août 2026
La compagnie maritime Condor Ferries assure la liaison quotidienne entre Saint-Malo et l’Angleterre via les îles anglo-normandes Jersey et Guernesey. Qui sait, en montant à bord, que les navires sont une zone de non-droit social ?
Il a la voix lasse, mais refuse de se laisser abattre. Depuis neuf ans, Erwan est maître d’équipage chez Condor Ferries, la compagnie maritime qui relie la cité de Surcouf aux îles anglo-normandes. Depuis près de deux ans, il bataille ferme pour faire valoir ses droits.
À bord d’un des bâtiments battant pavillon bahaméen, les salariés bretons ont des contrats de travail de Guernesey qui n’offrent strictement aucun des droits auxquels peuvent prétendre les salariés travaillant en France.
« Ni retraite, ni Sécurité sociale, ni indemnisation en cas de perte d’emploi… Notre salaire, c’est du brut, car l’employeur ne paie aucune cotisation sociale », s’indigne Erwan, ancien chef d’entreprise devenu marin et délégué syndical CGT.
L’employeur Condor Ferries fait partie d’une nébuleuse de sociétés et de filiales qui mènent des Bahamas au Luxembourg avec, en bout de ligne, la banque d’affaires australienne Macquarie Group.
Numéro un du marché des fusions-acquisitions à Sydney, la société joue sur des montages juridiques complexes pour ne pas payer d’impôt, pour s’implanter dans des paradis fiscaux et pour profiter des aides publiques tout en dynamitant les normes du droit social.
« Comment les autres entreprises peuvent espérer être compétitives lorsque l’État tolère ce genre de comportements sur son territoire », explose Erwan.
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